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Peter Burg Werke

Réfugié

8. Réfugié (Nice, Grand Séminaire de La Castille)

<175> Chapitre VIII

Armistice

Le 16 août 1940 j’arrivais à Lyon, après avoir franchi la ligne de démarcation en train, sans difficulté, grâce aux explications que je fournis en bon allemand à l’officier qui me contrôla et qui, peut-être respectueux de l’habit que je portai, me crut ou voulut se montrer bienveillant. A Lyon, ma première visite fut pour le Supérieur majeur qui remplaçait le P. Général, difficile à atteindre. Je lui exposai en toute simplicité mon projet d’aller en Angleterre et d’y continuer dans l’armée française libre ce rôle d’aumônier militaire que j’avais à peine esquissé. Je plaidai de mon mieux ma cause.- Voici comment à peu près: ” D’abord il faut se soucier des âmes exposées à la mort.- L’apostolat n’a rien à voir avec la politique.- Si vous envoyez des missionnaires en Afrique ou en Chine, vous pouvez en envoyer dans une armée qualifiée ici de dissidente mais qui, conformément á la meilleure morale du reste enseignée expressément, quoi que différemment, par le national-socialisme, préfère obéir à la loi non écrite plutôt qu’à la loi écrite, à la loi de Dieu plutôt qu’à celle d’un homme, à sa conscience plutôt qu’à Créon, comme l’Antigone de Sophocle, comme Montalembert et Lacordaire[1]. Même s’ils se trompaient, leurs âmes auraient droit à notre ministère spirituel.- Je vous demande de pouvoir m’y consacrer, d’autant plus que les Allemands annexeront tôt ou tard la zone dite libre, qu’ils m’y trouveront et qu’ils me feront un sort dont je ne me soucie pas le moins du monde.- Envoyez-moi donc comme missionnaire là-bas.- Du reste des motifs plus humains, mais ayant leur prix, orchestrent celui que je viens de vous développer.- D’abord, je pourrai rendre quelques services à l’Eglise et à la Compagnie par ma présence là-bas.- Sans me flatter d’y jouer un rôle autre que spirituel, je contribuerai modestement à gagner des sympathies à ceux que j’aime et représente auprès de ceux qui feront la France de demain.- Est-ce inutile? La sagesse, nullement machiavélique, ne le commande-t-elle pas? Enfin je vois plus.- Je connais l’Allemagne mieux que beaucoup d’autres, je suis Sarrois d’origine, j’ai vécu en Alsace – Lorraine. Je considère que <176> la Sarre devra redevenir française au même titre que l’Alsace – Lorraine, peut-être malgré le désir de ses habitants superficiellement germanisés aujourd’hui. Il y a là des problèmes où je pourrai donner quelques conseils utiles. Enfin j’ajoute que j’aurai assez facilement mes entrées auprès du général qui a relevé l’honneur du drapeau français, grace à des relations communes.”  Je mis autant de chaleur que possible dans ce plaidoyer. Mon Supérieur ne prit pas la peine de réfuter un à un mes arguments. Il me dit que le Maréchal était notre chef légitime, qu’il condamnait la dissidence, que nous devions obéir.- Le Père ajoute cependant qu’il souhaitait la victoire des Alliés, qu’il croyait que pour son relèvement la France avait besoin, provisoirement au moins, des réformes préconisées par Pétain, qu’il fallait donc être loyaliste à l’égard de celui-ci. – Il ajoute qu’il croyait interpréter ainsi au mieux la pensée du P. Général. Il n’y avait donc qu’à obéir et j’obéis.

Personnellement, en ce moment, je n’avais pas le moindre ressentiment contre le Maréchal. Je pensais qu’il s’était trompé en cessant la guerre, mais reconnaissais volontiers qu’il avait plus de compétence que moi pour savoir s’il y avait moyen de la continuer ou non. Avec la plupart des Alsaciens – Lorrains j’ai cru longtemps que Pétain jouait un peu subtil, avec tous les dehors de la plus parfaite sincérité et que les Allemands auraient certainement joué à sa place sans le moindre scrupule, mais qu’il voulait simplement gagner du temps pour faire, d’accord avec les Américains, ce que Darlan[2] fit parfaitement dans la suite. – Les polémiques, les invectives à la radio et dans les journaux ne me troublaient pas. Tout cela, c’est le jeu, me disais-je et c’est très fort, mais le moment viendra où Pétain et de Gaulle défileront ensemble sous l’arc de triomphe. – Voilà ce que je croyais au début et ma formule était: il faut être à la fois avec Pétain et avec de Gaulle.- Les deux sont indispensables.-

<177> C’est avec ces dispositions que j’allai dans la ville de la Côte d’Azur qui me fut assignée comme résidence et où je me mis à prêcher comme autrefois. Je m’aperçus bientôt que ce que je croyais un jeu avait des inconvénients graves.-

C’est que les gens le prenaient au sérieux Ils s’imaginèrent sérieusement qu’un vieillard de 85 ans, contrôlé par les Allemands, en pleine guerre, avec 2 millions de prisonniers, allait faire une révolution nationale, allait redresser le pays dans un sens de droite et que la dissidence était sa mortelle ennemie. La légion était créée, les mouvements de jeunesse mis au pas, les journaux étaient contrôlés et la censure laissait passer d’odieuses calomnies de journalistes de droite maintenant tout puissants contre leurs anciens ennemis sans défense.- Ces mêmes journaux à l’égard des vainqueurs provisoires, affichaient une platitude vraiment écœurante.-

Tout cela était-il vraiment du jeu? Je commençai à en douter, mais me disais qu’on exagérait la pensée du vieux maréchal, qui ne pouvait pas tout contrôler et je croyais encore que sa pensée profonde était de préparer secrètement la reprise des armes contre l’ennemi commun.

J’eus l’imprudence, deux, trois fois, de parler vigoureusement en chaire contre ceux qui introduisaient en France des doctrines qui lui faisaient perdre son âme et crus tout de même rencontrer de la résonance parmi mes auditeurs.- Ces sorties m’ont valu l’envoi de quelques feuilles gaullistes clandestines. Mais je n’ai jamais participé directement au mouvement. Un religieux n’a pas à faire de politique. – Mais j’étais ‘classé’ comme gaulliste désormais, aussi bien dans ma communauté qu’en public.

Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’à tous je disais ma certitude de la victoire finale des alliés. L’avance des Allemands en Russie, en Yougoslavie, en Grèce, en Afrique ne m’enleva jamais ma conviction. – Et j’avais une joie d’enfant quand les Anglais bousculèrent les Italiens en Abyssinie, en Egypte et ailleurs. Je connus alors des heures de véritable exaltation que je tâchais de faire partager autour de moi. – C’était facile <178> du reste, car personne ne voulait la victoire des Allemands et de leurs satellites. Quand vint la fameuse entrevue de Montoire, ce fut pour moi l’effondrement. Ce n’était plus la comédie, c’était un abandon. – Je ne pouvais croire le maréchal capable d’une pareille honte et d’un pareil défaut de psychologie.- Je fis endosser cette responsabilité à Pierre Laval, en l’intelligence duquel j’avais cru jusqu’alors. En fait, il est plus roublard qu’intelligent et il se peut qu’il n’ait pas eu l’esprit vraiment libre. Ce pauvre bonhomme, qui ne sait pas un mot d’allemand, a été il y a quelques années á Berlin. Il a été à Rome aussi et s’est senti flatté du succès qu’on lui avait fait. Ce double fait l’aurait-il grisé? Serait-il lié psychologiquement? Le coté colossal de l’Allemagne hitlérienne l’aurait-il impressionné au point de lui faire perdre son réalisme politique? Je ne sais. En tout cas, il n’était pas besoin d’avoir fait si longuement de la politique pour savoir 1° que les Anglo – Saxons, tenaces, fiers insulaires puissamment industrialisés, sportifs possédant un empire immense ne céderaient pas et ne seraient pas battus. Un coup d’oeuil sur une géographie universelle donnait de ceci une certitude absolue. 2° que le peuple russe vilipendé de toute manière par Hitler et les Hitlériens en découdrait un jour avec les Allemands qui convoitaient ouvertement l’Ukraine déclarée par Hitler la colonie naturelle de l’Allemagne et que cela renforcerait singulièrement la puissance des Alliés. 3° et c’est le plus grave, que le peuple français, malgré Mers-el-Kebir et d’autres épreuves de ce genre, n’accepterait jamais, ne pouvait accepter psychologiquement une alliance quelconque avec l’Allemagne, après la défaite, après l’abandon de nos soldats entre les mains de Hitler, même de ceux qui, comme moi-même, s’étaient battus jusqu’à l’armistice. 4° que l’Amérique, dont l’attitude était claire et dont les usines de guerre poussaient comme des champignons et dont la puissance industrielle est illimitée, viendrait, comme en 1918, aider les Alliés et décider de la victoire. 5° que le général de Gaulle, qui, au point de vue de l’honneur, je ne dis pas juridique et formaliste, ce qui ne signifie <179> rien, mais au point de vue réel, instinctif, divin, avait choisi la meilleure part, l’avait aussi au point de vue réalisme politique, puisqu’il était avec les futurs vainqueurs et finirait par avoir avec lui et pour lui les hommes d’honneur et les hommes de calcul, du moins ceux qui ne seraient pas trop enferrés dans une politique de ressentiment, comme M.Laval, l’Action Française et toute cette pauvre extrême droite qui crût venu le moment de se venger bassement de ses anciens adversaires et profita bassement de la faveur gouvernementale et de la censure pour vider des querelles personnelles qui n’avaient d’intérêt pour personne.  6° qu’il valait mieux de toute manière, par réalisme politique autant que par devoir moral garder la ligne droite et servir la cause de la justice qui est aussi celle de Dieu et qui finirait, tôt ou tard, par l’emporter sur la violence et l’injustice.

Or voici quel était mon point de vue, que j’ai toujours défendu et que j’ai enseigné à mes élèves de philosophie[3]: La guerre que faisait l’Allemagne était injuste au sens fort et moral du mot. D’abord, parce qu’elle l’avait commencée, attaquant la Pologne sous prétexte de récupérer un corridor- qui, je l’avais constaté pendant un long séjour que j’y fis, était polonais et non allemand; lequel du reste avait été établi par un traité légitime signé par l’Allemagne -, ensuite parce qu’elle avait violé la neutralité de la Belgique, de la Hollande, du Luxembourg et avait forcé les Balkans à se mettre de son coté contrairement à leurs sentiments et à leurs intérêts; puis parce qu’elle avait attaqué la Russie, qui ne nourrissait aucun dessein agressif contre l’Allemagne et qui n’avait formé sa puissante armée que parce qu’elle se savait menacée par les deux plus puissantes nations militaires du monde, l’Allemagne et le Japon. Tout le monde savait que Hitler convoitait l’Ukraine, qu’il avait eu la naïveté de déclarer la colonie naturelle de l’Allemagne; enfin parce qu’elle a employé la première des méthodes de guerre barbares, cruelles, aveugles, qui malheureusement durent se généraliser dans la suite. Le bombardement d’Amsterdam et de Londres en 1940 était le fait de l’Allemagne. Pour toutes ces raisons, il n’est pas permis en saine morale de collaborer directement à la victoire de la cause allemande. Personne ne démontrera jamais le contraire, si plusieurs, par faiblesse ou opportunisme, ont négligé <180> d’enseigner cette doctrine, même quand ils en étaient chargés. Il va sans dire qu’une collaboration matérielle, imposée par la violance, pour des raisons graves, peut être tolérée et c’est ce qui excuse tant de braves gens qui ont travaillé pour les Allemands. Mais un gouvernement qui érige cette collaboration à la hauteur d’un système, qui en fait un devoir à ses sujets, qui crée une mystique autour d’elle, qui la pousse jusque dans le domaine idéologique du racisme et de l’antisémitisme, qui empoisonne l’esprit et la conscience de trop de ses sujets trop débiles pour ne pas se laisser intoxiquer, ce gouvernement  agit mal et ne peut pas être sauvé devant l’histoire. On dira que l’ensemble de cette politique était considéré par lui comme le moindre mal, que la collaboration était indirecte seulement et donc permise pour un motif grave de salut national. Mais d’abord le gouvernement a encouragé, voire organisé la collaboration directe en suscitant la légion antibolchevique qui aidait directement au succès des armées allemandes. Ensuite il a, par sa mystique, encouragé la collaboration directe d’individus qui ne l’auraient jamais fait sans cela. Enfin il n’est pas sûr du tout que l’abstention aurait eu plus d’inconvénients que la collaboration pour le pays. C’est le contraire qui serait vrai. La guerre aurait cessé plus vite. L’armée de résistance se serait mieux organisée avec la complicité du gouvernement. Elle aurait joué finalement un rôle plus important, que les Alliés auraient mieux récompensé. Vraiment on n’arrive pas à comprendre, si ce n’est pas l’influence du ressentiment, de l’ambition vulgaire ou du défaut de clairvoyance et de sens moral cette “odieuse politique de Montoire”.

Voilà ce que j’ai pensé alors et laissé entendre autour de moi dans cette ville de Nice, qui ne brille pas par son héroïsme ni même par son patriotisme. Il y a là trop d’Italiens peu assimilés, il y a trop d’esprit de jouissance, il y a eu trop peu d’épreuves. Aussi la légion s’y recrute-t-elle plus vite qu’ailleurs. La J.F.O.M.[4], de simple mémoire, y prospéra. Elle eut l’honneur de donner un Darnand[5] au pays. Qu’est-il allé faire dans cette galère? Il <181> me semble qu’en cette année 1941 trop de Méridionaux, qui ne connaissaient ni les Allemands, ni la guerre et que leur soleil gâtait et amollissaient, n’avaient pas un sens national suffisant et auraient accepté à n’importe quel prix, sauf celui de perdre leurs pêches, leurs fleurs et leurs parfums, la fin de la guerre. Cela changera plus tard – après la victoire de Toulon.

Je repris donc mes prédications et mes conférences dans ce milieu bien différent de celui auquel j’étais habitué. On a de beaux auditoires à Nice et des auditoires intéressés et enthousiastes. On y aime une belle parole, les émotions, les cérémonies. – La vie religieuse y fait partie de la vie mondaine. Les églises  sont des variantes du Casino.- En faisant sa promenade quotidienne, on aime, pour la varier et l’agrémenter, á faire une station dans l’église de Notre – Dame ou du Vœu ou de Jeanne d’Arc pour y entendre un sermon de neuvaine ou du mois de Marie.- Il n’y a pas d’anticléricalisme, peu de respect humain,- mais c’est pire.- Le catholicisme n’y est pas annexé par la politique à la manière maurassienne, mais il est un motif de décoration de la vie, un ornement, un passe-temps, une poésie, une garantie de la vie éternelle aussi, mais on croit si peu à l’enfer, on prend si peu Dieu au tragique. – Et tout cela avec sincérité, sans hypocrisie.- On voit les choses ainsi. La vie est un bouquet, auquel il faut de la variété. Quelques fleurs spirituelles y sont indispensables. Ces dispositions font des auditoires vivants, sympathiques, écoutant admirablement, mais décevant. En faites l’on sent qu’il ne conclura pas, qu’il ne changera rien à sa vie, que s’il fait des promesses, il ne les tiendra pas; qu’on est un violoniste qui émeut et charme, mais ne transforme point.

On a peu de joies profondes. La direction spirituelle y est peu pratiquée. La vie intérieure profonde – combat spirituel – y est peu connue. On vit en dehors de toute manière. Je parle de l’ensemble, bien sûr et j’appuie les traits. Il y a des exceptions, grâce à Dieu et la sainteté est possible à Nice comme ailleurs, parce qu’elle est l’oeuvre de Dieu plus que celle des hommes.

J’ai été fort frappé dans le midi par cette influence du physique, du climat, des conditions de vie, sur la vie religieuse et morale. Ayant moi-même beaucoup à lutter pour rester fidèle à mes devoirs, pour garder un minimum <182> de vie intérieure, pour travailler en profondeur, quand tout me sollicitait à la paresse, j’avais finalement assez d’expérience pour comprendre par dedans la vie spirituelle méridionale, tout en gestes, en effusions, en démonstrations, en fantaisies aussi et en lubies, sans régularité, sans persévérance, sans lutte contre soi-même et contre le monde, souvent sans moralité, en tous cas sans scrupule, sans rien de tragique ni de désespéré. Evidemment quand on lit l’évangile on est dans une autre atmosphère et l’on comprend aussi que des Nordiques trouvent inassimilables par eux cette piété à l’eau de rose ou de Cologne.

J’eus l’occasion de connaître de plus près cette piété quand je devins en 1942 professeur de philosophie, puis de théologie dans un grand séminaire de la côte que je ne désignerai pas avec plus de précision. J’aurais voulu écrire tout un chapitre sur l’expérience que je puisai là. Je pensais l’intituler: Comment fait-on un prêtre.  Malheureusement, comme j’aurais dû aligner plus de critiques que de compliments et que je ne veux pas faire de peine aux collègues  avec qui j’ai vécu trois ans heureuses, malgré tout, je m’abstriendrai de décrire ce que j’ai vu. Du reste, des échos et des renseignements que j’ai eus, me persuadent que dans d’autres diocèses de France les conditions ne sont pas meilleures. Je dirai simplement que la haute réputation de vertu, de zèle et d’ingéniosité apostolique, de pauvreté et de désintéressement, de science théologique aussi, dont jouit le clergé français à l’étranger, presque partout j’ai pu le constater maintes fois au cours de mes voyages. – Ou bien c’est un mythe dont sont responsables certains livres très sincères et très réalistes comme Le Christ dans la banlieue[6] qui eut un immense retentissement et qu’on a indûment généralisé, comme on le fait si facilement à l’étranger, ou bien les vingt dernières années ont dû, dans le midi au moins, voir une chute verticale dans le clergé et dans les séminaires.

Mais au fait mon expérience s’étend au midi, quand je suis moi-même de l’est et d’une formation toute différente. Il y a des formes de piété, des formes d’action, des formes de vie intérieure sans doute qui diffèrent dans le clergé comme ailleurs. In coelo sunt multae mansiones.[7] Pourquoi vouloir élever la piété du nord á la hauteur d’une norme universelle? En tout cas les professeurs et les élèves n’avaient pas, à cet égard, le style qui me paraissait idéal, en tout cas qui m’était familier au moins théoriquement. Je signalerai du moins les lacunes les plus graves, <183> qui sont dues aux manques de moyens plus qu’à la mauvaise volonté, qui sont dues aussi à la médiocrité du matériel humain qui entre au séminaire et qu’il n’est pas possible en six ans d’affiner suffisamment au point de vue intellectuel, spirituel et moral, enfin qui sont dûes à l’ambiance générale du midi, où plus qu’ailleurs on porte les stigmates du temps et où notre vieillissement est de beaucoup le plus avancé. Mis à part l’effort italien, nul part il n’y a moins d’enfants, moins de travail, moins de courage, moins de vie intérieure, moins de gravité chrétienne et de profondeur humaine, s’il y a non plus nul part plus de paroles, de vivacité d’esprit, d’agréments dans les relations, de charme véritable et d’aisance à tout point de vue. – C’est toujours Corinne et lord Elvil[8].-  Et cette atmosphère les jeunes gens l’ont respirée dans leurs familles, dans leurs paroisses, dans leurs presbytères. Ils ont des plis et de robustes habitudes, quand ils viennent au séminaire. Mais, au lieu de critiquer ce qui est – plus asinus objicere potest, quam salvare philosophus – je suggérerai quelques améliorations, qui, me semble-t-il pourraient remédier, pour les petits diocèses comme celui que je vise, où il y avait une petite trentaine de séminaristes.

J’ai cette conviction que des réformes  qui ne sont pas consacrées par des institutions solides, durables, ne vont pas loin. Un Supérieur de séminaire pourra parfois, par sa valeur personnelle, être un animateur puissant, créer un style autour de lui et façonner réellement les esprits et les âmes. Mais d’abord qu’arrivera-t-il s’il meurt ou est remplacé et que son successeur ne le vaille pas. – Il faut que le séminaire puisse continuer comme par lui-même. La valeur des institutions et des traditions le permettront. Or à cet égard nos séminaires n’ont pas assez évolué. Ils ont de vieux règlements surannés qui ne mordent plus sur les esprits et les caractères, qui agacent et irritent au contraire. C’est là qu’il faudrait hardiment innover et adapter, tout en s’inspirant des meilleures traditions et des meilleures expériences faites à l’étranger.

Voici quelques idées à ce sujet. D’abord, il faudrait instituer des séminaires régionaux, mettre trois, quatre diocèses ensemble, ayant même mentalité, mêmes problèmes, encore qu’il y aurait avantage à mêler les mentalités. Mais cela compliquerait trop les choses au point de vue matériel. En mettant ensemble les ressources de plusieurs diocèses, on pourrait établir un séminaire où il y aurait 120 à 150 élèves, des professeurs plus nombreux et donc <184> moins chargés et plus capables de donner un enseignement supérieur, au lieu de tomber fatalement dans le secondaire, où l’on apprend par cœur des résumés sans recourir aux sources. – On pourrait mettre ensemble des ressources en livres et créer, soit pour les professeurs, soit pour les élèves  des bibliothèques riches, variées, bien aménagées et vraiment accessibles, libérales dans leur composition, modernes et solides à la fois et qui font si cruellement défaut aujourd’hui.- Les élèves, plus nombreux, où il y aurait une élite intellectuelle plus prononcée, réagiraient très heureusement les uns sur les autres, pratiqueraient une émulation spirituelle et intellectuelle du plus haut prix et créeraient une atmosphère non seulement cordiale, mais vraiment tonique, formatrice, donnant à l’avance ce sens catholique si nécessaire, combattant l’esprit de clocher si néfaste. Pour élever à la fois le niveau des professeurs et celui des élèves, il serait bon d’élever ces séminaires régionaux au rang de facultés, ayant le droit de préparer aux diplômes, au moins au baccalauréat et à la licence en théologie. Il vaudrait mieux réserver le doctorat aux Instituts catholiques, nécessaires quand même comme foyer de haute culture et de science.

A côté de cette transformation institutionnelle, il en faudrait une autre, ce serait la création d’un noviciat au début du séminaire. Il faudrait que pendant trois mois au moins les débutants ne fassent que de la spiritualité, une grande retraite, des cours de spiritualité, une initiation très sérieuse au combat spirituel et à l’oraison mentale; il faudrait aussi créer là une mystique sacerdotale et apostolique, dans le genre de celle que j’ai décrite plus haut à l’école apostolique et qu’il faudrait renforcer tout le temps du séminaire. Elle serait la clef de voûte de tout le système et donnerait une âme ardente au séminaire.  Naturellement il faudrait un maître des novices, homme de grande valeur intellectuelle, humaine, spirituelle surtout. Ce ne devrait pas être un des professeurs, trop occupés pour cela. Cela pourrait être un religieux ou un prêtre séculier du même type, qui serait en même temps père spirituel et professeur d’ascétique et de mystique au séminaire. Il suivrait aussi les novices pendant le séminaire et serait leur mentor. Les novices, étant de trois ou quatre diocèses, seraient assez nombreux pour qu’il y ait de la vie. Après trois mois ils deviendraient vraiment séminaristes et commenceraient leurs <185>  études de philosophie.

Cette 3ème institution servirait de transition entre le collège et le séminaire et donnerait des habitudes de vie intérieure indispensables.

Le directeur spirituel attitré serait une troisième innovation. – J’ai vu fonctionner cela admirablement en Suisse et en Allemagne. – Des hommes de première valeur, souvent d’anciens professeurs de théologie, occupaient ce poste, faisaient des cours de spiritualité qu’ils publiaient souvent, étaient chargés des lectures spirituelles et de la  direction spirituelle officielle, bien que pour la confession les élèves pussent s’adresser aussi aux autres professeurs; hommes de Dieu ils mettaient dans la maison un ton de gravité, d’ardeur, de régularité, de sainteté qui faisait du bien à tout le monde. Actuellement dans nos séminaires il n’y a pas de directeur spirituel. Tous les professeurs confessent et dirigent, et ayant peu de temps s’y intéressant peu, négligent le travail. Il n’est pas rare  que des élèves aient des arrière pensées très vulgaires en choisissant tel confesseur plutôt que tel autre. Il arrive parfois qu’on met un bon vieillard, indulgent et maniaque, comme confesseur en plus, auquel les élèves s’adressent dans les cas difficiles pour obtenir une absolution rapide, indulgente, souriante…avec, parfois, une tasse de thé en plus, ce qui n’est pas de refus. Cela affadit terriblement la vie spirituelle. Pour les lectures spirituelles la tradition est que le Supérieur s’en charge. Or, souvent le Supérieur se charge aussi du matériel, parfois il est vicaire général et directeur des œuvres en même, quelquefois professeur par dessus le marché. Il arrive même que pour tout cela il ne soit que moyennement doué, n’ayant pas cette facilité de travail, cette aisance supérieure dans l’action et les relations, cette ” génialité “dont il est besoin pour cumuler des charges disparates. Alors tout est médiocre et certains rongent leur frein, qui pourraient faire très bien. En tout cas les lectures spirituelles sont improvisées, balbutiées. Elles n’ont aucune influence et les élèves sortiront sans avoir été formés méthodiquement. La présence d’un directeur spirituel officiel, qui pourrait en même temps être chargé des récollections sacerdotales dans tout le diocèse, remédierait à tout cela. Bien choisi, il pourrait avoir une influence immense.- Je l’ai vu ailleurs encore une fois. Je n’invente rien.-

Enfin un dernier changement institutionnel me parait indispensable. C’est l’<186>établissement d’une période de transition et de formation pratique entre l’ordination et la nomination à un poste. Car ces jeunes gens qui, à 23 ou 24 ans, sont appelés à être curés ou vicaires, après des études surtout théoriques, sont souvent noyés et courent des dangers. Six mois de stage, comme cela se pratique dans bien des professions, seraient très heureux pour les initier à l’apostolat moderne, à la prédication, aux œuvres, à la direction spirituelle. Mais de telle manière qu’ils puissent élaborer au fur et à mesure leur expérience, recevoir des conseils, en tenir compte, se connaître et se faire connaître. Les nominations tiendraient compte de ce stage.- Pour celui-ci, ils resteraient au séminaire, où des cours de pastorale, de liturgie, de sociologie, de diction catholique seraient faits, où ils prépareraient les sermons que tous les dimanches ils feraient comme vicaire dominical d’une des paroisses environnantes.- Leur professeur d’éloquence les y suivraits à tour de rôle et ferait une critique juste et bienveillante. Ils se familiariseraient avec les problèmes, les cas de conscience, les difficultés pratiques, personnelles et objectives, et pourraient se corriger. Au lieu que souvent, curés de la montagne jetés en pleine mêlée, n’ayant personne pour les suivre, les aider, ils garderont leurs défauts éternellement et resteront médiocres  jusqu’au bout.

Voilà pour les institutions. Je crois que tout cela est réalisable, d’autant plus que c’est réalisé ailleurs. Mais nous sommes un peuple vieux, sclérosé, usé, enveloppé de bandelettes comme Lazare au tombeau. J’ai parlé de tout cela avec des personnalités ecclésiastiques, y compris des évêques. Les objections fortes, peu importantes, témoignaient toutes de cette psychologie de vieux, de cet esprit de clocher et de diocèse qu’il faudrait justement combattre: On avoir les jeunes gens autour de soi, on veut leur inculquer l’esprit du diocèse, on veut être sûr qu’ils reviendront, on veut qu’ils puissent chanter les offices á la cathédrale, on veut que leur présence suscite des vocations, on veut utiliser les bâtiments existants. Tout cela est misérable. Du reste, si on séparait la philosophie, la théologie et le noviciat, et qu’en principe on réunit 3 diocèses, chacun aurait son séminaire. – En fait tout cela est réalisable, à condition qu’on le veuille. Where is a will, there <187> is a way.-

Il serait bon d’introduire aussi quelques changements dans l’esprit des séminaristes. Faire plus confiance aux élèves, ne pas les traiter en enfants, mais en jeunes gens. – Pourquoi les empêcher de fumer et leur défendre, sous peine d’exclusion, d’entrer dans les chambres les uns des autres, si on laisse la porte ouverte. – Pourquoi les priver de livres, de revues et de journaux sous prétexte qu’ils en abuseraient. Pourquoi les envoyer en promenade en troupeau, flanqués d’un professeur. C’est affreux, tout simplement. – (citation de Gide ci-jointe)[9] – Alors ils deviennent sournois, combinards, potaches et impersonnels. – Et ensemble c’est l’ivresse de la liberté et l’on boude le grand séminaire, où l’on ne remet plus les pieds. Tout cela est grave.-

Ensuite, il faudrait diminuer les exercices spirituels collectifs, les prières vocales. On leur consacre trop de temps. Ils sont trop longs. Ils sont trop impersonnels. Mais les élèves s’ennuient et mettent en équation ennui et piété. – C’est lamentable.- Et leur piété reste trop impersonnelle, celle d’un enfant mineur. Ils ne deviennent pas majeurs. Il est entendu qu’il faut les entraîner à la liturgie et les familiariser avec toutes les cérémonies qu’ils auront à pratiquer. Mais il faudrait le faire avec mesure. Je garde un souvenir de cauchemar de certaines cérémonies de jours de fêtes, présidées d’ailleurs par un Supérieur qui mettait plus de 3/4 d’heure pour sa messe basse et qui voulait cependant la dire tous les jours à la communauté. Il ne s’est jamais rendu compte du mal qu’il a fait sans le vouloir en n’ayant pas l’humilité de tenir compte de son infirmité, de son rythme vital ralenti, et en semant l’ennui et l’irritation autour de lui.

Enfin il faudrait rendre le travail plus personnel. Les grands séminaristes que j’ai connus faisaient leur théologie pour arriver à passer leurs examens, comme des élèves en droit potassent le code, comme des collégiens apprennent les verbes irréguliers, sans curiosité personnelle, sans angoisse métaphysique ou théologique, sans recours aux sources, sans esprit critique. Ils auraient aussi volontiers appris le contraire et l’auraient fait sans hésitation. Le manuel appris par cœur et dégorgé intégralement au moment des examens, voilà ce qui leur allait. Il faudrait se servir moins du manuel, aller aux sources, leur faire faire des travaux pratiques de recherches et de rédaction, de discussion et de mise en scène. Les professeurs ne devraient pas se contenter de <188> faire des cours, ils devraient initier au travail personnel et en donner le goût, au moins aux meilleurs; donner le goût des lectures sérieuses, des méthodes de travail, faire des tempéraments d’intellectuels et d’humanistes en même temps. Tout cela fait cruellement défaut.

Mais tout cela ne peut pas se faire dans des séminaires où le même professeur doit faire toute la philosophie ou toute la théologie; où du reste il est malgré lui, aspirant à être curé, rongeant son frein et attendant que ce soit fini; où du reste les professeurs sont souvent improvisés et changés. Dans un séminaire régional, où il y aurait 2 professeurs pour la philosophe, 2 pour la théologie, un pour le droit canon, un pour la morale, un pour l’histoire de l’Eglise et la liturgie, on pourrait faire cela et les professeurs représenteraient la Science catholique par ailleurs. Je sais que dans nos grands diocèses il en est ainsi. Il faudrait que dans des petits on tienne compte de la situation et l’améliore dans le sens indiqué ici pour la plus grande gloire de Dieu.

Mais au moment, où j’écris ceci, mon rôle de professeur de séminaire semble toucher  á son terme. Les Alliés viennent de débarquer sur la côte méditerranéenne. Nous allons être libérés et je me contenterai d’écrire ici au jour le jour les impressions au sujet des événements.

Auparavant je noterai quelques faits qui se sont passés ici, dans le Haut-Var, les dernières semaines et qui peuvent avoir leur intérêt. D’abord au sujet de quelques exploits de ceux que nos journaux appellent terroristes, mot que j’ai toujours refusé d’employer, que d’autres appellent patriotes et qu’il vaut mieux dire maquisards ou réfractaires. Ailleurs ils se sont couverts de gloire et mon regret est de n’avoir pu être au milieu d’eux comme aumônier. Ici, ils se sont couverts d’ignominie. Simples aventuriers, exploitant leur situation, ils ont laissé les Allemands bien tranquilles mais, en revanche, ont molesté grandement leurs concitoyens. Etant allé au sanatorium du clergé, á Thorenc, j’y appris qu’ils venaient d’avoir deux fois de suite la visite de ces individus. Ils avaient emmené les mules, l’automobile du docteur, les provisions de légumes secs, de ces malades, dont le ravitaillement est difficile à cause de l’éloignement, et qui auraient besoin d’être <189> suralimentés et non pillés. Ces tristes individus étaient conduits par un Autrichien ancien employé du sanatorium. J’aime à croire qu’on saura le trouver et le châtier comme il le mérite.

Dans le même village, ils sont venus pendant une nuit dans la villa d’un épicier de Cannes, dont la femme était réfugiée  là haut et ont dévalisé la maison.- Qu’ils aient pris le ravitaillement, passe; mais ils ont pris les lainages et les fourrures et l’argent, comme de vulgaires bandits.- Est-ce ainsi qu’on sert la cause de la France?

A quelques kilomètres d’ici, après avoir arrêté au Logis du Pin[10] le car de Castellane, ils y ont trouvé un milicien, qu’ils ont sauvagement tué. Pourquoi ne pas le faire prisonnier?

Mais voici le clou, non pas du même côté. Les allemands ayant tué un jeune réfractaire de la région, ses parents ont voulu faire dire une messe pour lui. Ils ont eu l’imprudence de l’annoncer dans le journal. Beaucoup de gens s’y sont rendus. Or un peu avant la messe, des jeunes gens armés arrivent. On les prend pour des miliciens. Ils s’en défendent: “Nous sommes des réfractaires”. On leur fait parts on cause. Or peu de temps après des camions remplis d’Allemands arrivent. Les soi-disant réfractaires se dévoilent alors comme des Waffen SS, des Français commandés par des Allemands et livrent cette jeunesse à nos ennemis. Tout le monde était en règle d’ailleurs. Mais un malheur: un jeune instituteur, père de 4 enfants, affolé, cherchant à s’enfuir, fut abattu par ses compatriotes et les Allemands d’une raffale de mitrailleuse. Il mourut sur le coup. Or parait-il, ces traîtres avaient été chez lui la veille et avaient compris qu’il était sympathique, comme tout le monde, aux réfractaires. Quelle responsabilité portent ceux qui ont contribué á pareil avilissement du caractère français. Mais laissons cela. L’arc-en-ciel de la paix se dessine.- En tout cas, nous allons être libérés. -

Le 15 août  1944.

Ce matin, en allant dire la messe à La Bastide, j’ai entendu de gros et continuels coups de canon et des éclatements de bombes du côté de la mer. Il m’a semblé que c’était vers St. Raphaël. J’ai dit la messe à 9h1/2. J’ai prêché et j’ai cru devoir inviter la population venue nombreuse à envisager la prochaine libération de la région. Je l’ai invitée à tout faire, demain, pour qu’il y ait une belle réconcili<190>ation nationale, à renoncer aux vengeances, aux triomphes faciles, à ne pas éclabousser les autres de sa clairvoyance, à ne narguer personne, mais à pardonner et ensuite à mettre toute la force de son esprit, de son cœur et de ses mains au service de la reconstruction nationale et mondiale. Nous avons invoqué pour finir N.D. de Lourdes, N.D. de La Salette, N.D. des Victoires.- Après la messes les bruits les plus contradictoires circulent: d’après les uns c’est à Marseille, d’après les autres à Nice que les Alliés auraient débarqués.- La population de Marseille aurait reçu l’ordre d’évacuer dans les 2 heures.- Au cours de la journée nous apprenons, sans détail, que le débarquement a eu lieu du côté de Cannes, à St. Tropez, à Cavalaire. Puis l’électricité est coupée et nous sommes, dans notre nid d’aigle, sans contact avec le monde extérieur. – Mais le monde intérieur est bouillonnant d’émotion, de confiance, d’allégresse, de projets, de reconnaissance, d’espérance et les langues vont bon train. – Les canards surgissent de partout aussi.- On prétend par exemple que dès aujourd’hui les officiers américains, anglais et… allemands ont sablé le champagne à Cannes.-

Le 16 août.

Nous apprenons par des feuilles-volantes trouvées dans les champs et tout de suite à moitié dévorées par les sauterelles, qu’effectivement les Alliés ont débarqué  sur la côte de la Méditerranée. Le général Wilson commande et parle. Ci-joint son texte.- C’est simple, sobre, émouvant, généreux, grand.- L’électricité recommençant à fonctionner, nous apprenons avec satisfaction que l’opération progresse favorablement, que Cannes est libéré, que Fréjus est sur le point de l’être, que les îles de Port-Cros et du Levant sont prises. – C’est donc Toulon qui est visé, ni plus ni moins. – Notre séminaire est tout près. – Que l’avons-nous quitté pour venir dans cette montagne.

Le 17 août.

On nous annonce la prise de Carqueiranne, à quelques kilomètres de chez nous et tout près de Toulon. – Puis plus aucune précision. – Probablement on veut s’infiltrer discrètement aux endroits stratégiques et amener des renforts. La résistance allemande est presque nulle. Déjà 2000 d’entre eux se sont rendus. Comme il y en avait peu dans la région, il n’en reste plus guère. Par ailleurs des nouvelles de Normandie et de Bretagne sont excellentes. Là haut c’est une grande victoire qui est remportée et demain ce sera la ruée vers Paris.- Victoire! Je commence à trépigner sérieusement dans ce trou de montagnes. Aucun moyen de communication pour <191> descendre sur la côte, où il y a la vie, le monde, l’espérance. Pourvu que cela ne dure pas trop longtemps. Je ne le supporterais pas…

Le 20 août.

Nous avons vu passer quelques blindés américains, en route vers Castellane. On les a acclamés, voire embrassés. Deux Allemands prisonniers ont été houspillés avec très peu de dignité.- On hisse le drapeau français sur le clocher. Partout c’est l’enthousiasme…, sauf dans le maquis de par ici, où ce ne sont pas des héros, mais des voyous qui jouent au Robinson Crusoé avec des mitraillettes en plus. Hier ils sont venus, sans aucune mission, extorquer 2000 kg de blé, qu’ils ont revendu au marché noir. Seulement, ils ont été châtiés. On est venu les chercher hier dans la soirée pour les embrigader et les faire travailler contre les Allemands qui résistent sporadiquement dans la montagne.- Ils sont partis la mort dans l’âme. Leur camping, leurs vacances étaient terminés. Il parait que plusieurs ont été tués déjà.- On le dit ici sans pitié dans la voix. Pourquoi n’a-t-on pas éduqué ces jeunes gens? Pourquoi a-t-il fallu que des Français se fassent autant détester par des Français?

Nous entendons une terrible canonnade du côté de Toulon. Ils parait que les Allemands résistent vigoureusement aux Français qui attaquent. Pauvre ville martyre, que restera-t-il d’elle et de ses habitants?

Le 26 août.

Je n’ai pas à transcrire ici la marche triomphale de la 7ème armée américaine, débarquée en Méditerranée. Elle est à Grenoble, à Lyon, à Genève. Sur la côte cela va moins vite. Toulon résiste encore. Marseille, comme Paris, après avoir été déclarée libérée par les F.F.I.[11], a dû reprendre la lutte. Nous n’avions eu qu’une confiance limitée aux dires des Marins.- Mais c’est une question de jours.-  Cannes et Antibes viennent d’être libérés par les Américains. Cela va être le tour de Nice. – J’espère qu’il n’y aura pas trop de casse.- Cependant, à ma dernière visite, j’ai vu que la promenade des Anglais étaient très fortifiée. Seulement, comme les Américains menacent aussi Turin et qu’ils sont à Florence, on ne voit pas ce que les Allemands auraient longtemps à faire à Nice. Il est vrai qu’ils résistent pour résister, pour faire payer cher leur défaite. Grand bien leur fasse. J’avais toujours cru au patriotisme sincère et au désintéressement personnel d’Adolf Hitler, malgré tous les autres défauts. Or il faut en déchanter. Il est évident que s’il aimait sa patrie plus que lui-même, il disparaîtrait à l’heure présente pour empêcher le massacre de sa jeunesse. Or <192> il n’en a pas le courage.- Mauvais point.- Il ne saura pas finir en beauté relative. Cela vaut peut-être mieux. Le châtiment sera plus complet et plus collectif. C’est pour la même raison qu’il faut remercier la Providence d’avoir fait échouer le complot des généraux contre le Führer et le Duce. L’Allemagne sera ainsi mieux battu et se relèvera non plus militairement, ce qu’il faut éviter à tout prix, mais spirituellement et chrétiennement, ce qu’il faut désirer tout à fait.

Naturellement nos réfractaires locaux – Tartarin F.F.I. – ont encore fait parler d’eux.- On les a invités à se joindre aux forces françaises. Ils ont poliment décliné l’offre, disant avoir une mission à remplir dans le pays, pour maintenir l’ordre. Simplement ils veulent continuer encore un peu leur camping. J’espère qu’on leur enlèvera leurs armes bientôt. Les gens d’ici ayant découvert leurs cachettes dans la montagne ont fait main – basse sur leurs conserves et leur toile de parachute, très précieuse, paraît-il, les pensant eux-mêmes sur la route de Marseille ou de Paris, avec l’armée francaise. – Mais pas du tout.- Hier ils sont revenus et sont allés de maison en maison pour récupérer leurs affaires. – Les voleurs volés! On aura tout vu.-

Des Allemands rôdent dans la montagne encore. Parfois ils se rendent aux habitants. Des gamins ont voulu les tuer. Les femmes sont intervenues en disant qu’elles n’aimeraient pas leurs prisonniers traités ainsi.- Braves femmes.- Mais que des gamines de 14, 15 ans soient ainsi armés est profondément immoral. Nous n’avons pas encore fini. J’ai pu causer un peu plus longuement avec un Américain catholique de Chicago dont le gros tank est en panne à quelques kilomètres d’ici. Il reste là en attendant que les pièces de rechange arrive. Il vient d’Italie avec sa division. Il a fait la campagne de Rome, a vu le Pape, ce dont il se dit très fier, a récité six rosaires à Rome, pour ses cinq sœurs et sa mère veuve.- Il aurait envie d’aller le permission, ayant fait toutes les campagnes depuis celle d’Afrique. Il y a des millions de jeunes mobilisés en Amérique, dit-il, qui pourraient venir nous relever! Décidément, il y a des mécontents partout.-

<193> Le 22 novembre 1944.

- Depuis plusieurs mois, je n’ai rien écrit ici.- Tout n’est pas réjouissant depuis la libération. Les exploits des armées régulières ont été magnifiques, ceux des F.F.I. plus modestes et malheureusement trop vantés. Les ports de l’Atlantique sont toujours aux mains des Allemands, alors que nos malheureux maquisards ont annoncé plusieurs fois qu’ils les avaient pris. Ils manquent de moyens, c’est entendu, mais qu’ils soient donc vrais et modestes. Ils sont en train de perdre, à l’intérieur et à l’étranger, l’estime et l’affection qu’on ne leur marchandait pas. A l’intérieur surtout, où l’on voit un trop grand nombre d’entre eux sans avoir fait jusqu’à ci autre chose que rançonner de paisibles paysans, jouer les Tartarin  et vouloir se faire payer chèrement un héroïsme qui n’a été que verbal. C’est très triste et cela inspire une médiocre confiance en l’avenir. Les journaux sont plus médiocres, plus tendancieux et plus haineux que du temps vichyssois où Gringoire et Je suit partout déversaient leur bave sur l’ancienne gauche et sur les malheureux juifs. Aujourd’hui, c’est l’inverse.- Non, vraiment, les gens de caractère ne sont pas nombreux. – Mais que peut devenir un pays sans caractère, où l’on ne parle que d’épuration au lieu de réconciliation, où l’on ne punit que les assassins d’un côté, où l’on parle de revendication, de vengeances, de ravitaillement plus que de dévouement, surtout où l’on pense à soi plus qu’aux autres. – En vérité je crains que nous n’ayons même plus assez de vitalité pour faire une révolution, que nous sombrions dans la veulerie, en attendant que nous soyons absorbés par d’autres…

J’ai écrit au ministre des affaires étrangères, le très sympathique et intelligent Georges Bidault[12], pour lui signaler le problème sarrois, la solution qu’à mon avis il faudrait lui donner, qui est l’annexion pure et simple de ces Français  qui s’ignorent et que nous assimilerons dix fois plus facilement que les Alsaciens, parce que leur tempérament est plus français.- Le ministre m’a remercié chaudement et promis de prendre en considération mes remarques.-

Justement, la radio vint d’annoncer que les troupes américaines, qui ont libéré Thionville et Metz ces jours-ci, viennent d’entrer en Sarre. Ils seraient à cinq kilomètres de Saarlautern. – Pourquoi ne parlent-ils de Sarrelouis, la vieille ville francaise débaptisée par Hitler? Ils doivent donc être tout près de Beaumarais <= Differten, PB> .- Qu’est devenue ma chère maman, mes sœurs? Il y a quelques mois je recevais encore des nouvelles excellentes. Mais depuis? Le village se trouve entre la ligne Maginot et la ligne Siegfried. En 1940, les miens ont été déportés, ou plutôt évacués du côté de Magdebourg, où ils n’ont pas été trop malheureux. Sont-ils de nouveau sur les <194> routes. L’Allemagne n’est-elle pas trop encombrée pour accueillir encore tous ces fugitifs sarrois, lorrains, rhénans. J’espère que les miens resteront sur place et qu’ils seront libérés bientôt. Mais les Yankees savent-ils que les Sarrois sont des Allemands d’une espèce particulière. Leur mention de “Saarlautern” au lieu de Sarrelouis ne le donne pas à attendre. Décidément ces Américains manquent de nuances, de finesse, et aussi de connaissances historiques. Ils ne font guère attention aux plates-bandes de nos vieux jardins, qu’ils piétinent impitoyablement. Ils l’ont fait lors de leurs bombardements (Toulon en sait quelque chose), ils l’ont fait lors du débarquement.- Ils le font en Lorraine, ils le feront en Sarre. Ils le feront, j’en ai peur, au traité de paix. C’est beau, mais c’est encombrant et simpliste, la jeunesse.

J’écrirai plus souvent dans ce journal ce temps-ci, en attendant que je puisse aller là-bas. Je le voudrais pour la Noël. Sera-ce possible?

Le 26 novembre.

L’on vient d’annoncer la libération complète de Strasbourg par les troupes du général Leclerq[13]. Le drapeau français flotte sur la cathédrale, où j’ai si souvent prêché. Il paraît qu’elle est assez endommagée. Les Allemands maintenant bombardent la ville de l’autre côté du Rhin. En 39-40, ils l’avaient respectée, parce qu’ils espéraient l’avoir. Ils ne seront plus retenus par des considérations de ce genre. Hélas.- La radio a fait passer aussi une déclaration de M. Naegelen[14], adjoint au maire de Strasbourg, un socialiste, demandant qu’aprés guerre l’Alsace soit gratifiée de la même législation que l’intérieur, autrement dit que le concordat soit supprimé; afin d’empêcher les menées de l’autonomisme, se vantant aussi d’appartenir au seul parti entièrement pur de toute influence autonomiste.- Déjà l’on oppose les partis, on se dresse les uns contre les autres, on veut démolir le passé.- Quelle atmosphère respirerons-nous là-bas, en rentrant?-

Ce soir on a annoncé aussi qu’on se battait à Boulay, dans la ligne Maginot. Demain sans doute, les Américains pénétreront dans cette forêt du Warndt, par laquelle j’ai commencé ce récit, que j’ai longuement décrite et dont les oiseaux continuent à chanter dans ma mémoire et dans mon cœur.- Chanteront-ils encore longtemps. – J’ai décidé d’aller là-bas aux vacances de Noël, <195> si c’est possible. J’ai une nostalgie poignante à certains moments.

Le 23 décembre

Il n’y a pas grand-chose de changé depuis un mois. Les Américains ont pris Sarrelouis et Dillingen. Ils ont dû prendre la forêt du Warndt, peuplée de mines et de mes souvenirs d’enfance. Ont-ils libéré Beaumarais <= Differten, PB> , mon village qui se trouve tout près de la frontière à 6 km de la rivière Sarre, dont il est tant question, je l’ignore. Le communiqué a bien mentionné Hostenbach, qui est un peu plus loin. Mais l’a-t-on gardé? La vantardise américaine, presque aussi grande que celle des malheureux F.F.I., est si decevante. En tout cas ni Völklingen, ni Sarrebruck, les grands centres industriels ne sont encore pris. Il paraît du reste, qu’ils sont anéantis par les bombardements aveugles et massifs des Américains. On le croit volontiers quand on habite à côté de Toulon.

Naturellement, il m’est impossible d’aller là-bas, comme j’en avais fait le rêve. Tout le monde est encors impitoyablement refoulé. Ma mère a-t-elle été déportée? Est-elle toujours à Beaumarais <= Differten, PB> ? Je l’ignore absolument.[15] Cette incertitude me ronge le coeur depuis plusieurs mois.

De Strasbourg, j’ai su que la maison que j’y habitais avant la guerre est intacte, du moins c’était-elle il y a quelques jours.

Le 2 juin 1945.

Des événements immenses se sont passés depuis décembre. Je n’ai pas à les noter ici. Ils sont dans toutes les mémoires et dans tous les cœurs. Le pays a été complètement libéré. L’Allemagne a signé sa capitulation. Elle est occupée par les troupes alliées. Des conférences se tiennent pour organiser le monde. Tout le monde a l’impression que l’après-guerre sera aussi difficile et aussi rude que la guerre elle-même, au moins pendant un certain nombre d’années. Les Anglais interviennent en Syrie contre nous. Les Russes jouent leur propre jeu en Allemagne, en Autriche, en Extrême-Orient…

Mais laissons cela. C’est le Franco- Sarrois qui écrit ces mémoires. Eh bien, le lundi de Pâques, après avoir terminé mon carême à la cathédrale de Toulon, j’ai pris le train, sans ordre de mission, pour essayer d’aller là-bas. Mon cœur ne me laissait pas de repos. J’ai dû passer par Paris où j’ai appris à la dernière minute malheureusement l’existence d’une association franco – sarroise. Après trois jours d’attente, j’ai pu prendre le train pour Metz, où je suis arrivé le vendredi après Pâques, vers 15 heures.

Je vais voir une cousine à Montigny[16] et j’apprends que le soir même, une camionnette transformée en autocar part pour Creutzwald, le village frontière, où j’ai une partie de ma famille[17] et d’où, à travers la forêt, je pourrai facilement aller en Sarre. J’arrive à Creutzwald et le soir même, je passe la frontière et vais passer la nuit chez des cousins habitent là, dans la forêt, en Sarre, bien qu’ils soient Français.[18] <196> Et j’apprends des nouvelles peu rassurantes. On s’est battu terriblement dans le coin et beaucoup de Sarrois, terrorisés par le parti, sont allés dans le Reich, au-delà de la Sarre ou même du Rhin, abandonnant tout, pour sauver leur peau. – On ne peut me dire qui je trouverai à Beaumarais <= Differten, PB> .- Je passe une nuit agitée et le matin, après avoir dit la messe plein d’angoisse je continue ma route.- Je n’ai qu’une heure à faire. Beaumarais <= Differten, PB>   est tout près de la frontière. On m’a conseillé du reste d’aller d’abord à Bourg Frédéric <= Friedrichweiler>, où habitent deux de mes sœurs[19], parce que les gens y ont été plus vaillants et sont restés, me dit-on. Je me dirige vers le village, hanté par l’image de ma vieille maman qui va connaître une si grande joie en me voyant. Je prévois qu’une fois de plus la joie la rendra malade. J’approche du bourg. Voilà que deux femmes viennent à ma rencontre poussant une voiturette. – Je ne les connais pas. Elles me connaissent et me sourient. Je leur demande  si mes sœurs sont là.- Marguerite est là et elle va bien. Elle ne manque de rien.- Et maman?- Vous ne savez pas. Elle est morte.[20] Hier même on a célébré un service pour elle.- Me dire cela si brutalement au visage.– Elles n’ont pas fait exprès, les innocentes. Le coup fut terrible. J’avais envie de pleurer comme un enfant, mais me contins et demandai quelques détails. – Où est-elle morte?- A Neustadt sur Aich, entre Wurtzbourg et Nuremberg.- On l’a enterrée le 12 février.- Cinq de ses filles étaient autour d’elle.- Cela me suffit. Je parti brusquement et alors m’abandonnai sans frein á mes larmes.- Oui, je pleurai et gémis longuement, près de la forêt, parlant comme un enfant avec celle que je ne reverrais plus.- Je ne veux pas insister. Arrivé dans le village, je rencontre un de mes neveux, qui m’accompagne chez sa maman, qui vient déjà auprès de moi.- Je me jette dans ses bras et nous pleurons silencieusement, sans dire un mot, celle que nous avons tant aimée et que nous n’avons pas vue mourir.-

Et puis Marguerite me présente ses enfants. Il y en a quatre[21], tellement grandis que je ne les reconnaissais plus. – Et la petite dernière, aux cheveux d’or, je ne la connaissais pas. Elle s’appelle Marga[22]. Elle a quatre ans. Nullement timide elle s’accroche gentiment à moi et durant les 10 jours que je passerai auprès d’elle deviendra une grande amie de son oncle. Elle ressemble tellement à mes sœurs quand elle avait son âge. C’est due reste l’impression que j’avais eu précédemment et que j’aurais chez d’autres parents. <197> Leurs enfants, par leur ressemblance actuelle étonnante avec leurs parents jeunes et que je n’ai guère connus que jeunes, m’ont donné l’impression exquise d’être subitement transporté dans ma jeunesse heureuse. – J’avais 10 ans et pour un peu, j’aurais grimpé sur les arbres avec ces enfants. A certains moments, je me frottais les yeux devant cette résurrection du passé si charmante. C’est la ville engloutie au fond de la mer qui surgit tout à coup, vivante, les cloches sonnent, les oiseaux chantent, les enfants crient. J’ai eu rarement la sensation de la continuité familiale comme alors. On ne peut avoir cela que si l’on est habituellement éloigné et qu’on revient tout à coup.

Je restai 10 jours à Beaumarais <= Differten, PB> , le temps de dire une neuvaine de messes pour notre chère défunte.- J’appris alors comment les miens avaient passé la guerre.- En 39, ils avaient été évacués dans la Thuringe, où ils n’avaient pas été malheureux.[23] En 40 ils étaient revenus et avaient retrouvé à peu près intact leur mobilier. Pour ce qui manquait, ils avaient été largement dédommagés. Et ils avaient passé la guerre dans l’aisance, ne manquant de rien, sauf des maris et des jeunes gens mobilisés dans la Wehrmacht, dispersés aux quatre coins du monde, envoyant tantôt une poupée de Bordeaux, du tabac de Bulgarie, du fromage de Hollande et des cartes postales de Russie. – L’un de mes neveux avait disparu à Stalingrad.[24] Sa mère l’attend toujours.-

Et puis le front s’était rapproché. Le fameux Westwall, ou la ligne Siegfried, avait été garni de troupes. Il se trouvait à 6 kilomètres derrière Beaumarais <= Differten, PB> . Les Américains se rapprochaient toujours davantage. Ce fut alors en décembre 1944, je crois, que les hommes du parti firent une pression intolérable sur les habitants du village pour les faire partir. Ils affirmaient qu’il y aurait quand même évacuation obligatoire au dernier moment, que des armes nouvelles allaient être employées á cet endroit qui feraient des ravages insoupçonnés, que les Américains, dont la plupart étaient noirs, tueraient tout le monde…Alors la plupart des villageois firent ce qu’avaient fait les Toulonnais et les Marseillais, ils partirent. Comme ils n’avaient pas d’autre refuge que le Reich, ils partirent dans le Reich. Quelques uns, ceux qui avaient des chevaux, allèrent simplement au-delà de la Sarre et purent revenir bientôt. Les autres furent amenés en train, très loin. Un premier convoi alla jusqu’à la frontière tchéco-slovaque, un autre <198> dans la Bavière du Nord. Cinq de mes sœurs et ma mère furent de ce convoi-là. Elles se trouvaient à Neustadt depuis ce temps-là.

Personenregister

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[1] Jean Baptiste Henri Lacordaire, 1802-1861.

[2] François Darlan, 1881-1942.

[3] Am Grand Séminaire von Fréjus-Toulon in La Castille.

[4] Jeunesse de France et d’outre-mer (JFOM).

[5] Joseph Darnand, 1897-1945.

[6] Pierre Lhande, Le Christ dans la banlieue, 3 Bde., Paris 1927-1931.

[7] In domo Patris mei mansiones multae sunt (Joh 14,2)

[8] Im Text: Elvir, Bezug auf Roman von Madame de Staël, Corinne.

[9] Anmerkung des Autors: Cf. Gide.

[10] Le Logis du Pin.

[11] Forces françaises de l’intérieur (FFI).

[12] 1899-1983.

[13] Jacques Philippe Leclerq de Hauteclocque, 1902-1947.

[14] Marcel-Edmond Naegelen, 1892-1978.

[15] Evakuierung in Diespeck ist Peter Lorson offensichtlich unbekannt.

[16] In Montigny wohnte eine Kleinkousine von Peter Lorson; Barbara Kiefer, 1879-1963, Tochter von Joseph Kiefer (1854-1882) und Margarethe Ballas. Unweit von Montigny, in Moulins-les-Metz, wohnte ein Kousine von Peter Lorson, eine Tochter von Friedrich Monzel und Katharina Lorson, namens Anna verh. mit Michel Derhan, einem Franzosen, von Beruf Elektriker und nach einem Unfall Lebensmittelhändler, der zuvor in Creutzwald lebte.

[17] Die Patin Johanna/Johannetta Frisch geb. Lorson (geb. 1872), eine Tante, wohnte z.B. in Creutzwald.

[18] Neben Johann Monzel, einem gleichaltrigen Kusin, wohnte hier die Kusine Katharina verh. Peter Mick, auch dieser ein aus Diesen stammender Franzose. Deren Kinder Alfred und Raimund Mick waren zeitlebens Franzosen, obwohl sie immer diesseits der Grenze lebten.

[19] Margarethe Trunzler geb. Lorson und Agnes.

[20] Am 09. Februar 1945 starb die Mutter in Diespeck bei Neustadt an der Aisch während der Evakuierungszeit. Die jüngste Tochter Elisabeth Müller begleitete den Sarg mit der toten Mutter nach Differten.

[21] Ferdinand (geb. 1928), Heinz (1932-), Hans (geb. 1937), Marga (geb. 1940).

[22] Marga Steffen geb. Trunzler, geb. 1940.

[23] Pierres Mutter war in einem Krankenhaus in Nordhausen untergebracht. Am gleichen Ort befand sich nach anfänglicher Trennung der Vater. Pierres Schwestern waren mitsamt Kindern, teils den Vätern, gleichfalls evakuiert worden, hauptsächlich in Thüringen. Die Mutter schrieb ihre Erinnerungen an die Zeit der Evakuierung nieder (Privatbesitz des Manuskripts Rudolf Remark).

[24] Hermann Lorson, Sohn von Katharina Lorson, der ältesten Schwester Peters.