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Peter Burg Werke

Universität Saarbrücken

Projet d’une Université européenne

à Sarrebrück.

Parmi les résolutions et recommandations présentées par l’Assemblée Européenne de Strasbourg dans sa première Session, figure la création d’une Université européenne. C’est la Commission culture11e de l‘Assemblée qui avait élaboré ce projet et avait chargé son rapporteur, M. Larock de le défendre devant les Délégués. Il le fit avec autant de force que de courtoisie et ne rencontra guère d’opposition sur la question de principe. Ce n’est que le choix de la ville qui abriterait cette Université d’un nouveau genre ou plutôt d’un genre qui exista déjà au moyen-âge, qui fit difficulté. Le signataire de ces lignes voudrait plaider la cause de la ville de Sarrebrück comme siège de l’Université européenne , dont la nécessité apparait à tous.

Il décrira brièvement la nature de cette Université, telle qu’il la conçoit, développera quelques-unes des raisons qui militent en faveur de sa création, dira les avantages qu’il y aurait à la placer dans la ville de Sarrebrück, répondra à quelques objections qu’on pourrait faire à ce choix, enfin fera quelques suggestions modestes au sujet des modalités à suivre pour réaliser le projet . Il ne s’agit ici que d’une esquisse, qui demanderait de longs développements.

  1. Ce que doit être l’Université européenne.

Il n’est pas besoin de dire ce qu’est une université. Elle se distingue d’un simple centre culturel en ce qu’elle prépare réellement, par l’enseignement supérieur , aux principales carrières libérales nécessitant des diplõmes. C’est bien d’une université dans ce sens qu’il s’agit, dotée de tous les organismes modernes qui consti tuent cette sorte d ‘établissement:  toutes les facultés, chaires, bibliothèques, laboratoires, cliniques nécessaires. C’est donc son caractère européen, qui sera le signe distinctif de la nouvelle université.

Elle devra être européenne dans sa direction et son corps professoral. Autrement dft, ses administrateurs et ses maÎtres devront être choisis dans tous les pays d’Europe, pour leur compétence technique naturellement , mais aussi pour leurs convictions européennes, universalistes, supranationales, pour leurs connaissances linguistiques et culturelles dépassant la nation propre.

Elle devra être européenne dans son enseignement. II devra y avoir des chaires spéciales consacrées à la civilisation européenne en tant que telle, à la littérature européenne comparée, à l’histoire européenne . Mais l’enseignement de toutes les facultés devra avoir une coloration européenne, non seulement pour ce qui concerne le passé, par l’évocation historique des disciplines enseignées, mais pour ce qui est du présent, en faisant connaitre avec insistance les apports de tous les pays européens à la science enseignée et en pratiquant avec eux les contacts les plus intimes.

Elle devra être européenne dans son esprlt. Sans rien enlever aux valeurs nationales réelles, l’université européenne devra essayer de créer une conscience européenne. Toute proportion gardée, elle devra chercher à donner à ses élèves une connaissance aussi précise et détaillée de toute l’Europe, une familiarité aussi grande pour son passé et son présent, un amour aussi fervent et aussi effectif qu’on les a généralement pour sa patrie immédiate. Elle devrait amener ses élèves, tant par son enseignement que par le style même de la maison, à dire avec conviction: “Europe, ma patrie”.

Enfin, elle devra être européenne dans son rayonnnement. Il ne s’ agit pas dans l’espèce d’un laboratoire obscur, ou quelques privilégiés, profitant d’une alchimie mystérieuse et savante, acquerr-

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aient une nouvelle manière d’être et comme un psychisme nouveau, mais d’un phare qui doit proJeter sa lumière sur toute l’Europe. L’Université européenne devra atteindre d’abord des élèves de tous les pays occidentaux et plus tard orientaux de l’Europe. Ces élèves dûment formés, devront agir dans leurs pays respectifs dans le sens européen. Ils seront des témoins et des ferments. Cela ne suffit pas. Par des publications périodiques , par des livres substantiels et brillants, les professeurs et les élèves devront chercher à former l’opinion publique europénne dans le même sens universaIiste. Ils devront ainsi soutenir et orchestrer sur le plan psychologique, moral et culturel, les efforts faits d’autre part pour unifier l’Europe dans le domaine politique et économique. Comprise de la sorte, l’Université européenne, par sa solidité et son éclat, sera un instrument incomparable de diffusion sérieuse pour l’idée européenne.

  1. Pourquoi créer une Université européenne?

Toutes les raisons générales,qui rendent nécéssaire l’unification de l’Europe et qui ont été développées à satiété par des hommes politiques de tous les pays pendant la première Session du Conseil de l’Europe à Strasbourg, valent aussi pour l’Université européenne, qui devra, avec d’autres moyens pareillement nécessaires, contribuer à donner une âme à cette Europe, dont les politiciens et les économistes doivent faire surgir le corps. Un corps sans âme se désagrégerait rapidement. Si on le maintenait debout artificiellement il serait une mécanique, un robot, qui ne remplirait pas son rôle à la satisfaction des êtres vivants et spirituels que nous sommes.

Parmi les raisons générales, qui imposent la création d’une Europe unie, nous en citerons principalement trois. C’est d’abord la docilité profonde à la marche de l’Univers et à la loi de l’évolution. Le monde tend à s’unir, à se concentrer, à se ramasser sur lui-même de plus en plus, tout en cherchant en même temps à se spiritualiser et à rendre plus aigue la conscience qu’il a de lui-même. Au lieu d’abandonner cette évolution à je ne sais quel déterminisme historique, les hommes doivent la canaliser, l’orienter, pour tirer le maximum de cette force. L’unification de l’Europe parait être une des étapes nécessaires dans ce processus.

C’est ensuite le caractère universaliste du christianisme, qui s’adresse essentiellement à tous les hommes , repose sur leur égalité foncière et considère comme vertus fondamentales la justice et la charité universelles. Or le christianisme a fait en grande partie l’Europe. Même si on ne le considère que comme un phénomène humain et historlque, il a fait la grandeur de l’Occident et parait pouvoir le faire encore. Il faut donc en tlrer le maximum. Mais il faut pour cela obéir à son dynamisme essentiel, qui ne connait pas de races, de frontières ni de nations. Ici encore la création d’une Europe

unie, est une étape nécessaire et possible.

Enfin, c’est la paix à sauver. Robert Schuman a dit à Strasbourg que la création de l’Europe unie lui apparaissait comme la dernière tentative pour sauver le monde du suicide. Pas besoin d’insister. Seule une Europe forte et unie pourra empêcher les deux autres blocs antagonistes d’en venir aux mains et d’entrainer toute la planète dans le malheur et l’anéantissement.

A ces raisons générales, s’en ajoutent quelques-unes de particulières. Il existe une culture européenne,  littéraire, artistique, morale et religieuse, qui représente des valeurs immenses et à laquelle le monde entier a puisé.  Inutile d’énumérer les noms des hommes de génie qui sont les sommets dans ce massif imposant. Or, si I’Europe ne s’unit point, elle sera absorbée culturellement par l’Amérique ou par la Russie comnuniste. Alors des valeurs immenses disparaitront. Ce serait une perte incalculable pour l’humanité. Il faut donc réaliser l‘Europe-Unie, qui saura défendre son originalité, et une Université européenne, qui devra sauvegarder et développer encore les valeurs

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culturelles européennes.

On ajoutera que le désir formel exprimé par l’Assemblée Consultative de l’Europe à cet égard devrait être déterminant. Ses Délégués ont représenté douze nations européennes. Ils appartiennent à tous les secteurs de l’opinion politique et religieuse. Ce sont des hommes triés sur le volet, expérimentés, sages dans l’ensemble, ayant envisagé tous les aspects de la question. Or, ils ont voté à l’unanimité la création d’une Université européenne. II s’agit donc là d’une espèce de plebiscite, qui a une grande valeur et dont on devrai tenir compte.

  1. Pourquoi Sarrebrück comme siège de l’Université européenne?

D’abord, parce que cette ville est proche de Strasbourg, capitale de l’Europe, qui recuse l’honneur d’abriter l’université européenne par peur de voir pâlir l’éclat de sa propre université française. Il est de fait important que Strasbourg reste une ville bien française et que son caractère français soit bien affirmé, afin de supprimer toute équivoque à cet égard. Mais il convient que l’Université européenne ne soit pas trop éloignée du Conseil de l’Europe, qui siège à Strasbourg. Sarrebrück est à deux heures d’express.

Il sera avantageux aussi de doter d’une université, d’un important centre culturel, un pays destiné à servir de charnière entre la France et l’Allemagne et qui a de ce fait une importance capitale et précisément du point de vue culturel. Or, ce pays manque justement, faute d’université, de l’élite intellectuelle, qui lui serait nécessaire et il n’aurait pas les ressources suffisanttes pour entretenir seul une université complète. Au lieu d’apporter de l’eau au moulin en ajoutant une université européenne à une université nationale dans la meme ville, n’est-il pas plus judicieux de doter de cet organe culturel une capitale qui en a besoin et qui a un grand rôle à Jouer?

C’est d’autant plus indiqué dans l’espèce, que SarrebrUck parait plus capab1e qu’une autre ville de jouer le rôle médiateur au point de vue culturel qui sera celui de l’université européenne. Celle-ci devra contribuer à fondre harmonieusement, du moins à rapprocher et faire collaborer les quatre civilisations principales qui forment la culture européenne: la latine,la germanique, la slave et l’anglo-saxonne. Les deux premières sont, au point de vue européen, incontestablement les plus importantes. Or, elles sont déjà réellement fondues en Sarre , pays ayant successivement été français et allemand, et pourront en tout cas s’y fondre plus facilement qu’ ailleurs, pour des raisons historiques et psychologiques. II est évident, par ailleurs, que la langue et la 1ittérature anglaise est tributaire à la fois de la France et de l’Allemagne, à cause de l’ influence historique des Normands d’une part et des Saxons d’autre part. Un pays à culture germanique et française, comme l’est la Sarre, sera donc davantage à même de pénétrer par le dedans la culture anglosaxonne. On sait par ailleurs que l’est de l’Allemagne a subi profondément l’influence slave. La littérature germanique, on peut même dire: l’esprit germanique en a été plus imprégnée que les Allemands ne veulent parfois le reconnaitre. Les Sarrois, à travers la langue allemande qui est à présent leur langue, ont subi aussi cette influence et sont de ce fait plus capables que ne le seraient des Latins purs, de contribuer à la réconciliation de l’Europe occidentale et orientale, qui reste nécessaire.

Tout le monde reconnait que l’entente franco-allemande est indispensable à l’Europe et au monde. Cette entente, qui devra se muer en collaboration confiante, ne sera pas seulement réalisée par des hommes politiques et des économistes. Elle a surtout un aspect moral et psychologique. Il faudra que l’on persuade les Allemands et les Français, en dépit de toutes les affirmations contraires, que

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leurs dons sont complémentaires plus qu’opposés et que réunis ils seront capables de faire des merveil1es. Mais c’est dans une université européenne, située entre la France et l’Allemagne, puisant surtout dans la culture française et allemande, qu’on pourra faire cette demonstration et travailler le plus efficacement à résoudre le problème franco-allemand.

Il n’est pas indifférent non plus pour l’avenir de l’Europe que la question sarroise trouve une solution heureuse. Or, si la capitaIe de ce pays devenait, par l’université européenne, un instrument d’ unification, un creuset où doit s’élaborer le nouvel esprit européen, ses deux grands voisins accepteront plus facilement son autonomie.  Ils chercheront à l’aider plus qu’a l’expIoi ter.  Ils feront même à propos de ce pays, un sacrifice méritoire, en renonçant à des revendications nationalistes qui relèvent d’une autre époque et contribueront, par ce sacrifice même, à la création spirituelle de l’Europe, qui sera supranationale ou ne sera point.

Il ne sera pas inutile de mentionner la situation heureuse de Sarrebrûck au cœur de l’Europe, ses relations faciles avec les grandes capitales de l’Occident, grâce à son réseau ferroviaire et routier, ainsi qu’à son aérodrome.

IV . Réfutation de quelques objections.

On dira d’abord qu’un monceau de ruines n’est pas très indiqué comme siège d’une université, que doit fréquenter l’élite de la jeunesse européenne. Mais, tout Sarrebrück n’est pas en ruines. Comment les deux cents mille habitants qui composent la ville y habiteraient-ils? Il faut ajouter que ces ruines se relèvent et se relèveront rapidement, dès que l’Europe aura fourni les crédits qui manquent. Est-ce mauvais pour la Jeunesse européenne d’avoir sous les yeux, au moins pendant les premières années, à la fois limage désolée de la guerre qu’il faut à jamais éviter et du courage des hommes qui travaillent hardiment sur un chantier? Il y aura des questions pratiques à résoudre. Elles ne sont pas insurmontables. Il  y en a aussi à Strasbourg.

Autre objection: Un pays purement industriel, sans grande tradition intellectuelle et culturelle, offrira-t-il l’ambiance spirituelle favorable à la bonne marche d’une université? Réponse: Cela dépendra en grande partie de l’université elle-mệme, qui devra stimules les esprits dans le pays même et, par l’apport extérieur venant de toute l’Europe, changer cette ambiance elle-même. Au demeurant, n’est-ce pas plus passionnant de créer de faire du neuf, que de transformer seulement et d’apporter des alluvions nouvelles aux anciennes? Au nouveau-monde, en Amérique singulièrement, on a créé de toutes pièces, il n’y a pas si longtemps, des universités et des ambiances nouvelles. Pourquoi  l’Europe n’ en ferait-elle pas autant?

Mais les Allemands ne verront-ils pas dans ce Projet une pointe contre eux, une tactique habile pour faire consacrer l’autonomie de la Sarre et rejeter définitivement leurs propres revendications par rapport à ce pays? Ils auront tort. Il faudra décidément qu’ ils se haussent à un niveau supranationak,européen. Il faudra d’ailleurs leur montrer qu’aucune arrière-pensée machiavélique n’a inspiré le projet, en leur demandant de contribuer eux-mệmes pour une bonne part à la marche de l’université en fournissant des professeurs, des élèves et  •••  des ressources.

Mais justement , la Sarre aura-t -elle les ressour ces nécessaires pour lancer et soutenir une entreprise  aussI coûteuse? Elle ne les aura pas toute seuIe.  II f’audra que l’Europe l’aide substantiellement, ce qui  va de soi.

D’autres villes ne seront-elles pas jalouses du choix de Sarrebrück? Réponse:  Il est impossible de s’arrêter à des considérations aussi mesquines. Qu’on aligne les titres de ces villes, qu’on les

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compare avec ceux de Sarrebrück et qu’on agisse loyalement pour le plus grand bien de l’Europe à sauver et du monde à sauver.

  1. La marche à suivre.

Le plus sage serait sans doute de passer par la Commission culturelIe de l’Assemblée Consultati ve de Strasbourg. M. Casati en est le président. Le secrétariat général du Conseil de l’Europe, dont les bureaux se trouvent à Strasbourg, rue du Palais, pourrait servir d’intermédiaire. C’est cette Commission qui pourrait prendre la chose en main. Pour la persuader d’activer l’aménagement de l’Université européenne, on pourrait avantageusement lui rappeler combien les Délégués de l’Europe ont souligné l’opportunité qu’il y aurait à créer le plutôt possible quelqu’organisme européen incontesté, avant même la solution des problèmes politiques européens, afin d’acclimater dans le public l’idée de l’Europe-Unie et aussi de combattre par cette réalisation le scepticisme de beaucoup.

Naturellement, si l’idée était acceptée par cette Commission et transmise aux gouvernements respectifs, il faudrait un comité spécial pour la porter à sa dernière maturation et diriger sa mise à exécution. Ce comité devrait être à la fois européen et sarrois.

Sans attendre la réalisation de ce projet, qui dépend de bien des circonstances, il y aurait avantage à créer dès maintenant à l’université de Sarrebrück une chaire ou du moins une maitrise de conférences consacrés à l’étude de la civilisation européenne et particulièrement à l’étude comparée des civilsitations allemande et française. Ce travail tout positif, qui devrait se prolonger dans que1que publication, serait la brèche, par où l’on ferait passer ensuite le reste du projet. Même si celui-ci n’aboutissait pas, cette chaire serait utile. Toutes les raisons données plus haut

en faveur de la création d’une Université européenne, vaudraient pour e11e, toutes proportions gardées . Cette reaIisation-là , beaucoup moins onéreuse, devrait être faite sans tarder. Ce serait la pierre d’attente pour l’édifice futur.

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Strasbourg le 1o décembre 1949.

Pierre Lorson

1, Bd.d’Anvers.

<Fundort: Archives des Jésuites, Paris, Nachlass Pierre Lorson>

La Croix 14.8.1950:

Une enquête de René Baltus : SARRE. réalités et problèmes. Un laboratoire de l’esprit européenne.

Il s’agit de l’Université de Sarrebruck, création originale, entreprise hardi et peut-être téméraire, qui pourrait devenir une préfiguration de l’Europe de demain en mệme temps qu’agent actif de son développement.

C’est le 8 mars 1947 qu’elle a été inaugurée par M. Naegelen, alors minister français de l’Éducation nationale. Ce n’était alors qu’un Institut d’université, étroitement rattaché aux Facultés de Nancy, lesquelles fournissaient la plupart des professeurs. Le siege du nouvel Institut était alors la petite ville palatine de Hombourg, qui mit à la disposition des étudiants les bâtiments d’un très bel hospital modern. Il y avait des cours de medicine, de sciences, de lettres et de droit, au moins d’une façon embryonnaire (1).

<Bild Inaugurationsfeier>

Il n’y avait pas encore de gouvernement sarrois alors. Le pays était integer dans la zone française d’occupation. Le rattachement économique était cependant déjà décidé. La France comprit alors qu’elle ne devait pas seulement nourrir matériellement, mais aussi spirituellement une population affamée à tous les points de vue.

C’était d’autant plus nécessaires que l’élite intellectuelle destine à diriger le pays, s’il devenait autonome, faisait cruellement défaut. Il faudrait alors des homes politiques, des adminstrateurs, des techniciens, à côté des médecins, des avocats et des professeurs, qui ne pourraient plus ệtre puisés dans les reserves du Reich et qui, à cause de la langue, ne pourraient pas non plus être demandés à la France. Il s’agissait aussi de donner aux jeunes gens demobilizes ou sortant des lycées l’occasion de poursuivre leurs études et de préparer sur place les carriers liberals, que le change les empêchait d’ailler preparer en Allemagne.

Il faut bien avouer que les discours d’inauguration soulignèrent surtout le caractère français de l’Institut. M. Naegelen ne le cacha pas: “Le but de cet Institut d’études supérieures de Hombourg sera précisément de faire rayonner sur cette province la pensée française, ses idéaux humains et universels.” Les autres orateurs, y compris le Dr Strauss, alors directeur de l’enseignement sarrois, parlèrent dans le meme sens.

(Voir la suite page 4.)

(1)   Voir la Croix des 5. 6-7. 8, 9, 10, 11 et 12 août.

Dans une caserne ultra-moderne

L’Université évolua dans la suite. Nous n’avons pas à retracer l’histoire de ses premiers pas un peu titubants. Elle émigra d’abord. Seule la Faculté de medicine resta à Hombourg. Les autres trouvèrent un abri, à la fois commode et pittoresque dans une caserne ultramoderne comme Hitler savait en construire. Elle est située en pleine forêt, à quelques kilomètres de la capitale. Le silence le plus profound y règne. L’air y est merveilleusement pur. Les salles sont spacieuses. A côté des classes, les étudiants y trouvent gite et couvert. C’est vraiment, ou plutôt ce sera vraiment un pensoir, un “phronistère” ideal pour la jeunesse sarroise, en reprenant le mot d’Aristophane dans Les nuées. Si certains organs essentiels comme la bibliothèque ou les laboratoires manquent ou sont encore rudimentaires, on prepare leur installation.

Direction et organisation

Ce n’est pas seuelement le cadre qui a changé. L’esprit aussi s’est adapté aux circonstance nouvelles. Il y a maintenant un gouvernement de la Sarre. La France a renoncé à toute vise annexionniste sur ce pays. Il convient donc que l’Université soit sarroise plus que française. L’accord culturel franco-sarrois, déjà mentionné, parle longuement de l’Université. D’après ce document, ce sont les deux gouvernements qui en sont chargés. Le gouvernement français ”s’engage à donner son appui financier et culturel au gouvernement de la Sarre pour la création et le développement de l’Université de la Sarre”. Il est stipule que le Conseil d’administration sera compose d’un nombre égal de représentants de la République française et du gouvernement de la Sarre. Il sera presidé par une haute personnalité française ou sarroise du monde universitaire, littéraire ou scientifique. L’Université sera administrée par un recteur français ou sarrois, assisté d’un vice-recteur sarrois ou français. Ils seront nommés par le gouvernement sarrois, sur proposition du Conseil d’administration. Il est entendu que, pendant les cinq premières années, le recteur sera français. Le financement de l’entreprise est assure pareillement par les deux gouvernements.

La composition originale du corps professoral

On avouera que tout cela est déjà fort original. Ce qui l’est advantage, c’est la composition du corps professoral. A côté de Français et de Sarrois, il y a des Allemands, des Suisses, des Belges. Les cours sont faits indifféremment en français ou en allemand. Il y a des Français qui ont la coquetterie d’enseigner en allemand, et des Sarrois qui font leurs cours en français. Les examens sont passés au choix dans l’une ou dans l’autre langue. Mais avec le nombre croissant des étudiants qui atteignent dèjà un millier, la preponderance de l’allemand deviant de plus en plus grande. Un grand nombre d’étudiants possèdent remarquablement notre langue. Le signataire de ces lignes leur a fait plusieurs conferences en français, suivies de discussions ardentes dans la meme langue bien que l’orateur eut laissé les objectants libre de s’exprimer en allemande ou en français.

Il est vrai qu’un certain nombre de ces étudiants avaient été auparavant dans des Universités françaises. Depuis cinq ans en effet, plusieurs centaines de jeunes Sarrois étudient dans nos Facultés. Il y a un contingent de Sarrois dans la plupart de nos Universités, surtout à Paris, à Nancy, à Dijon. Dans l’ensemble, ils ont été bien accueillis et y ont faite bonne figure …

On avouera que cette formule d’Université est neuve. Elle réalise certainement chez les étudiants une intercompénétration profonde de la civilization française et de la culture allemande. Il s’agit là d’un véritable laboratoire spiritual, d’où devront sortir de nombreux specimens de l’homo franco-germanicus, en attendant l’homo europaeus.

Il est trop tôt pour apprécier les résultats de cette experience en plein cours. Chez les étudiants, nous avons entendu deux sons de cloche diamétralement opposes, allant de l’enthousiasme à la critique acerbe. Evidemment, ce n’est qu’un début. Beaucoup de professeurs viennent d’ailleurs et ne dorment à Sarrebruck qu’un fragment de leur vie. La fusion n’est pas encore parfait entre les uns et les autres. Le vrai style européen de la maison est encore à créer. Tous les étudiants ne savent pas assez de français pour profiter au maximum des cours faits dans cette langue. Comme dans le premier Faust, la marmite bouillone tumultueusement avant la naissance de l’homonculus. Mais l’apaisement viendra et la creation heureuse.

Une évolution souhaitable

Il nous semble que si l’Université de Sarrebruck a déjà évolué, elle fera bien d’évoluer encore. Non pas dans un sens plus sarrois et plus exclusive, mais dans un sens européen. Le petit pays de la Sarre ne pourra jamais se suffire au point de vue culturel. S’il le voulait, il ne réussirait qu’à cultivar un mediocre esprit de clocher, qui est le contraire de la vraie culture. Autant cultivar des choux. Le Luxembourg, voisin de la Sarre, ne veut pas d’Université pour éviter cet inconvenient. Il préfère envoyer ses jeunes gens à Paris, à Louvain et à Munich, d’où ils reviennent avec des idées larges et neuves, qui empêchent le petit Luxembourg de mariner indéfiniment dans sa maigre sauce. La sauce sarroise en elle-même n’est guère plus riche. Il faut d’autres ingredients pour la render supportable. Le bilinguisme pratiqué à l’Université de Sarrebruck et la presence de professeurs français et européens empêcheront ce rétrécissement.

Vers und Université européenne?

Il nous semble que l’Université sarroise devrait viser à s’européaniser davantage encore. Pourquoi ne deviendrait-elle pas cette Université européenne complete que l’U.N.E.S.C.O. et le Conseil de l’Europe à Strasbour rêvent de susciter. La ville de Strasbourg, un peu mesquinement, a refuse d’élever à côté de sa proper Université, dont le caractère français est indispensable, un second centre, européen celui-là, de culture universitaire. Sarrebruck serait tout indiquée pour prendre la place de Strasbourg. Le Centre official européen de culture a été installé à Genève, dans un pays qui refuse d’aller à Strasbourg. Le Collège européen official a été place à Bruges-la-Morte, ce qui est assez paradoxal. Si Strasbourg a été choisi comme capital de l’Union européenne, c’est à cause de sa situation sur la ligne médiane du Rhin, à cause de son bilinguisme et de sa double culture. Sarrebruck a les memes avantages et se trouve à deux heures d’express de Strasbourg. Il nous paraȋtrait intelligent et aussi avantageux pour les Sarrois que pour les Européens de placer l’Université de l’Occident dans uns pays né pour la médiation entre deux grands peuples et deux grandes cultures, les plus importantes de l’Europe.

L’installation de ce Centre de haute culture, trop lourde pour un petit people, serait un jeu si elle était finance par toute l’Europe. La repartition des chaires de professeurs serait un jeu aussi, si l’on pouvait choisir entre la fleur universitaire de tout l’Occident. Et l’on aurait alors un laboratoire spiritual, où l’on ferait une mixture merveilleuse avec Pascal et Dante, Shakespeare et Cervantes, Goethe et Dostoiewski.

On rêve de cela à Sarrebruck. D’autres villes sont sur les rangs. Nous avouons qu’aucune ne nous paraȋt avoir autant de titres que Sarrebruck, malgré ses ruines, pour devenir le siege de l’Université européenne. Celle qui existe déjà n’aura qu’un pas à faire pour s’européaniser. Au nouveau recteur, qui est un germaniste distingue et un home d’une culture toute europénne, de faire valoir, et aboutir ces titres.

<A suivre.)

RENE BALTUS

Wissenschaftliche Auswertung der Texte in:

Das Projekt einer Europäischen Universität des Saarlandes (1948-1957) im Spiegel eines “saar-französischen” Memorandums, in:

Jahrbuch für Universitätsgeschichte Bd. 13, 2010, S. 155-176,  sowie

in: Zeitschrift für die Geschichte der Saargegend 56/57, 2008/2009, S. 195-217.

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