{"id":253,"date":"2011-03-25T09:00:59","date_gmt":"2011-03-25T08:00:59","guid":{"rendered":"http:\/\/peter-burg.de\/?page_id=253"},"modified":"2015-05-17T13:42:56","modified_gmt":"2015-05-17T11:42:56","slug":"noviciat-d-antoing","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\/noviciat-d-antoing","title":{"rendered":"Noviciat d&#8217;Antoing"},"content":{"rendered":"<p>4. Noviciat d\u2019Antoing (Belgique)<\/p>\n<p>&lt;51&gt; Chapitre III<\/p>\n<p>Enfances religieuses.<\/p>\n<p>Il y a quelques mois portant \u00e0 la pr\u00e9fecture de Nice une demande de sauf-conduit pour quelqu\u2019un qui devait entrer au noviciat dans la zone occup\u00e9e, je m\u2019entendis demander avez d\u00e9sinvolture: \u00ab\u00a0novice, novice, qu\u2019est cela\u00a0\u00bb Je crus devoir r\u00e9pondre \u00e0 la secr\u00e9taire qui me posait cette question qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 mon avis trop novice dans le maniement de la langue fran\u00e7aise pour occuper la place qu\u2019on lui avait confi\u00e9e. Elle rougit jusqu\u2019aux oreilles. En fait beaucoup de gens ignorent non seulement le noviciat, mais tout l\u2019itin\u00e9raire que parcourt un religieux avant d\u2019\u00eatre prof\u00e8s et pr\u00eatre. Cette ignorance provoque parfois des contresens comiques dans les livres \u00e9crits avec bonne volont\u00e9 ou sur &#8222;les hommes de bonne volont\u00e9&#8220;. Voil\u00e0 pourquoi ce chapitre aura quelque utilit\u00e9 pour les gens du monde. Il r\u00e9pond \u00e0 cette question: \u00abComment fait-on un religieux, un moine et plus pr\u00e9cis\u00e9ment un j\u00e9suite?\u00bb On voudra bien croire \u00e0 ma sinc\u00e9rit\u00e9, m\u00eame si l\u2019on a quelques d\u00e9ception, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas question de monita secreta, de doctrines ou de pratiques \u00e9sot\u00e9riques, d\u2019initiation myst\u00e9rieuse comme celle \u00e0 Eleusis ou du Grand Orient.<\/p>\n<p>J\u2019avoue cyniquement compter sur l\u2019int\u00e9r\u00eat artificiel, d\u00e9mesur\u00e9, bizarre que la litt\u00e9rature et la pers\u00e9cution ont r\u00e9ussi \u00e0 attacher \u00e0 tout ce qui concerne les P\u00e8res de la Compagnie de J\u00e9sus, pour faire lire sans fatigue ce d\u00e9veloppement. Encore une fois, il ne s\u2019agit ici pas tant de moi que d\u2019un cas typique. En gros on pourra appliquer ici l\u2019adage: ab uno disce omnes.<\/p>\n<p>Et d\u2019abord je dissiperai ici un pr\u00e9jug\u00e9 assez r\u00e9pandu au sujet des J\u00e9suites, m\u00eame parmi les catholiques. On pense couramment que celui qui veut faire partie de leur ordre doit \u00eatre ou bien tr\u00e8s riche, ou bien \u00abn\u00e9\u00bb en possession de dipl\u00f4mes importants ou au moins capable de les acqu\u00e9rir. Il n\u2019y a rien de vrai en tout cela. Personnellement je ne remplissais aucune de ces conditions, pas m\u00eame la derni\u00e8re, parce que mes \u00e9tudes tronqu\u00e9es n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 &lt;52&gt; sanctionn\u00e9es par le baccalaur\u00e9at traditionnel. Je n\u2019avais, en plus de mon ardeur, de ma bonne volont\u00e9 et de mes dix-sept ans qu\u2019une lettre du P. Hector, o\u00f9 il y avait ces mots: \u00ab\u00a0sait ce qu\u2019il veut et veut ce qu\u2019il sait\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait peu de chose comme recommandation. Par-dessus le march\u00e9 j\u2019\u00e9tais sujet d\u2019un pays en guerre contre la France et en ce moment plus ex\u00e9cr\u00e9 que jamais. On avouera que la fameuse compagnie s\u2019est montr\u00e9e g\u00e9n\u00e9reuse, confiante, mais aussi peu difficile en m\u2019accueillant dans son sein, ou plut\u00f4t en acceptant que je fasse cet essai de vie religieuse, cette \u00e9preuve pr\u00e9alable qu\u2019est le noviciat. J\u2019ajouterai tout de suite, pour n\u2019avoir plus \u00e0 y revenir, que mes compagnons n\u2019avaient pas non plus \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s sur les genoux d\u2019une duchesse. C\u2019\u00e9taient, la plupart, des repr\u00e9sentants de la moyenne bourgeoisie du Nord. Il y avait aussi quelques fils d\u2019industriels. Intellectuellement ce n\u2019\u00e9taient pas non plus tous des aigles. Quelques-uns \u2013 c\u2019\u00e9tait l\u2019exception \u2013 n\u2019avaient pas leur baccalaur\u00e9at. Il est donc faux de parler d\u2019une s\u00e9lection intellectuelle ou sociale ultra s\u00e9v\u00e8re dans la c\u00e9l\u00e8bre soci\u00e9t\u00e9. Si ses membres d\u00e9passent un peu la moyenne des autres pr\u00eatres, ce n\u2019est pas au recrutement, c\u2019est \u00e0 la formation longue et soign\u00e9e que cela est d\u00fb.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas question dans ce chapitre que de la premi\u00e8re \u00e9tape de cette formation. Le noviciat, je le disais plus haut, est un essai. Le droit canon l\u2019appelle temps de probation. C\u2019est un essai \u00e0 deux points de vue. La soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle on veut entrer, tout en ayant pris g\u00e9n\u00e9ralement de s\u00e9rieux renseignements aupr\u00e8s du candidat, apr\u00e8s lui avoir fait subir pendant le postulat tr\u00e8s court qui pr\u00e9c\u00e8de le noviciat, un examen g\u00e9n\u00e9ral assez serr\u00e9 devant le faire conna\u00eetre davantage encore, a cependant conscience d\u2019ignorer encore trop de choses du jeune homme pour l\u2019admettre d\u00e9finitivement. Les renseignements donn\u00e9s par d\u2019anciens professeurs, des cur\u00e9s ou des amis de la famille, sont souvent, inconsciemment ou consciemment, des certifi&lt;53&gt;cats de complaisance, comme ceux que de bonnes ma\u00eetresses de maison donnent toujours \u00e0 leurs domestiques, m\u00eame quand ils n\u2019ont pas donn\u00e9 satisfaction. Il s\u2019agit donc d\u2019\u00e9tudier le sujet pendant deux ans au point de vue de ses dispositions intellectuelles, mais surtout morales et spirituelles. Il s\u2019agit de voir s\u2019il a assez d\u2019\u00e9quilibre physique et psychique, assez de pi\u00e9t\u00e9, de docilit\u00e9, d\u2019ardeur au travail pour porter le poids assez lourd de la vie religieuse et devenir un sujet utile \u00e0 la gloire de Dieu. On verra plus loin comment le ma\u00eetre des novices et son socius proc\u00e8dent pour faire cette exploration psychologique indispensable.<\/p>\n<p>Mais le noviciat est aussi un essai dans un autre sens. Comme un jeune homme, qui veut entrer dans une famille par le mariage, prend des renseignements sur elle, le novice d\u00e9sireux d\u2019entrer dans un ordre qui lui prendra toute sa vie, sa libert\u00e9, son activit\u00e9, a le droit de conna\u00eetre la famille spirituelle qui sera la sienne. Voil\u00e0 pourquoi, tr\u00e8s loyalement, on lui dit ce qu\u2019on attend de lui, on lui explique les r\u00e8gles et les constitutions de l\u2019ordre, ses \u0153uvres et son esprit, on lui fait conna\u00eetre ses gloires et les pers\u00e9cutions dont il a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet, on lui expose sa spiritualit\u00e9 et ses m\u00e9thodes. Tout cela on pourrait le faire d\u2019une mani\u00e8re livresque, sp\u00e9culative, th\u00e9orique, sous la forme d\u2019un cours d\u2019histoire. Ce n\u2019est pas ce quel on fait et l\u2019on a raison. Il y a loin de la coupe aux l\u00e8vres. Tel, qui ne conna\u00eetrait que th\u00e9oriquement l\u2019id\u00e9al religieux, qui se serait emball\u00e9 pour lui \u00e0 son prie-Dieu, pourrait fort bien \u00eatre incapable de le r\u00e9aliser. Le mirage de l\u2019imagination a fait des dupes et des rat\u00e9s dans plus d\u2019un domaine. Aussi au noviciat on joint la pratique \u00e0 la th\u00e9orie.<\/p>\n<p>Le novice prend la soutane, tr\u00e8s simplement du reste, sans aucune c\u00e9r\u00e9monie. Une soutane modeste, verdie comme celles, dont parle Madame Isabelle Sandy[1]. &#8211; Dans les couvents de femme la v\u00eature est solennelle et m\u00eame l\u00e9g\u00e8rement th\u00e9\u00e2trale. \u2013 La future novice est v\u00eatue d\u2019abord comme une mari\u00e9e avec couronne et voile blanc, elle re\u00e7oit les habits religieux au cours de la c\u00e9r\u00e9monie des mains de l\u2019officiant, va les rev\u00eatir \u00e0 la sacristie et revient &lt;54&gt; v\u00eatue en Religieuse. Il ne me para\u00eet pas s\u00fbr que cette coutume est dans l\u2019esprit du droit canon qui pr\u00e9sente le noviciat comme une \u00e9preuve, un essai n\u2019engageant \u00e0 rien. Une jeune fille, qui sous les yeux de ses parents et parfois de toute sa paroisse d\u00e9v\u00eat le Saint habit est d\u00e9finitivement compromise, si j\u2019ose dire. Elle croira toujours \u00e0 une infid\u00e9lit\u00e9, presque \u00e0 un crime, si elle reprenait sa libert\u00e9, ce qui est cependant son droit strict.<\/p>\n<p>Rien de tel chez les P\u00e8res J\u00e9suites. Apr\u00e8s une retraite de huit jours qui s\u2019intitule postulat, on troque ses habits civils contre une pauvre soutane et alors on fait une v\u00e9ritable anticipation de la vie religieuse. Je le disais plus haut, on ne se contente pas de th\u00e9orie abstraite et d\u2019histoire. On croit au concret plus qu\u2019\u00e0 l\u2019universel et l\u2019on vous fait vivre la r\u00e8gle de l\u2019ordre comme si vous en faisiez d\u00e9j\u00e0 partie. On pratique la pauvret\u00e9, la chastet\u00e9 et l\u2019ob\u00e9issance comme si on les avait vou\u00e9es et sans doute avec plus de scrupule qu\u2019un v\u00e9t\u00e9ran ayant blanchi sous le harnais. Mais c\u2019est un essai. Si le mariage \u00e0 l\u2019essai est immoral, la vie religieuse \u00e0 l\u2019essai est parfaitement l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Il faut bien avouer que ma\u00eetre des novices et confr\u00e8res insistent tant sur la pers\u00e9v\u00e9rance, noircissent parfois si maladroitement ceux qui quittent ou ont quitt\u00e9 le noviciat, ont une id\u00e9e si mystique ou romantique de la vocation que le novice se croit bel et bien li\u00e9 autant que ceux qui ont fait des v\u0153ux et qu\u2019il s\u2019accuse d\u2019avoir manqu\u00e9 au silence avec une componction vraiment disproportionn\u00e9e.<\/p>\n<p>Il faut dire sans doute que cette attitude fait partie de la \u00ab\u00a0probation\u00a0\u00bb. Pour que l\u2019essai soit loyal, concluant, vraiment valable, il faut croire.- C\u2019est la philosophie \u00abals ob\u00bb &#8211; Mais il reste que le noviciat, dans la pens\u00e9e de l\u2019\u00e9glise, est un temps de probation subjective et objective, sans aucune autre obligation que celle qui vient de la morale chr\u00e9tienne commune. Apr\u00e8s ces g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, je reprendrai &lt;55&gt; le ton personnel et dirai ce que j\u2019ai fait au noviciat. Exceptionnellement et avec les temp\u00e9raments n\u00e9cessaires on pourra appliquer ici l\u2019adage \u00abab uno disce omnes\u00bb. Les m\u00e9thodes d\u2019initiation religieuse, remontent \u00e0 St. Ignace et sont donc substantiellement les m\u00eames dans tous les noviciats du monde.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit qu\u2019apr\u00e8s une postulance d\u2019une dizaine de jours, o\u00f9 l\u2019un des novices me fut donn\u00e9 comme ange gardien et m\u2019aida \u00e0 faire une retraite d\u2019\u00e9lection en r\u00e8gle, j\u2019entrai moi-m\u00eame au noviciat avec une soutane r\u00e2p\u00e9e sur le dos, dont j\u2019\u00e9tais cependant tr\u00e8s fier et que, suivant la coutume, je baisais d\u00e9votement le matin avant de la mettre. Il y avait bien des difficult\u00e9s \u00e0 cette entr\u00e9e. C\u2019\u00e9tait la guerre. L\u2019\u00e9cho des atrocit\u00e9s commises dans cette pauvre Belgique, qui nous donnait l\u2019hospitalit\u00e9, retentissait encore \u00e0 toutes les oreilles. Les conovices \u00e9taient tous fran\u00e7ais et leurs fr\u00e8res combattaient sur les champs de bataille. Et moi \u2013 j\u2019\u00e9tais sujet allemand. On me sugg\u00e9ra de me pr\u00e9senter comme Alsacien-Lorrain, ce que n\u2019\u00e9tais pas un mensonge, mes grands-parents l\u2019ayant \u00e9t\u00e9 et le coin sarrois qui m\u2019avait vu na\u00eetre appartenant g\u00e9ographiquement et ethnologiquement \u00e0 la Lorraine. Je le fis donc de tout c\u0153ur et b\u00e9n\u00e9ficiai d\u00e8s lors d\u2019une sympathie plus vive. L\u2019Alsace alors comme aujourd\u2019hui faisait battre plus vite le c\u0153ur de tous les Fran\u00e7ais. Je dirai cependant que cette duplicit\u00e9 mat\u00e9rielle me pesait fort. Je dis mat\u00e9rielle, car mes sentiments et ma formation spirituelle \u00e9taient aussi fran\u00e7ais que ceux de mes compagnons. Mais j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 dire toute la v\u00e9rit\u00e9. Toute ma vie, on le verra, je souffrirai de mon lieu de naissance et des r\u00e9ticences qu\u2019il m\u2019imposera. Je sens parfaitement que si j\u2019avais eu les nerfs moins solides et si le succ\u00e8s n\u2019avait couronn\u00e9 mes efforts dans toutes mes entreprises, cette circonstance aurait pu d\u00e9terminer un v\u00e9ritable complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 chez moi. Je verrai plus tard souvent ce ph\u00e9nom\u00e8ne produit par exemple par une naissance ill\u00e9gitime cach\u00e9e anxieusement par des \u00e2mes profondes et douloureuses. Ma naissance en Sarre, \u00e0 certains moments, dans certains milieux, m\u2019apparaissait comme une &lt;56&gt; v\u00e9ritable tare sociale que je cachais soigneusement, tout en souffrant de cette hypocrisie n\u00e9cessaire. J\u2019avoue m\u00eame que l\u2019id\u00e9e de dire au monde entier la v\u00e9rit\u00e9 par ce livre, me soulage et me torture \u00e0 la fois. Qui habet aures ad audiendum, audiat.<\/p>\n<p>Je fus donc accueilli avec beaucoup de bonne gr\u00e2ce par la quinzaine de novices qui se formaient \u00e0 la vie religieuse dans ce ch\u00e2teau, qui \u00e9tait un coll\u00e8ge scientifique avant la guerre et o\u00f9 le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle[2], maintenant illustre, a fait une partie de ses \u00e9tudes pr\u00e9paratoires \u00e0 Saint-Cyr. Nous ne pensions pas beaucoup \u00e0 la guerre, tant nous \u00e9tions pris par la vie spirituelle et la contemplation des choses \u00e9ternelles. Comme il y a peu d&#8217;\u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs au noviciat et que les jours s\u2019y ressemblent, je d\u00e9crirai la journ\u00e9e type d\u2019un novice, en y incluant tout ce qu\u2019elle comportait. \u2013 Je raconterai ensuite les exp\u00e9riments sp\u00e9ciaux contribuant \u00e0 la formation religieuse et j\u2019examinerai les probl\u00e8mes et les r\u00e9ussites.<\/p>\n<p>Nous nous levions \u00e0 cinq heures du matin. Tandis que la cloche sonnait, une voix forte criait \u00abBenedicamus Domino\u00bb dans le dortoir o\u00f9 se trouvaient nos alc\u00f4ves. A juger d\u2019apr\u00e8s le bruit de nombreux pieds sur le plancher, tout le monde se levait all\u00e8grement d\u2019un bond. Tout en me frottant les yeux, puis en me d\u00e9barbouillant je pensais \u00e0 la m\u00e9ditation que j\u2019allais faire, que j\u2019avais pr\u00e9par\u00e9e la veille au soir, dont les \u00e9l\u00e9ments imaginatifs avaient color\u00e9 mes r\u00eaves de la nuit et dont les \u00e9l\u00e9ments logiques eux-m\u00eames m\u2019apparaissaient enrichis par le travail souterrain du sommeil. Souvent des r\u00eaves spirituels avaient profond\u00e9ment remu\u00e9 ma sensibilit\u00e9 et faisaient que je me levai avec des consolations que j\u2019attribuais naturellement \u00e0 Dieu et que je devais savourer toute la journ\u00e9e, comme on suce un bonbon. Apr\u00e8s la toilette nous faisions une visite au Saint Sacrement de quelques minutes. C\u2019\u00e9taient des minutes exquises, auxquelles je tenais beaucoup. Cette rencontre matinale avec le Christ, en qui notre foi vive, orchestr\u00e9e puissamment par une sensibilit\u00e9 jeune et plus ou moins exalt\u00e9e, nous faisait voir un ami, un compagnon de route, un chef aim\u00e9, &lt;57&gt; avait un grand charme pour moi et je la trouvai g\u00e9n\u00e9ralement trop courte. Heureusement que la m\u00e9ditation qui suivait et qui durait toute une heure permettait de prolonger la conversation commenc\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette longue m\u00e9ditation, pr\u00e9par\u00e9e pendant un quart d\u2019heure la veille, avait une grande importance. Son but \u00e9tait de nous faire assimiler profond\u00e9ment, par l\u2019esprit, le c\u0153ur, la sensibilit\u00e9 et l\u2019imagination, les principales v\u00e9rit\u00e9s chr\u00e9tiennes et de nous faire contracter une amiti\u00e9 v\u00e9ritable avec Dieu, Notre Dame, les anges et ses saints. Nous puisions les th\u00e8mes de cet exercice dans la Bible, dans des livres sp\u00e9ciaux monnayant l\u2019\u00e9vangile et la doctrine chr\u00e9tienne. Personnellement je m\u00e9ditais facilement et volontiers. Quoique passant pour un temp\u00e9rament d\u2019intellectuel, j\u2019avais et j\u2019ai encore une pr\u00e9f\u00e9rence pour la contemplation \u00e9vang\u00e9lique. J\u2019y appliquais spontan\u00e9ment et sans aucune d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la technique moderne la m\u00e9thode du film sonore. Je ressuscitais la vie de Nazareth, la pr\u00e9dication du Christ, la passion du Sauveur avec un relief, une couleur, une vie, qui ne laissait rien \u00e0 d\u00e9sirer. J\u2019entendais parler les personnages sacr\u00e9s et leur r\u00e9pondais comme s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 sous mes yeux en chair et en os. Il m\u2019appara\u00eet \u00e0 distance, que je mettais dans cette r\u00e9surrection du pass\u00e9 une v\u00e9ritable virtuosit\u00e9 et que telle fresque bross\u00e9e par moi en imagination \u00e9tait presqu\u2019aussi somptueuse que certaines soi-disant visions de Catherine Emmerich[3]. Je crois aussi que, si mes nerfs n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 relativement solides, j\u2019aurais pass\u00e9, sans m\u2019en douter, de la contemplation \u00e0 la vision, sans qu\u2019il y ait eu besoin pour cela de la moindre \u00ab\u00a0aff\u00e9rence\u00a0\u00bb, pour employer les mots de M. Blondel. Mon \u00ab\u00a0eff\u00e9rence\u00a0\u00bb personnelle y aurait suffi, tellement mon activit\u00e9 surtout imaginative et affective \u00e9tait grande. Qu\u2019on veuille cependant croire que je ne suis ni rationaliste ni sceptique. Dans les consolations spirituelles qui ont fait mes d\u00e9lices au noviciat, je fais la part de la gr\u00e2ce divine, mais d\u2019une gr\u00e2ce ordinaire, s\u2019ing\u00e9rant subtilement dans la trame d\u2019une psychologie classique.<\/p>\n<p>&lt;58&gt; J\u2019affirme en tout cas que ces m\u00e9ditations, fruit d\u2019une foi absolue dans la r\u00e9alit\u00e9 du monde surnaturel, affirm\u00e9 par l\u2019Eglise catholique et faisant pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab\u00a0r\u00e9aliser\u00a0\u00bb, au sens newmanien[4] du mot, les v\u00e9rit\u00e9s r\u00e9v\u00e9l\u00e9es, ont eu psychologiquement sur moi une influence \u00e9norme. D\u2019abord elles m\u2019ont donn\u00e9 le go\u00fbt de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, de la r\u00e9flexion, mais surtout de la conversation avec Dieu, de la pri\u00e8re ais\u00e9e et confiante. Quand on a cela, on n\u2019est jamais seul et l\u2019on ne s\u2019ennuie jamais. Si le monde ext\u00e9rieur vous d\u00e9\u00e7oit ou vous \u00e9corche, vous vous retirez dans votre coquille, o\u00f9 le soleil r\u00e9pand toujours myst\u00e9rieusement sa lumi\u00e8re et sa chaleur. \u2013 On comprend ais\u00e9ment alors que la pi\u00e9t\u00e9 puisse d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en \u00e9go\u00efsme, en esth\u00e9tisme, au moins quelque temps, qu\u2019elle tienne lieu de po\u00e9sie, de tourisme et de vie sociale. \u2013 Mais surtout ces m\u00e9ditations donnent des convictions robustes, des habitudes intellectuelles. Elles font tenir compte essentiellement de la R\u00e9v\u00e9lation et de l\u2019Eglise. Elles font \u00e9tablir pratiquement une hi\u00e9rarchie des valeurs toute diff\u00e9rente de celle du monde et modifient en cons\u00e9quence l\u2019esprit, la conscience, toute la personnalit\u00e9. C\u2019est un monde myst\u00e9rieux, qui devient r\u00e9el, dont on vit, qui s\u2019incorpore \u00e0 votre substance, qui ne vous l\u00e2che plus. Convictions, amours, tendances et volont\u00e9s sont renouvel\u00e9s par cet objet nouveau et prenant. Univers priv\u00e9? Non, on le partage avec des millions de croyants, et il est vrai, prouv\u00e9, r\u00e9el m\u00e9taphysiquement et psychologiquement.- Mais tr\u00e8s diff\u00e9rent, il est vrai, de celui des incroyants. \u2013<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la m\u00e9ditation, que nous faisions dans notre cellule, nous allions tous les jours, obligatoirement, \u00e0 la messe. Nous y continuions naturellement nos m\u00e9ditations, tout en essayant de couler nos pens\u00e9es et nos \u00e9motions dans le moule liturgique. Il faut bien avouer, que cela ne me r\u00e9ussissait gu\u00e8re et que j\u2019eu pris ais\u00e9ment mon parti, sans recevoir jamais le moindre reproche. Ma pi\u00e9t\u00e9 \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9ment plus individualiste que sociale. Non pas que je n\u2019associasse le monde entier \u00e0 ma pri\u00e8re solitaire, mais spirituellement, non mat\u00e9riellement. La communaut\u00e9 qui m\u2019entourait, le missel, livre de l\u2019Eglise &lt;59&gt; et t\u00e9moin du pass\u00e9, les offices solennels, tout cela me laissait malheureusement assez froid. Il faut dire, que nous n\u2019avions pas de cours de liturgie, que les offices \u00e9taient rares et peu soign\u00e9s, que notre ma\u00eetre des novices[5] n\u2019\u00e9tait pas particuli\u00e8rement f\u00e9ru d\u2019art sacr\u00e9. Cependant plusieurs confr\u00e8res adoraient la liturgie, s\u2019arrangeaient pour la conna\u00eetre admirablement, non sans une pointe de snobisme parfois, et personne ne leur faisait de reproche. Personnellement je concevais ou plut\u00f4t je vivais la messe, la communion et l\u2019action de gr\u00e2ces comme une suite, comme le point culminant de la m\u00e9ditation. Celle-ci \u00e9tait une conversation avec J\u00e9sus-Christ lointain, comme celle de deux amoureux, dont l\u2019un serait au balcon et l\u2019autre dans la rue, la messe et la communion reprenaient cette m\u00eame conversation, mais avec infiniment plus d\u2019intimit\u00e9, de profondeur. C\u2019\u00e9tait le dialogue les yeux dans les yeux, le c\u0153ur \u00e0 c\u0153ur, la fusion totale, l\u2019assimilation. J\u2019avoue que la sensibilit\u00e9 en tout cela a jou\u00e9 un r\u00f4le un peu hypertrophique, que le nombre des id\u00e9es utilis\u00e9es par moi n\u2019\u00e9taient pas tr\u00e8s grand, que la th\u00e9ologie n\u2019\u00e9tait pas pour grand chose en tout cela. Mais est-ce un si grand mal? Beaucoup de chr\u00e9tiens ne d\u00e9passent pas ce stade. Des saints authentiques ont fait de m\u00eame. Il me semble \u00e0 distance que ma vie religieuse d\u2019alors \u00e9taient plus riche et plus r\u00e9elle que celle que je m\u00e8ne aujourd\u2019hui, o\u00f9 ma t\u00eate est farcie d\u2019id\u00e9es innombrables. Mais tout cela est abstrait, exsangue irrationnel. Alors tout \u00e9tait r\u00e9el, color\u00e9, chaud, vivant. Le Christ \u00e9tait mon compagnon, mon interlocuteur, mon partenaire de tous les instants. Je ne me lassais pas de m\u2019entretenir avec lui ni de m&#8217;unir \u00e0 lui. Heureux temps, o\u00f9 m\u00e9ditation, messe et communion, \u00e9taient merveilleusement unifi\u00e9es et formaient un crescendo qui se terminais en apoth\u00e9ose r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la messe quotidienne et obligatoire naturellement, nous allions d\u00e9jeuner, faire notre chambre et un tour de parc. Il y avait un parc r\u00e9put\u00e9 pour ses essences d\u2019arbres nombreuses et &lt;60&gt; rares. Chose curieuse, moi qui avais un tel culte de la nature, qui adorait tellement la for\u00eat, je ne remarquai gu\u00e8re ces arbres. D\u00e9cid\u00e9ment le monde int\u00e9rieur \u00e0 ce moment-l\u00e0 avec un tel relief, qu\u2019il \u00e9clipsait tout le reste. C\u2019\u00e9tait certainement exag\u00e9r\u00e9 et je vois maintenant que cela aurait pu devenir morbide. Heureusement que je fus arrach\u00e9 apr\u00e8s dix-huit mois \u00e0 cette vie trop tendue, tellement qu\u2019elle eut des effets d\u00e9sastreux sur mes entrailles, provoquant une ent\u00e9rite aigu\u00eb qu\u2019aucun m\u00e9decin ne put gu\u00e9rir, mais que la vie ext\u00e9rieure, comme on le verra plus loin, fit dispara\u00eetre rapidement.<\/p>\n<p>Vers neuf heures nous avions la conf\u00e9rence quotidienne du P. Ma\u00eetre. C\u2019\u00e9tait un morceau important. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on nous expliquait m\u00e9thodiquement les principes de la vie religieuse en g\u00e9n\u00e9ral et les formes particuli\u00e8res de cette vie dans la Compagnie de J\u00e9sus. C\u2019\u00e9tait un commentaire plus pratique que doctrinat des R\u00e8gles et Constitutions \u00e9tablies par Saint Ignace. Nous \u00e9coutions religieusement et mettions soigneusement au propre ces conf\u00e9rences que nous penserions garder toute notre vie. Nous les \u00e9coutions avec une attention religieuse, venant de l\u2019importance qu\u2019on y attachait et dont on avait su nous p\u00e9n\u00e9trer. &#8211; La r\u00e8gle, en effet, est pour le religieux \u00e0 la fois l\u2019expression de la volont\u00e9 de Dieu et donc une douceur et une s\u00e9curit\u00e9, une forme privil\u00e9gi\u00e9e du sacrifice et de la p\u00e9nitence, car elle oblige \u00e0 de grands renoncements, une expos\u00e9 de la spiritualit\u00e9 particuli\u00e8re qui est pratiqu\u00e9e dans son ordre, qui unifie les esprits, les c\u0153urs et jusqu\u2019aux sensibilit\u00e9s. Nullement tenus canoniquement, nous observions ces r\u00e8gles avec plus de scrupules que les jeunes scolastiques qui \u00e9tudiaient dans la m\u00eame maison et qui nous scandalisaient parfois par leurs manquements au silence et \u00e0 la modestie. Nous ne savions pas, que ces jeunes gens nous regardaient parfois comme des Don Quichotte de la R\u00e8gle et nous trouvaient une raideur un peu inhumaine. C\u2019&lt;61&gt;est qu\u2019effectivement la R\u00e8gle \u00e9tait la Dame de nos pens\u00e9es et ce sont les conf\u00e9rences matinales qui avaient fait lever, qui avaient nourri en nous cet amour chevaleresque. Rien ne pouvait nous d\u00e9tourner du service de cette dame. Notre fid\u00e9lit\u00e9 \u00e9tait absolue et plein d\u2019attentions. Nous observions la modestie des yeux au point d\u2019ignorer les tableaux qui ornaient les murs, la pauvret\u00e9 en utilisant les enveloppes des lettres re\u00e7ues bien avant la p\u00e9nurie du papier, l\u2019exactitude math\u00e9matiquement. Et tout cela avec \u00e9lan. C\u2019est Pierre Lippert[6], qui raconte quelque part, que l\u2019on ne se donne pleinement \u00e0 une cause ou \u00e0 une science, que si on la \u00ab\u00a0personnalise\u00a0\u00bb, si on la traite comme une personne vivante, d\u00e9tach\u00e9e de soi, que l\u2019on peut admirer et servir. C\u2019\u00e9tait le cas pour la R\u00e8gle. Nous l\u2019avions inconsciemment hypostasi\u00e9e, sous l\u2019influences des conf\u00e9rences et nous la traitions en cons\u00e9quence. Nous savions par c\u0153ur un certain nombre de ces r\u00e8gles et nous parlions avec enthousiasme de celles qui demandent le pus d\u2019h\u00e9ro\u00efsme, d\u2019abn\u00e9gation, de la onzi\u00e8me et de la douzi\u00e8me en particulier, imposant la mortification en toutes choses et l\u2019imitation du Christ humili\u00e9 et crucifi\u00e9. Il va sans dire que ces conf\u00e9rences, pleines d\u2019exp\u00e9rience, contenaient beaucoup de lumi\u00e8re et de sagesse \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur ardeur. Mais nous n\u2019en retenions gu\u00e8re que l\u2019ardeur. \u2013 Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur. \u2013<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la conf\u00e9rence nous avions pendant une demi-heure des travaux manuels, balayage, jardinage, bricolage. Il s\u2019agissait de rendre service, de nous d\u00e9lasser, de d\u00e9velopper le sens pratique, de nous humilier aussi. Aujourd\u2019hui on ajoute une demi-heure de gymnastique. Les anciens scouts et routiers qui entrent au noviciat ont besoin d\u2019\u00e9tirer leurs membres et de faire des exercices corporels pour maintenir leur sant\u00e9. Nous aurions d\u00fb le faire aussi, car nous en avions besoin. Les travaux manuels n\u2019y suppl\u00e9aient pas, demandant en g\u00e9n\u00e9ral assez peu de mouvement. Et nous trouvions moyen de les &lt;62&gt; transformer en m\u00e9ditation, balayant \u00e0 Nazareth et cherchant de l\u2019eau \u00e0 la fontaine pour Notre-Dame, ou sciant du bois avec St. Joseph. La vie int\u00e9rieure \u00e9tait trop tendue. L\u2019\u00e9p\u00e9e chez plusieurs usait le fourreau. Il en \u00e9tait ainsi pour moi. Une ent\u00e9rite aigu\u00eb m\u2019affaiblit enti\u00e8rement. Je fus des mois sans en parler, heureux de souffrir. Je souffrais avec une v\u00e9ritable exaltation, me levant les quinze fois la nuit sans que jamais personne n\u2019en s\u00fbt rien. Et cela non par cachotterie ou manque de simplicit\u00e9, mais par irr\u00e9alisme, incapacit\u00e9 de juger de ces choses. Quand le P\u00e8re ma\u00eetre connut la chose, il leva les yeux au ciel, me fit consulter plusieurs m\u00e9decins, dont la science fut incapable de me gu\u00e9rir. C\u2019est que la cause, la concentration excessive et trop continue, agissait toujours, plus forte que le charbon de Belloc, la graine de lin, les vins vieux, les viandes grill\u00e9es, que l\u2019on me faisait absorber. Quelques mois de plein air, on le verra plus loin, suffiront \u00e0 me gu\u00e9rir, ce qui montre bien que c\u2019\u00e9tait la contention, qui m\u2019avait rendu malade. Il me semble maintenant, que l\u2019on n\u00e9gligeait par trop le corps et ses besoins. Cela a chang\u00e9 depuis. On nous poussait aussi trop, on nous fanatisait sans le vouloir. Nous \u00e9tions \u00e0 un diapason de ferveur excessif, des fers rougis au feu.<\/p>\n<p>Cependant on nous nourrissait tr\u00e8s bien. Longtemps, \u00e0 midi, au d\u00e9but de la guerre nous avions encore deux plats de viande. Les repas \u00e9taient copieux. Il est vrai qu\u2019on lisait \u00e0 table des livres historiques et spirituels. Ce n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas d\u2019une hygi\u00e8ne parfaite. Mais c\u2019est une vieille tradition monacale, consacr\u00e9e par une r\u00e8gle de S. Ignace.\u00a0&#8222;Pendant que le corps prend sa nourriture, que l\u2019\u00e2me ait aussi la sienne&#8220;. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 et suis encore incapable d\u2019\u00e9couter cette lecture. Je crois que c\u2019est surtout \u00e0 cause du relief individuel de mes pens\u00e9es personnelles et des images criardes qui encombrent toujours mon esprit. Elles foisonnent \u00e0 ce moment, o\u00f9 je n\u2019ai pas \u00e0 parler, plus que jamais et acca&lt;63&gt;parent mon attention. Combien j\u2019aurais pu apprendre de choses par les lectures depuis 30 ans que je suis religieux. Elles ont pass\u00e9 sur moi comme de l\u2019eau sur un imperm\u00e9able. D\u2019autres que moi \u00e9coutaient et profitaient de ces livres lus au cliquetis des cuillers et des fourchettes.<\/p>\n<p>Pendant le repas nous faisions aussi certaines p\u00e9nitences traditionnelles, que l\u2019on nous imposait pour une assiette cass\u00e9 par inadvertance ou d\u2019autres fredaines bien innocentes. Nous disions les pri\u00e8res les bras en croix, mangions \u00e0 genoux devant une petite table bien en vue, allions mendier aupr\u00e8s des confr\u00e8res le pain et le vin, baisions sous la table les pieds de la communaut\u00e9. L\u2019humiliation n\u2019\u00e9tait r\u00e9elle qu\u2019au d\u00e9but. Bient\u00f4t l\u2019accoutumance nivela comme le reste ces performances \u00e9tranges, dans lesquelles nous mettions autant d\u2019\u00e2me que possible. Cela ne r\u00e9ussissait pas toujours et parfois le rire fusait au milieu des p\u00e9nitences.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le repas, matin et soir, c\u2019\u00e9tait la r\u00e9cr\u00e9ation que nous prenions entre nous novices. Exceptionnellement nous avions \u00ab\u00a0fusion\u00a0\u00bb avec les P\u00e8res ou les Scholastiques. Habituellement on nous laissait. On savait bien que notre style \u00e0 nous, moins naturel, plus flamboyant, plus laborieux jurerait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui des autres, que notre po\u00e9sie souffrirait au contact de la prose des autres, que l\u2019\u00e9clat de notre vertu risquerait m\u00eame de se ternir, de perdre son duvet. Nous \u00e9tions heureux entre nous, malgr\u00e9 notre petit nombre et nous nous promenions volontiers dans les belles all\u00e9es du parc. Nous avions, malgr\u00e9 nos soutanes verdies, une allure tout \u00e0 fait monacale. Les mains cach\u00e9es dans nos manches, d\u00e9ambulant lentement tant\u00f4t \u00e0 reculons et tant\u00f4t droit pour bien nous voir, nous vaquions \u00e0 cette\u00a0\u00ab\u00a0conversatio spiritualis\u00a0\u00bb, qu\u2019un c\u00e9l\u00e8bre tableau a repr\u00e9sent\u00e9. Nous parlions de nos m\u00e9ditations et lectures, de nos projets spirituels, nous faisions de l\u2019humilit\u00e9 \u00ab\u00a0accroch\u00e9e\u00a0\u00bb nous calomniant nous-m\u00eames avec une sorte de rage et presque de volupt\u00e9, nous nous livrions parfois \u00e0 &lt;64&gt; des \u00e9l\u00e9vations br\u00fblantes. Ce n\u2019\u00e9tait pas, il faut le dire, du go\u00fbt de tous. Il n\u2019y avait pas unanimit\u00e9 parmi nous. Tel novice plus raisonnable \u2013 nous disions moins fervent \u2013 ou plus enjou\u00e9 \u2013 nous disions moins int\u00e9rieur \u2013 faisait d\u00e9vier nos conversations vers des sujets plus terre-\u00e0-terre, racontait m\u00eame des fac\u00e9ties, accrochait son esprit aux moindres incidents pour le faire \u00e9tinceler. On voudra bien croire que le plus d\u00e9lur\u00e9 de ce moinillons \u00e9tait encore tr\u00e8s convenable \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux des fabliaux ou du D\u00e9cam\u00e9ron. Cependant nous \u00e9tions parfois scandalis\u00e9s, nous voilions la face. \u2013 Nous cr\u00fbmes m\u00eames devoir fonder \u00e0 un moment donn\u00e9 une ligue s\u00e9cr\u00e8te de conversations pieuses. Tel d\u2019entre nous, \u00e0 tel jour, devait, comme une habile ma\u00eetresse de maison, conduire le fil de la conversation et maintenir celle-ci dans les r\u00e9gions purement spirituelles. Les efforts faits pour cela \u00e9taient parfois si tendancieux et maladroits que c\u2019\u00e9tait piti\u00e9. En v\u00e9rit\u00e9, il eut mieux valu que nous jouions \u00e0 la balle au chasseur ou aux \u00e9chasses, comme au temps o\u00f9 nous \u00e9tions coll\u00e9giens.<\/p>\n<p>Nous le faisions du reste, le jour du grand cong\u00e9 o\u00f9 jeux et promenades \u00e9taient obligatoires. Nous en profitions m\u00eame avec une fringale inconsciente qui prouvait nos besoins. C\u2019est ainsi que nous avions une tendance \u00e0 faire des promenades trop longues, trop rapides, vraiment imprudentes. D\u00e9cid\u00e9ment l\u2019\u00e9quilibre est bien difficile \u00e0 un novice.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la r\u00e9cr\u00e9ation nous avions, si je me souviens bien, lecture spirituelle, puis \u00e9tude libre, et divers autres exercices assez semblables \u00e0 ceux que j\u2019ai mentionn\u00e9s. Les trois demi-heures de lecture spirituelle \u00e9taient consacr\u00e9es \u00e0 la Perfection chr\u00e9tienne de Rodriguez[7], \u00e0 des vie de Notre Seigneur et commentaires d\u2019\u00e9vangile, \u00e0 des vies de Saints. On avouera que ce choix \u00e9tait heureux dans l\u2019ensemble. Les auteurs proprement mystiques ne nous \u00e9taient pas &lt;65&gt; donn\u00e9s. On ne voulait pas nous exalter davantage et nourrir plus encore les illusions dont nous \u00e9tions remplis. C\u2019\u00e9tait fort sage. Du reste, plusieurs d\u2019entre nous, avaient des \u00e9tats d\u2019oraison, de contemplation dont les techniciens se demandent s\u2019ils appartiennent \u00e0 l\u2019oraison infuse ou acquise. L\u2019oraison de simple regard et de pure affection \u00e9tait le fait de plusieurs. Gr\u00e2ce \u00e0 Dieu nous ne nous demandions pas si elle \u00e9tait mystique ou non. Si nous en faisions, de la mystique, c\u2019\u00e9tait comme M. Jourdain[8] faisait de la prose. Et c\u2019\u00e9tait beaucoup mieux. Il devrait en \u00eatre ainsi pour la plupart des \u00e2mes, qui risquent autrement ou de tomber dans l\u2019illusion et l\u2019autosuggestion ou bien dans un narcissisme d\u00e9plaisant ou dangereux qui risque d\u2019ailleurs d&#8217;effaroucher et de mettre en fuite le Saint Esprit, si l\u2019on ose dire. N\u2019est-ce pas Amiel[9] qui \u00e9crit \u00e0 propos de l\u2019exc\u00e8s d\u2019introspection, qu\u2019il ne faut pas secouer certains buissons obscurs qui chantent, autrement ils ne chanteront plus.<\/p>\n<p>Il faut mentionner aussi deux examens de conscience d\u2019un quart d\u2019heure chacun, \u00e0 la fin de la matin\u00e9e et de la soir\u00e9e. On conna\u00eet le but et l\u2019utilit\u00e9 de cet exercice trop d\u00e9cri\u00e9 par certains spirituels un peu romantiques. Il consiste \u00e0 regarder et \u00e0 peser, sous le regard de Dieu, les actions libres, bonnes et mauvaises de la journ\u00e9e, pour remercier, regretter, amender. Comme un commer\u00e7ant ou un industriel, on dresse un bilan et l\u2019on fait un plan de campagne. Bien entendu en faisant toujours entrer dans ses pr\u00e9visions la gr\u00e2ce de Dieu plus puissante que nos efforts personnels. L\u2019utilit\u00e9 de cette pratique, qu\u2019il est coutume d\u2019appliquer successivement \u00e0 des objectifs tr\u00e8s limit\u00e9s, tr\u00e8s particuliers, est \u00e9vidente. Non seulement il permet d\u2019\u00e9liminer certains d\u00e9fauts ext\u00e9rieurs fort peu sociaux, mais aussi de devenir un raisonnable et un volontaire au lieu d\u2019un instinctif et d\u2019un soliveau emport\u00e9 par tous les courants. Il permet aussi d\u2019acqu\u00e9rir m\u00e9thodiquement des habitudes int\u00e9rieures et ext\u00e9rieurs du plus haut prix pour la gr\u00e2ce de Dieu et le bien des \u00e2mes. Son \u00e9cueil pourrait \u00eatre un exc\u00e8s d\u2019analyse tueuse de spontan\u00e9it\u00e9 et d\u2019abandon et un exc\u00e8s de confiance &lt;66&gt; en soi et dans les m\u00e9thodes humaines qui pourrait friser le p\u00e9lagianisme. Mais greff\u00e9 sur une forte oraison th\u00e9o- et christocentrique l\u2019examen particulier n\u2019a que des avantages. Je suis persuad\u00e9 que si les J\u00e9suites sont g\u00e9n\u00e9ralement si ma\u00eetres d\u2019eux, si \u00e9quilibr\u00e9s, si sages, hommes d\u2019action si lucides et si dynamiques \u00e0 la fois, c\u2019est en partie \u00e0 leur habitude de l\u2019\u00e9lection et de l\u2019examen de conscience qu\u2019ils le doivent.<\/p>\n<p>Nous autres petits novices, nous \u00e9tions encore fort instinctifs, inconscients, sentimentaux et par-dessus le march\u00e9 cousus de d\u00e9fauts. Mais nous faisions passionn\u00e9ment notre examen.\u00a0 Comme Benjamin Franklin[10], nous avions soin de s\u00e9rier nos attaques fougueuses. D\u2019abord c\u2019\u00e9tait l\u2019ext\u00e9rieur qu&#8217;il fallait composer: regarder droit devant soi, marcher d\u2019un pas \u00e9gal, ne pas tenir les mains derri\u00e8re le dos. Les r\u00e8gles de modestie de St. Ignace nous tra\u00e7aient le chemin \u00e0 cet \u00e9gard. Nous d\u00e9passions bien parfois le but, devenant rigides, fig\u00e9s \u00e0 force de nous surveiller et de nous corriger. Mais on voudra bien croire que les vers de Lafontaine restaient vrais pour nous et que le naturel, chass\u00e9 par la porte, revenait plus d\u2019une fois par la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Oui, nous le faisions consciencieusement, notre examen, particulier et g\u00e9n\u00e9ral. Toute la journ\u00e9e \u2013 nous n\u2019avions que cela \u00e0 faire, nous fixions l\u2019objectif \u00e0 emporter de haute lutte et le soir, en marquant les r\u00e9sultats, dans de petits carnets ad hoc, nous fr\u00e9missions souvent devant nos bulletins de victoire. Je ferai remarquer que dans nos efforts asc\u00e9tiques, nous nous inspirions sans le savoir, de la m\u00e9thode adl\u00e9rienne, appel\u00e9 diff\u00e9rentielle, appliqu\u00e9e a la combat spirituel par le psychologue de Prague Lindworsky[11]. On sait peut-\u00eatre qu\u2019Adler, disciple dissident de Freud, pr\u00e9tend que notre personnalit\u00e9 et notre vie int\u00e9rieure sont conditionn\u00e9es et color\u00e9es par notre avenir plus que par notre pass\u00e9, par le d\u00e9sir de nous faire valoir plus que par des complexes, fruits de la lutte subconsciente. Voil\u00e0 pourquoi d\u2019apr\u00e8s lui l\u2019asc\u00e8se inspir\u00e9e par un grand amour pour une cause ou &lt;67&gt; une personne, par un id\u00e9al concret, riche, flambant, est beaucoup plus efficace pour transformer quelqu\u2019un que la pure r\u00e9p\u00e9tition d\u2019actes m\u00e9caniques sans perspectives. La clef de vo\u00fbte de nos efforts \u00e0 nous c\u2019\u00e9tait notre id\u00e9al christocentrique, sans cesse rafra\u00eechi dans nos m\u00e9ditations. Imiter le Christ, consid\u00e9r\u00e9 surtout comme chef et sauveur d\u2019\u00e2mes, \u00e9tait la grande id\u00e9e directrice de notre vie. Elle informait, canalisait, animait nos modestes efforts asc\u00e9tiques et mettait dans ces petites choses, avec une grande id\u00e9e et un grand amour, un dynamisme qui portait ses fruits. Il y avait bien un peu de mirage en cela encore. Enfan\u00e7ons, nous combattions le vieil homme. Sans savoir encore ce qui est \u00e0 l\u2019homme m\u00fbr, avoir, aimer, r\u00e9gir, nous nous entra\u00eenions \u00e0 la pauvret\u00e9, \u00e0 la chastet\u00e9, \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance. Bien s\u00fbr, nous n\u2019\u00e9tions pas, faute d\u2019avoir v\u00e9cu, ce que nous croyions \u00eatre et nous combattions parfois des moulins \u00e0 vent, nous aussi. Mais est-ce si mal? En tout cas nous apprenions \u00e0 manier les armes avec lesquels plus tard\u00a0 nous terrasserions des ennemis plus redoutables. &#8211;<\/p>\n<p>L\u2019examen de conscience, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la pr\u00e9paration de la m\u00e9ditation, cl\u00f4turait notre journ\u00e9e de noviciat. Apr\u00e8s cela, nous quittions nos soutanes, mais avant de nous glisser sous nos draps, au signal donn\u00e9 trois ou quatre fois la semaine par l\u2019admoniteur, nous d\u00e9nudions nos \u00e9paules et leur appliquions, au moyen d\u2019une discipline en cordes nou\u00e9es, une flagellation durant le temps de r\u00e9citer l\u2019Ave Maria. Cet exercice moyen-\u00e2geux, effrayait un peu au d\u00e9but puis devenait la proie de l\u2019accoutumance. Je remarquai d\u2019ailleurs que contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait penser, il \u00e9tait moins douloureux au d\u00e9but que plus tard. &#8211; Parce qu\u2019au d\u00e9but, la ferveur avec laquelle on s\u2019y livrait, en exasp\u00e9rant la sensibilit\u00e9 de dedans \u00e9moussait celle du dehors. Les mystiques en extase sont insensibles \u00e0 la br\u00fblure d\u2019une bougie. \u2013 Un novice tr\u00e8s fervent, tr\u00e8s tendu int\u00e9rieurement supporte facilement trente coups de discipline. Quand il est &lt;68&gt; apais\u00e9, froid ou ti\u00e8de, c\u2019est autre chose et il faut alors beaucoup de courage pour maintenir cet exercice. J\u2019eus l\u2019astuce, avant de proc\u00e9der \u00e0 ce travail, de m\u2019\u00e9mouvoir, de m\u2019\u00e9tourdir par des pens\u00e9es religieuses avant de me jeter \u00e0 l\u2019eau. Non seulement pour spiritualiser le geste, mais pour amortir la souffrance. C\u2019\u00e9tait inconscient, mais r\u00e9el, je crois. La loyaut\u00e9 m\u2019oblige \u00e0 dire que parfois, au lieu de faire souffrir, ces flagellations produisaient je ne sais quel plaisir trouble. \u2013 D\u00e9but larv\u00e9 de masochisme, qui existerait germinalement chez tout le monde. Je ne sais. \u2013 Mais d\u2019ordinaire la discipline \u00e9tait p\u00e9nible. Nous portions aussi des cha\u00eenes de fer fortement serr\u00e9s autour des cuisses ou des bras. Elles \u00e9taient garnies de pointes. C\u2019\u00e9tait p\u00e9nible et \u00e9nervant de les porter. Tel d\u2019entre nous tra\u00eenait nettement la jambe quand elle \u00e9tait ainsi bard\u00e9e de fer et provoquait des sourires discrets.<\/p>\n<p>Ces performances ne jouaient pas un grand r\u00f4le dans notre vie. On nous habituait \u00e0 attacher plus d\u2019importance aux mortifications int\u00e9rieures. Elles avaient leur prix, soit comme exercice d\u2019\u00e9nergie, d\u2019endurcissement, soit comme sauvegarde de la chastet\u00e9. Au moins pour plus tard. L\u2019atmosph\u00e8re o\u00f9 nous vivions \u00e9tait naturellement pure et tellement spirituelle, que les difficult\u00e9s sexuelles \u00e9taient rares. Personnellement je n\u2019en avais pas, ayant cependant, comme tout jeune homme, eu \u00e0 lutter \u00e0 cet \u00e9gard avant et apr\u00e8s. Il faut bien dire que l\u2019id\u00e9e freudienne de la sublimation trouve en ce fait une justification. Nous vivions passionn\u00e9ment, sans aucun doute. \u2013 Notre ardeur \u00e9tait extr\u00eame. \u2013 Nous nagions dans la consolation. Tout cela absorbait nos puissances sentimentales. Il n\u2019y avait plus de place pour autre chose. Les instincts inf\u00e9rieurs, nullement \u00e9teints, \u00e9taient transpos\u00e9s, sublim\u00e9s et se nourrissaient, si l\u2019on peut dire, d\u2019esprit au lieu de mati\u00e8re.<\/p>\n<p>&lt;69&gt; Telle \u00e9tait chacune des journ\u00e9es du novice j\u00e9suite. Du moins la journ\u00e9e type. Car le dimanche \u00e9tait un peu diff\u00e9rent, ainsi que le jeudi, jour de cong\u00e9, o\u00f9 l\u2019on faisait deux promenades, matin et soir. On avouera que spirituellement parlant ces journ\u00e9es avaient de la valeur et que le jeune homme qui a v\u00e9cu deux ans dans ce style a fait quelque chose pour sa formation morale. On trouvera cependant peut-\u00eatre que cette formation est trop exclusivement int\u00e9rieure, spirituelle et un peu irr\u00e9elle, qu\u2019elle semble plus apte \u00e0 faire des contemplatifs que des hommes d\u2019action, qu\u2019elle \u00e9tonne par son absence de r\u00e9alisme chez un Ignace de Loyola si r\u00e9put\u00e9 pour son g\u00e9nie pratique et son savoir-faire et si oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019image classique du J\u00e9suite cherchant la puissance par le myst\u00e8re, mais aussi par l\u2019organisation, la diplomatie, la psychologie. C\u2019est qu\u2019on oublie un c\u00f4t\u00e9 du noviciat et portant singuli\u00e8rement la marque d\u2019Ignace de Loyola, portant m\u00eame la date, sans doute l\u00e9g\u00e8rement surann\u00e9 dans la lettre, mais nullement dans l\u2019esprit. Ce sont les exp\u00e9riments, qui font partie int\u00e9grante du noviciat j\u00e9suite et lui donnent une vraie originalit\u00e9. En principe ils durent tous un mois au moins, pour qu\u2019ils aient le temps de donner tous leurs fruits.<\/p>\n<p>Le premier est tout \u00e0 fait dans la ligne spirituelle. C\u2019est la grande retraite de trente jours. Pendant un mois, enti\u00e8rement silencieux, les novices r\u00e9fl\u00e9chissent, prient, prennent des r\u00e9solutions. Cinq m\u00e9ditations d\u2019une heure, dont une de minuit \u00e0 une heure pour les plus vaillants, tous les jours leur permettent de faire int\u00e9gralement les exercices spirituels de leur saint fondateur. On conna\u00eet trop ces exercices, vulgaris\u00e9s de toute mani\u00e8re, recommand\u00e9s par les Saints P\u00e8res, pour qu\u2019il soit utile ici de les analyser. On sait qu\u2019elles sont divis\u00e9s en quatre semaines, contiennent \u00e0 la fois les id\u00e9es et les m\u00e9thodes principales capables de faire faire du progr\u00e8s spirituel, que leur but premier est d\u2019aider \u00e0 trouver la volont\u00e9 de Dieu, de r\u00e9former sa vie et de choisir un \u00e9tat qui puisse glorifier Dieu. On sait aussi, bien qu\u2019on ait parfois \u00e9crit le contraire, que ces exercices sont tous baign\u00e9s dans la pri\u00e8re, la gr\u00e2ce de Dieu, l\u2019amour \u00e9perdu de J\u00e9sus-Christ, qu\u2019ils n\u2019ont rien de p\u00e9lagien ou d&#8217;asc\u00e9tiste. Mais on sait aussi, que le petit livre d&#8217;Ignace est un canevas, dont l\u2019originalit\u00e9 n\u2019est que relative, auquel on peut ne pas trouver la marque du g\u00e9nie, qui est sec et peu nuanc\u00e9 en lui-m\u00eame, mais que Dieu a visiblement b\u00e9ni d\u2019abord et duquel une nu\u00e9e d\u2019ex\u00e9g\u00e8tes et de scoliastes ont tir\u00e9 une doctrine spiri&lt;70&gt;tuelle, qui s\u2019y trouve peut-\u00eatre virtuellement, mais que l\u2019auteur n\u2019avait certainement pas mesur\u00e9e. Il y a dans la compagnie aussi des traditions orales du plus haut prix et une sorte de charisme pour donner les exercices. Voil\u00e0 pourquoi il faut les avoir fait enti\u00e8rement pour les comprendre et les avoir fait dans la compagnie pour en tirer toute la moelle. Avec les enrichissements re\u00e7us au cours des \u00e2ges ils contiennent vraiment la quintessence de la spiritualit\u00e9 ignatienne, vraiment th\u00e9ocentrique et christocentrique. Le mois de la grande retraite fait sans doute davantage pour l\u2019assimilation du v\u00e9ritable esprit de Saint Ignace que les 23 autres mois pass\u00e9s au noviciat. La retraite, qui n\u2019est pas un jeu, mais un combat avec soi-m\u00eame, avec l\u2019Ange et avec Dieu, qui n\u2019est pas sp\u00e9culation ou th\u00e9orie, mais vie et pratique, qui fait s\u2019ouvrir l\u2019\u00e2me \u00e0 la gr\u00e2ce comme le n\u00e9nuphar se tend et s\u2019offre au baiser du soleil, la grande retraite est ext\u00e9nuante et b\u00e9atifiante, douce et rude \u00e0 la fois. Elle est une exp\u00e9rience religieuse au plus haut point, que de petites recettes traditionnelles, remontant \u00e0 Saint Ignace, favorisent, mais ne cr\u00e9ent point, une exp\u00e9rience que Dieu donne \u00e0 tous ceux, qui sont g\u00e9n\u00e9reux et se donnent eux-m\u00eames, une exp\u00e9rience dont nous gardons tous le souvenir \u00e9mu que Moise a d\u00fb garder de son contact avec Dieu sur le Mont Sina\u00ef.<\/p>\n<p>Mais l&#8217;exp\u00e9riment de la retraite n\u2019est pas apte \u00e0 donner le sens du concret et du r\u00e9el caract\u00e9ristique des fils d\u2019Ignace. Ce sont les autres exp\u00e9riments qui doivent le donner. Celui de la cuisine d\u2019abord. Pendant un mois je suis all\u00e9, comme les autres, matin et soire dans la grande cuisine vo\u00fbt\u00e9e du ch\u00e2teau. Le fr\u00e8re cuisinier, que nous devions alors consid\u00e9rer comme sup\u00e9rieur, nous associait d\u2019une mani\u00e8re parfois un peu moqueuse \u00e0 son travail. C\u2019est que de ce temps-l\u00e0 nous n\u2019\u00e9tions pas d\u2019anciens scouts ou j\u00e9cistes[12], habitu\u00e9s au camping et f\u00e9rus d\u2019art culinaire. Un novice, devenu provincial depuis, n\u2019avait-il pas demand\u00e9 au fr\u00e8re qui l\u2019envoyait laver les pommes de terre \u00ab\u00a0du savon et une brosse\u00a0\u00bb. On comprend la douce ironie qu\u2019inspiraient au ma\u00eetre-queue des aides pareils. Nous faisions de notre mieux, lavions, coupions le bois, tournions parfois les sauces. En tout cas nous prenions conscience du travail technique et fatigant qu\u2019il y a dans une cuisine, des d\u00e9penses faites, de l\u2019art d\u2019accommoder les restes. De futurs ministres ou \u00e9conomes y prenaient du &lt;71&gt; coup d\u2019\u0153il. Bref nous redescendions sur terre et nous devenions r\u00e9alistes.<\/p>\n<p>Le mois pass\u00e9 chez les petites s\u0153urs des pauvres[13] avait le m\u00eame but et le m\u00eame r\u00e9sultat. On sait qu\u2019Ignace et Xavier avaient l\u2019habitude, durant les p\u00e9r\u00e9grinations, de descendre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, d\u2019y soigner les malades et de manger leurs restes. On sait aussi quel h\u00e9roisme Fran\u00e7ois Xavier a pratiqu\u00e9 \u00e0 cette occasion. Nous n\u2019allions pas jusqu\u2019\u00e0 baiser les plaies purulentes des vieux et des vieilles\u00a0 que nous servions. Les petites s\u0153urs, qui savaient notre ferveur, avaient mission de contenir notre z\u00e8le dans des limites raisonnables. Mais elles avaient mission aussi de nous humilier et de nous mettre \u00ab\u00a0in medias res\u00a0\u00bb. Elles n\u2019y manquaient. Une certaine s\u0153ur F\u00e9licit\u00e9, \u00e0 laquelle les jeunes P\u00e8res \u00e9taient particuli\u00e8rement confi\u00e9s, savait nous faire \u00ab\u00a0marcher\u00a0\u00bb. Laver les carreaux de fen\u00eatre, balayer les salles, faire les lits, distribuer la nourriture, cela ne para\u00eet gu\u00e8re h\u00e9ro\u00efque. Mais quand on conna\u00eet les manies, les tics, l\u2019esprit querelleur, l\u2019\u00e9go\u00efsme foncier de la plupart des vieux et des vieilles soign\u00e9s par les petites s\u0153urs, on comprendra que le mois pass\u00e9 dans leur maison \u00e9tait vraiment un bain de r\u00e9alisme et de sacrifice. Nous \u00e9tions trop jeunes, trop purs et trop na\u00effs pour interpr\u00e9ter parfaitement les cicatrices morales que la vie rude et souvent coupable avait faites \u00e0 ces pauvres \u00e2mes. Nous en devinions tout de m\u00eame quelque chose. En voyant les tiroirs de ces bons vieux transform\u00e9s en mus\u00e9es o\u00f9 leur avarice avait entass\u00e9 les objets les plus h\u00e9t\u00e9roclites, nous nous doutions que notre v\u0153u de pauvret\u00e9 pourrait un jour nous demander des sacrifices. En entendant les disputes aigres, \u00e9clatantes, nourries par la jalousie, la violence et toutes sortes d\u2019autres passions que ces \u00e2mes primitives avaient laiss\u00e9 foisonner librement durant toute une vie, nous comprenions ce que pouvait faire de nous tel d\u00e9faut et la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019asc\u00e9tisme. Et quand nous faisions un peu de cat\u00e9chisme, nous pouvions mesurer l\u2019ab\u00eeme d\u2019ignorance religieuse et d\u2019indiff\u00e9rence spirituelle dans lequel ces pauvres \u00e2mes \u00e9taient plong\u00e9es. Cela alimentait de mani\u00e8re concr\u00e8te et r\u00e9aliste notre z\u00e8le apostolique.<\/p>\n<p>L&#8217;exp\u00e9riment de p\u00e8lerinage, le plus hardi et le plus pittoresque, surpasse en valeur r\u00e9aliste les autres. Je dois dire que je ne l\u2019ai\u00a0 pas fait. C\u2019\u00e9tait la guerre. Les fronti\u00e8res \u00e9taient ferm\u00e9es. Il \u00e9tait donc impossible de voyager. L&#8217;exp\u00e9riment consiste \u00e0 lancer hardiment les novices sur les grandes routes, deux par deux, sans argent de poche \u2013 sine calce \u2013 comme les disciples du Sauveur, avec la mission de rejoindre \u00e0 pied, en mendiant surtout dans les presbyt\u00e8res, un p\u00e8lerinage &lt;72&gt; \u00e9loign\u00e9 de 150 \u00e0 200 kilom\u00e8tres et plus. Bref, comme Beno\u00eet Labre[14], Humilis[15] ou Saint Alexis[16], on vagabondait pendant un mois pieusement. Il faut dire que les \u00e9tapes \u00e9taient marqu\u00e9es \u00e0 l\u2019avance dans des enveloppes qu\u2019il fallait ouvrir chaque matin. Elles \u00e9taient souvent combin\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 faire \u00e9chouer les deux p\u00e8lerins dans tel presbyt\u00e8re hospitalier ou telle communaut\u00e9 religieuse. Mais il y avait des impr\u00e9vus. Le cur\u00e9 parfois se payait la t\u00eate des deux jeunes P\u00e8res, les faisait pr\u00eacher \u00e0 l\u2019improviste pendant le mois de Marie, les faisait coucher\u00a0 sur la dure, sous pr\u00e9texte d\u2019entrer dans la pens\u00e9e du saint fondateur. Il est arriv\u00e9 aussi que les gendarmes les ont arr\u00eat\u00e9s comme espions. Les deux compagnons commandaient \u00e0 tour de r\u00f4le. Leurs caract\u00e8res ne s&#8217;harmonisaient pas toujours parfaitement. Le P. Ma\u00eetre, qui aimaient les contrastes, en provoquait malicieusement ou plut\u00f4t p\u00e9dagogiquement dans ces couples \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. La cohabitation de 4 semaines leur donnait de quoi comprendre les difficult\u00e9s de la vie commune, mais davantage encore la grande aventure du mariage, o\u00f9 le vis-\u00e0-vis reste le m\u00eame pendant toute la vie et l\u2019\u00e9ternit\u00e9. \u2013 Je ne connais cet exp\u00e9riment que par mes anciens qui en parlaient avec un enthousiasme, qui nous faisait venir l\u2019eau \u00e0 la bouche et maudire la guerre, qui nous en privait. Nous voyions bien qu\u2019on aimait cette randonn\u00e9e, peut-\u00eatre tout de m\u00eame, inconsciemment, parce que l\u2019habitude n\u2019avait pas encore endormi tout \u00e0 fait nos jeunes libert\u00e9s ni \u00e9touff\u00e9 le go\u00fbt des aventures qui sommeille en tout homme. Il faut dire que depuis 50 ans on a diminu\u00e9 la valeur de cet exp\u00e9riment, en le pr\u00e9parant trop. Je le regrette pour moi. Fait dans l\u2019esprit du fondateur, \u00e0 la mani\u00e8re de Fran\u00e7ois Xavier[17] dans les Indes ou de Fran\u00e7ois d\u2019Assise[18] en Ombrie, il me semble capable de faire le plus grand bien. \u2013 Non seulement il d\u00e9veloppe la l\u00e9gendaire \u00ab\u00a0d\u00e9brouillardise\u00a0\u00bb du j\u00e9suite, mais sa confiance \u00e0 la providence, le go\u00fbt du risque et lui fait go\u00fbter la po\u00e9sie des improvisations et des impr\u00e9vus.<\/p>\n<p>Un dernier exp\u00e9riment de valeur est celui du cat\u00e9chisme. Le dimanche et le jeudi nous allions, deux par deux encore, dans les paroisses voisines, soit pour faire jouer les enfants dans les patronages, soit pour les instruire de notre mieux. C\u2019etait l\u2019apprentissage du m\u00e9tier de professeur et de cat\u00e9ch\u00e8te que j\u2019aurais \u00e0 exercer si longtemps. Nous nous rendions &lt;73&gt; bien compte, en monnayant la doctrine \u00e0 ces petits, que nos envols mystiques \u00e9taient bien un peu subjectifs et qu\u2019il fallait quelque chose de plus pratique et de plus concret pour nourrir de jeunes esprits. Nous \u00e9tions souvent bien malhabiles, peu adapt\u00e9s \u00e0 la psychologie enfantine. D\u2019avoir \u00e0 tenir compte de celle-ci au milieu de nos pr\u00e9occupations spirituelles personnelles, d\u2019avoir \u00e0 descendre sur terre en faisant de l&#8217;humble apostolat ou les \u00e9checs n\u2019\u00e9taient pas rares, \u00e9tait aussi une bonne le\u00e7on de r\u00e9alisme.-<\/p>\n<p>Le lecteur a maintenant en mains les \u00e9l\u00e9ments humains principaux pour r\u00e9pondre \u00e0 la question du d\u00e9but: Quelle est l\u2019initiation \u00e0 la vie religieuse et j\u00e9suitique. Peut-\u00eatre aura-t-il \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u. Rien de machiav\u00e9lique, rien de myst\u00e9rieux en cela. Rien non plus du caporalisme, du militarisme rigide qu\u2019on pr\u00eate aux disciples d\u2019Ignace de Loyola. En somme une formation sage, inspir\u00e9e par une saine psychologie. Un dosage heureux de th\u00e9orie et de pratique et si l\u2019on veut de mystique et de r\u00e9alisme, d&#8217;ancien diront de Don Quichotte et de Sancho Panca. Chez la moyenne des novices de mon temps, c\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9ment mystique qui l\u2019emportait, jusqu\u2019\u00e0 produire un l\u00e9ger d\u00e9s\u00e9quilibre que la vie aura vite fait de corriger.<\/p>\n<p>Mais il faut ajouter \u00e0 tout cela des \u00e9l\u00e9ments surnaturels. La gr\u00e2ce de Dieu saisit puissamment les jeunes religieux et les fa\u00e7onne en m\u00eame temps que la\u00a0 m\u00e9thode \u00e0 laquelle ils sont soumis. Chez quelques-uns cette emprise de la gr\u00e2ce \u00e9tait remarquable et produisait des transformations profondes et durables. Mais la gr\u00e2ce \u00e9chappe \u00e0 nos analyses. Nous n\u2019avons pas d\u2019instruments capables de la d\u00e9celer \u00e0 coup s\u00fbr. Mais le novice croit en elle. Il lui attribue \u00e9videmment des effets ayant d\u2019autres causes. Mais peut-on exag\u00e9rer son action douce, discr\u00e8te, puissante?<\/p>\n<p>Il faudrait ajouter aussi l\u2019influence humaine du ma\u00eetre des novices et de son socius[19]. Ce sont g\u00e9n\u00e9ralement des hommes ayant exerc\u00e9 des charges diverses dans leur institut, ayant donc une valeur naturelle et surnaturelle au-dessus de la moyenne, ayant de l\u2019exp\u00e9rience, du doigt\u00e9, de la psychologie. Leur r\u00f4le est d\u2019\u00e9clairer, de stimuler, de freiner aussi et de consoler. Le &lt;74&gt; P\u00e8re Ma\u00eetre qui dirigeait nos efforts, je l\u2019ai dit, \u00e9tait tout de feu, mais d\u2019un feu qui r\u00e9chauffait plus qu\u2019il n\u2019\u00e9clairait. Il nous emballait plus qu\u2019il ne nous instruisait. Mais le socius, excellent th\u00e9ologien, le compl\u00e9tait de son mieux.<\/p>\n<p>Ce noviciat dure normalement trois ans, dont deux au d\u00e9but et un au terme de la formation. En fait, il dure douze \u00e0 quinze ans, de 17 \u00e0 35 ans, mais avec plus d\u2019intensit\u00e9 au d\u00e9but et \u00e0 la fin. Je puis assurer que je fus profond\u00e9ment heureux au noviciat et que je vis aujourd\u2019hui encore des id\u00e9es et surtout des habitudes que j\u2019y ai puis\u00e9es. Personne ne comprendra la compagnie de J\u00e9sus, s\u2019il n\u2019\u00e9tudie son noviciat.<\/p>\n<p>Je dus \u2013 h\u00e9las \u2013 le quitter avant la fin des deux ans. Au cours de l\u2019ann\u00e9e 1916, rep\u00e9r\u00e9 par les autorit\u00e9s allemandes \u00e0 cause d\u2019une maladresse de mon Sup\u00e9rieur, je dus me pr\u00e9senter \u00e0 Tournai pour un conseil de r\u00e9vision. Tr\u00e8s affaibli par mon ent\u00e9rite, ne pesant pas cinquante kilos, je fus pris bon pour le service arm\u00e9. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e du Kronprinz se ruait sur Verdun et se faisait an\u00e9antir par l\u2019artillerie de P\u00e9tain[20]. Comme au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes (f\u00e9vrier 1944), les Allemands ramassaient tout le monde. Ce n\u2019est qu\u2019en septembre, le jour symbolique de Notre-Dame des sept douleurs que je re\u00e7us ma feuille de route pour Eschweiler pr\u00e8s d\u2019Aix-la-Chapelle. J\u2019\u00e9tais vers\u00e9 dans un r\u00e9giment d\u2019infanterie, dont j\u2019ai oubli\u00e9 le num\u00e9ro. Ce fut un effondrement. Mes sentiments fran\u00e7ais \u00e9taient sinc\u00e8rement \u00e0 l\u2019unisson de ceux de mes conovices. J\u2019\u00e9tais parfaitement assimil\u00e9. \u2013 Tout le monde me croyait Lorrain et non pas Sarrois. \u2013 Avant de partir, je fis suivant la coutume, mea culpa au r\u00e9fectoire. Je pleurai comme un enfant en le faisant. Puis ce furent les recommandations du Ma\u00eetre des novices. Il me r\u00e9v\u00e9la, pour prot\u00e9ger ma vertu, les r\u00e9alit\u00e9s tristes de la vie, que j\u2019ignorais absolument. Je fus atterr\u00e9, mais non pas inquiet pour moi. \u2013 Et une fois de plus, r\u00e9sign\u00e9 mais non joyeux, je m\u2019\u00e9lan\u00e7ai vers un avenir sombre et peut-\u00eatre sanglant.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p><a title=\"Im Dienst von Deutschland im 1. Weltkrieg\" href=\"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\/au-service-de-l-allemagne\">5. Au service de l\u2019Allemagne dans la Premi\u00e8re Guerre Mondiale<\/a><\/p>\n<p><a title=\"Kapitel-\u00dcbersicht der Autobiographie\" href=\"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\" target=\"_blank\">Zum Inhaltsverzeichnis von Histoire d&#8217;une vie<\/a><\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p>[1] Pseudonym f\u00fcr Dieudonn\u00e9e Marie Isabelle Fourcade, 1884-1975. Einer ihrer Romane: Les soutanes vertes, 1927.<\/p>\n<p>[2] Charles de Gaulle, 1890-1970.<\/p>\n<p>[3] Anna Katharina Emmerick, 1774-1824.<\/p>\n<p>[4] John Henry Newman, 1801-1890.<\/p>\n<p>[5] Gilbert Josson, Auskunft Robert Bonfils 24.02.2006, Archives J\u00e9suites, Vanves.<\/p>\n<p>[6] Peter Lippert, Jesuit, Schriftsteller, 1879-1936.<\/p>\n<p>[7] Alonso Rodriguez, 1531-1617.<\/p>\n<p>[8] Figur von Moli\u00e8re, Bourgeois gentilhomme.<\/p>\n<p>[9] Henri-Fr\u00e9d\u00e9ric Amiel, 1821-1881.<\/p>\n<p>[10] 1706-1790.<\/p>\n<p>[11] Johannes Lindworsky, 1875-1939.<\/p>\n<p>[12] J\u00e9ciste von J.E.C. abgeleitet = Jeunesse Etudiante Catholique, Studierende katholische Jugend.<\/p>\n<p>[13] Petites s\u0153urs des pauvres: Jeanne Jugan geh\u00f6rte zu den Gr\u00fcndern der Kongregation im Jahre 1842.<\/p>\n<p>[14] 1748-1783.<\/p>\n<p>[15] Humilis (Lukas Antonius) Pirozzo, 1582-1637, italienischer Mystiker.<\/p>\n<p>[16] Ca. 1200-1310.<\/p>\n<p>[17] 1506-1552, erster katholischer Missionar in Indien.<\/p>\n<p>[18] 1182-1226.<\/p>\n<p>[19] Emile Bouvy.<\/p>\n<p>[20] Philippe P\u00e9tain, 1856-1951.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>4. Noviciat d\u2019Antoing (Belgique) &lt;51&gt; Chapitre III Enfances religieuses. Il y a quelques mois portant \u00e0 la pr\u00e9fecture de Nice une demande de sauf-conduit pour quelqu\u2019un qui devait entrer au noviciat dans la zone occup\u00e9e, je m\u2019entendis demander avez d\u00e9sinvolture: \u00ab\u00a0novice, novice, qu\u2019est cela\u00a0\u00bb Je crus devoir r\u00e9pondre \u00e0 la secr\u00e9taire qui me posait cette [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":220,"menu_order":4,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-253","page","type-page","status-publish","hentry"],"aioseo_notices":[],"aioseo_head":"\n\t\t<!-- All in One SEO 5.0.2 - aioseo.com -->\n\t<meta name=\"description\" content=\"\u00dcber das Noviziat in Antoing (Belgien) in den Jahren 1915 und 1916.\" \/>\n\t<meta name=\"robots\" content=\"max-image-preview:large\" \/>\n\t<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\/noviciat-d-antoing\" \/>\n\t<meta name=\"generator\" content=\"All in One SEO (AIOSEO) 5.0.2\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:locale\" content=\"de_DE\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:site_name\" content=\"Peter Burg Werke -\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:title\" content=\"Noviciat d\u2019Antoing - 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