{"id":247,"date":"2011-03-25T07:48:00","date_gmt":"2011-03-25T06:48:00","guid":{"rendered":"http:\/\/peter-burg.de\/?page_id=247"},"modified":"2016-01-06T18:31:15","modified_gmt":"2016-01-06T17:31:15","slug":"enfance-sarroise","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\/enfance-sarroise","title":{"rendered":"Enfance sarroise"},"content":{"rendered":"<p>2. Enfance sarroise<\/p>\n<p>&lt;3&gt;<\/p>\n<p>Chapitre I<\/p>\n<p>Enfance sarroise<\/p>\n<p>Je suis n\u00e9 \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier dans un village sarrois situ\u00e9 \u00e0 la lisi\u00e8re de cette for\u00eat du Warndt que Ren\u00e9 Bazin[1] a si heureusement d\u00e9crite dans son \u00abBaltus le Lorrain\u00bb et que nos soldats, en septembre 1940 ont conquise en grande partie pour un temps, malgr\u00e9 les champs de mines dont elle \u00e9tait sem\u00e9e et dont on connaissait encore mal les effets meurtriers. Semblable aux villages lorrains voisins, supportant encore les fumiers devant les maisons, Beaumarais &lt;= Differten, PB&gt;\u00a0 est \u00e9loign\u00e9 de quelques kilom\u00e8tres de Sarrelouis, fond\u00e9e par Louis XIV au milieu du 17&lt;i\u00e8me&gt; si\u00e8cle et demeur\u00e9e fran\u00e7aise jusqu\u2019en 1815. Les habitants du village, mineurs et paysans, portent la plupart, comme mes parents, des noms bien fran\u00e7ais. Je me rappelle de petits camarades d`\u00e9cole s`appelant Lafontaine, Robinet, Tabellion, Moutier, Comtesse, Chirat, Clang\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s la tradition orale, que je n\u2019ai jamais v\u00e9rifi\u00e9e scientifiquement, mes anc\u00eatres \u00e9taient venus de Picardie, plus exactement des Ardennes, \u00e0 la fin du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle. Ils cumulaient alors les m\u00e9tiers de b\u00fbcherons et de charbonniers et exploitaient pour le compte du grand Roi la for\u00eat du Warndt. Quand on d\u00e9couvrit les gisements miniers en Lorraine, ils troqu\u00e8rent naturellement leur profession de charbonniers contre celle de mineurs ou de contrema\u00eetres. Selon certains, c\u2019est au moment de la r\u00e9vocation de l\u2019\u00e9dit de Nantes qu&#8217;ils seraient venus s\u2019\u00e9tablir l\u00e0. Ils auraient au bout de quelque temps abjur\u00e9 le protestantisme. Ce qu\u2019il y a de s\u00fbr, c\u2019est qu\u2019un village voisin[2] de Beaumarais &lt;= Differten, PB&gt; , dont les habitants portent aussi des noms fran\u00e7ais, est encore en majorit\u00e9 protestant.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, le patois que je parlai jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de treize ans en dehors de l&#8217;\u00e9cole, est le patois lorrain de Sarreguemines ou de Forbach, constell\u00e9 de vieux mots fran\u00e7ais. Les nasales en particulier foisonnent dans ce dialecte allemand. Quelques proverbes fran\u00e7ais, fortement estropi\u00e9s, sont cit\u00e9s encore \u00e0 propos par des gens qui ne les comprennent plus. Quelques interjections fran\u00e7aises sont gard\u00e9es aussi et en particulier un juron qui est bien de chez nous et dont les &lt;4&gt; rudes mineurs font une consommation jug\u00e9es excessives par leurs femmes tr\u00e8s chr\u00e9tiennes. Ils n\u2019en comprennent le sens qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9, mais l`emploient dans les m\u00eames circonstances que nos ouvriers. Et \u2013 h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 curieuse, \u2013 il provoque toujours les protestations des m\u00e9nag\u00e8res pieuses ennemies des blasph\u00e8mes. Je le transcris comme je l&#8217;ai entendu prononcer souvent: <span style=\"text-decoration: underline;\">nouniti\u00e9<\/span> et je vois encore le visage scandalis\u00e9 de ma m\u00e8re[3] quand elle l\u2019entendait prononcer.<\/p>\n<p>Les vestiges fran\u00e7ais de notre patois allemand n\u2019\u00e9taient pas les seules r\u00e9alit\u00e9s qui s\u2019accordaient obscurement au sang fran\u00e7ais qui coulait dans mes veines. Quelques souvenirs familiaux, certains incidents locaux, des traits du caract\u00e8re et certaines formes de la sensibilit\u00e9 orchestraient, faiblement mais r\u00e9ellement, la musique discr\u00e8te de ce sang.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re[4], employ\u00e9 dans les mines lorraines des fr\u00e8res de Wendel parlait parfois avec complaisance d\u2019ing\u00e9nieurs fran\u00e7ais arriv\u00e9s en stage; il montrait des lettres de service avec en-t\u00eate fran\u00e7ais, il \u00e9voquait les voyages du patron dans ses propri\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aises. Il arrivait aussi, relativement souvent, qu\u2019un jeune homme du village, ob\u00e9issant \u00e0 une pente dont il ne savait gu\u00e8re l\u2019origine, allait s\u2019engager dans la l\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re et donnait de ses nouvelles avec plus ou moins d\u2019enthousiasme. Mais surtout on \u00e9voquait le temps o\u00f9 les Fran\u00e7ais \u00e9taient encore dans le pays, o\u00f9 Bonaparte dominait l`Europe. On le faisait d\u2019ailleurs sans la moindre nostalgie pour un pays qu\u2019on ne connaissait plus, tout en le portant dans son sang. On rappelait que ma grand-m\u00e8re maternelle[5], originaire de Fauquement et n\u00e9e avant l`annexion de la Lorraine, venait de l\u00e0-haut. On parlait avec v\u00e9n\u00e9ration d\u2019une cousine qui \u00e9tait religieuse de Peltre et d&#8217;un cousin qui \u00e9tait R\u00e9demptoriste l\u00e0-bas. Dans des passes difficiles o\u00f9 le salaire modeste de mon p\u00e8re ne suffisait pas \u00e0 nourrir les huit enfants du foyer, on \u00e9voquait en soupirant le souvenir du grand-oncle Ordener, mort \u00e0 Paris en 1864[6], apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral et ministre sous Louis Philippe. Il \u00e9tait fils du g\u00e9n\u00e9ral &lt;5&gt; bonapartiste du m\u00eame nom. Il para\u00eet qu\u2019il \u00e9tait mort tr\u00e8s riche, mais que l&#8217;Etat fran\u00e7ais avait confisqu\u00e9 sa fortune pour des raisons que j\u2019ignore. Le ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole du village avait \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9 \u00e0 Paris pour essayer de revendiquer pour notre famille au moins une petite partie du magot. Il \u00e9tait revenu bredouille.<\/p>\n<p>Ces souvenirs et ces r\u00e9alit\u00e9s, l\u2019influence de la Lorraine voisine annex\u00e9e plus r\u00e9cemment par la Prusse et o\u00f9 la propagande fran\u00e7aise \u00e9tait plus vivante, nous marquaient plus ou moins. Tout cela ne faisait pas de nous des patriotes fran\u00e7ais. Il y avait trop longtemps que nous \u00e9tions s\u00e9par\u00e9s du pays. Mais tout cela nous rendait la France plus sympathique et psychologiquement plus proche qu\u2019aucun autre pays.<\/p>\n<p>Il est caract\u00e9ristique que les Sarrois de Beaumarais &lt;= Differten, PB&gt; , politiquement rattach\u00e9s \u00e0 la Prusse, ne sentaient pas en Prussiens. Pour dire que les jeunes gens faisaient leur service militaire, on employait l\u2019expression \u00aballer chez les Prussiens\u00bb. C\u2019\u00e9tait litt\u00e9ralement vrai, car, sauf quelques exceptions, nos recrues \u00e9taient toujours envoy\u00e9es en Pom\u00e9ranie ou en Prusse orientale. On se m\u00e9fiait encore un peu d\u2019eux. Ce n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re justifi\u00e9. Dans l\u2019ensemble les gens du village avaient un loyalisme allemand, non pas fanatique, mais moyen. En cela ils ne se distinguaient gu\u00e8re des autres Rh\u00e9nans.<\/p>\n<p>Le temps et la germanisation m\u00e9thodique avaient fait leur \u0153uvre. Nous autres enfants, au d\u00e9but de ce si\u00e8cle, nous \u00e9tions de parfaits petits Allemands. Pourquoi faut-il que je fr\u00e9misse aujourd\u2019hui en l&#8217;\u00e9crivant? A l\u2019\u00e9cole nous apprenions fort bien la langue de Goethe. Personnellement j\u2019avais m\u00eame des succ\u00e8s marqu\u00e9s en composition allemande. Etant assez \u00e9veill\u00e9, j\u2019\u00e9tais choisi tous les ans le 27 janvier, jour de f\u00eate de l\u2019empereur Guillaume, pour d\u00e9clamer quelque morceau patriotique. Ce jour-l\u00e0, l\u2019\u00e9lite du village, tous les \u00e9coliers, M. le cur\u00e9 et les instituteurs se r\u00e9unissaient dans une grande salle de bal. Le propri\u00e9taire[7] \u00e9tait d&#8217;ailleurs un des rares habitants du village sachant un peu le fran\u00e7ais. Brancardier de Lourdes, il portait avec affectation le b\u00e9ret basque. Il p\u00eachait aussi \u00e0 la ligne dans la Bist, rivi\u00e8re de pays, sport \u00e9minemment fran\u00e7ais. Plus tard, au &lt;6&gt; temps de Hitler son restaurant sera confisqu\u00e9 parce que son fils, un de mes camarades et amis d\u2019enfance aura fait du s\u00e9paratisme sarrois. Dans cette grande salle, pavois\u00e9e aux couleurs du Reich et de la Prusse qui n\u2019\u00e9taient pas encore identifi\u00e9s, devant la buste de l\u00b4empereur Guillaume, l\u2019un des instituteurs faisait d\u2019abord un discours patriotique enflamm\u00e9, se terminant obligatoirement par trois vivats en l\u2019honneur de sa Majest\u00e9, soulign\u00e9s par trois gestes de la main droite soulev\u00e9e aussi haut que possible. \u00abDer Kaiser, er lebe hoch, hoch, hoch\u00bb. Je crois me souvenir que nous autres gamins criions \u00e0 tue-t\u00eate ce \u00bbhoch\u00bb et gesticulions \u00e0 qui mieux, mieux, moins par amour de l\u2019empereur, que par besoin juv\u00e9nile d\u2019expansion ou de \u00abchahut\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela les \u00e9l\u00e8ves les plus doc\u00e9es de chaque classe, gar\u00e7ons et filles, montaient sur l\u2019estrade et d\u00e9clamaient ou repr\u00e9sentaient quelque morceau capable de faire vibrer la corde patriotique. J\u2019\u00e9tais toujours du nombre et ma pauvre maman, qui avait peu de joies humaines dans la vie, en \u00e9tait toujours tr\u00e8s fi\u00e8re. Il est vrai, que j\u2019\u00e9tais son unique gar\u00e7on, au milieu de sept filles. Le 27 janvier elle me mettait donc mes plus beaux atours et une \u00e9charpe tricolore, non pas bleu &#8211; blanc &#8211; rouge, mais noir, \u2013 blanc \u2013, rouge. Et je d\u00e9clamais avec beaucoup d\u2019aplomb des morceaux de K\u00f6rner, Arndt ou Schiller magnifiant la Prusse ou combattant Napol\u00e9on l\u2019envahisseur de ce temps-l\u00e0. Parfois, il fallait se grimer. On \u00e9tait mal moul\u00e9 pour cela. Je me rappelle la d\u00e9licieuse fi\u00e8vre que me donna pendant quinze jours la fabrication d\u2019une longue barbe de chanvre n\u00e9cessaire pour figurer quelque vieux de la montagne emprunt\u00e9 aux l\u00e9gendes germaniques des fr\u00e8res Grimm.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u00e0 de l\u2019extraordinaire. L\u2019ordinaire, c\u2019\u00e9tait la classe, fort bien faite d&#8217;ailleurs par des instituteurs de valeur. Aucun d\u2019entre eux n\u2019\u00e9tait sarrois. Ils venaient presque toujours de l\u2019Eifel, pays montagneux, fruste, pauvre, mais tr\u00e8s catholique, situ\u00e9 au nord de Tr\u00e8ves, chef\u2013lieu du d\u00e9partement[8]. C\u2019\u00e9taient &lt;7&gt; des fonctionnaires consciencieux, mais \u2013 je ne le remarquai que plus tard \u2013 ayant peu d\u2019id\u00e9es personnelles. Ils refl\u00e9taient et enseignaient docilement les id\u00e9es qu\u2019on leur avait inculqu\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9cole normale, qui faisaient le fond des manuels scolaires et que l\u2019inspecteur de l\u2019acad\u00e9mie venait souvent contr\u00f4ler. C\u2019\u00e9taient des id\u00e9es nettement pangermanistes et s\u2019inspirant d\u00e9j\u00e0 du racisme sp\u00e9culatif d\u2019un Gobineau et d\u2019un St. A. Chamberlain, que Hitler cherchera plus tard \u00e0 traduire int\u00e9gralement dans les faits. La chanson la plus chant\u00e9e \u00e9tait le \u00ab\u00a0Deutschland \u00fcber Alles\u00a0\u00bb devenue fameuse depuis et que Musset[9] a parodi\u00e9e: \u00ab\u00a0L\u2019Allemagne au-dessus de tout\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait bien l\u00e0 le leitmotiv de l\u2019enseignement. Les classes d\u2019histoire, la gymnastique, les classes de chant, de langue allemande, de g\u00e9ographie agissaient dans le m\u00eame sens patriotique, mais tant\u00f4t sur les esprits, tant\u00f4t sur les sensibilit\u00e9s et tant\u00f4t sur les muscles. Contribuer \u00e0 la grandeur allemande, \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie allemande devenait notre principale pr\u00e9occupation, quand nous n\u2019\u00e9tions que des gamins de dix ans.<\/p>\n<p>Bien entendu l\u2019id\u00e9e de la guerre ne nous effrayait pas. Elle nous \u00e9tait famili\u00e8re et aimable. Nous lui donnions m\u00eame trop souvent corps dans des rixes et des batailles organis\u00e9es. Il m\u2019est arriv\u00e9 de blesser gravement \u00e0 coup de pierre un camarade dans une de ces rencontres. J\u2019\u00e9tais aussi quelque temps le capitaine d\u2019une compagnie, arm\u00e9e de sabres de bois et qui faisait dans la for\u00eat du Warndt des man\u0153uvres savantes, meurtri\u00e8res pour les fonds de culotte et les souliers. Je m\u2019\u00e9tais forg\u00e9 un sabre en bois de h\u00eatre que j\u2019ai parfaitement devant les yeux apr\u00e8s 35 ans. Il avait la forme recourb\u00e9e d&#8217;un cimeterre et le bout en \u00e9tait rouge! J\u2019\u00e9tais bien romantique, on le voit. Je ne pr\u00e9tends pas que ces instincts guerriers aient \u00e9t\u00e9 nourris m\u00e9thodiquement par les instituteurs. Mais je crois qu\u2019ils \u00e9taient bien vus. En tout cas ils \u00e9taient au diapason de la nation tout enti\u00e8re, qui pr\u00e9parait la guerre de 1914.<\/p>\n<p>En fait, car cette \u00e9ducation produisit son effet. D\u00e9cid\u00e9ment nous autres enfants \u00e9tions prussianis\u00e9s \u00e0 fond. Nous chantions avec ardeur:<\/p>\n<p>Ich bin ein Preu\u00dfe, kennst du meine Farben?<\/p>\n<p>Die Fahne schwebt mir schwarz und wei\u00df voran. &lt;8&gt;<\/p>\n<p>Je suis Prussien, connais-tu mes couleurs?<\/p>\n<p>Le drapeau noir et blanc flotte devant moi.<\/p>\n<p>Les m\u00e2nes de nos anc\u00eatres, de Ney[10] et d`Ordener[11], sans doute tressaillaient dans leurs tombes. De la meilleure foi du monde nous \u00e9tions en train de renier notre sang fran\u00e7ais. Ce qui montre que l\u2019esprit prime la mati\u00e8re, l\u2019\u00e9ducation l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, l\u2019id\u00e9e le sang. Sans doute cette formation rude et dynamique a-t-elle d\u00e9pos\u00e9 en moi des forces auxquelles j\u2019ai puis\u00e9 toute ma vie, le go\u00fbt de l&#8217;action, le m\u00e9pris du danger, une ambition peut-\u00eatre disproportionn\u00e9e.<\/p>\n<p>Cependant, dans la m\u00eame \u00e9cole, une autre Allemagne, ni casqu\u00e9e ni bott\u00e9e, m\u2019\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et s\u2019incorpora profond\u00e9ment \u00e0 ma substance, l\u2019Allemagne romantique, r\u00eaveuse et sentimentale, aussi r\u00e9\u00e9lle plus s\u00e9duisante que l&#8217;autre. Elle vint \u00e0 nous \u00e0 travers la musique et la litt\u00e9rature. Nous ne faisions pas de musique savante en classe ni en famille. Mais chaque instituteur ou institutrice devait savoir jouer du violon. En s\u2019aidant de cet instrument, il nous apprit \u00e0 chanter les fameux lieds gonfl\u00e9s de nostalgie, de m\u00e9lancolie, de sentimentalit\u00e9, mais aussi d\u2019amour de la nature, de la famille, de Dieu. Beaucoup d\u2019entre eux sont d\u2019ailleurs sign\u00e9s de grands noms de la musique ou de la litt\u00e9rature et sont de purs chef-d&#8217;\u0153uvres. L`amour, la mort, la s\u00e9paration, la nature sous toutes ses formes en sont les th\u00e8mes principaux.<\/p>\n<p>Il para\u00eet qu\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne plus dure a vomi ces gr\u00eales chansons et les a remplac\u00e9es par de v\u00e9ritables p\u00e9ans \u00e0 la Tyrt\u00e9e, des chants guerriers puissamment martel\u00e9s, qui se chantent en route et en groupe. Les lieder sont proscrits comme trop vaporeux, trop mous et larmoyants. En fait les jeunes Allemands d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019aiment plus ces chansons. Quant \u00e0 nous, il y a quarante ans, tout en jouant \u00e0 la petite guerre et en go\u00fbtant les aventures h\u00e9ro\u00efques de Siegfried dans les Nibelungen[12], nous aimions aussi \u00e0 en mourir les chants tristes de la vieille Allemagne romantique. Nous nous roulions &lt;9&gt; voluptueusement dans les vagues de sentiments tendres et lugubres que provoquaient en nous ces chants. Il me suffit aujourd\u2019hui d\u2019\u00e9crire les premiers vers de certains d\u2019entre eux pour \u00eatre litt\u00e9ralement submerg\u00e9 de souvenirs et d\u2019\u00e9motions.<\/p>\n<p>\u00abAm Brunnen vor dem Tore\u00bb<\/p>\n<p>\u00abDort unten in der M\u00fchle\u00bb<\/p>\n<p>Ma chanson pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, dont je ne me suis jamais lass\u00e9, est la fameuse Lorelei, dont les paroles sont de Heinrich Heine, po\u00e8te isra\u00e9lite, dont les Fran\u00e7ais malheureusement ne connaissent que les pamphlets sarcastiques. Cette chanson raconte l\u2019histoire d\u2019une sorte de sir\u00e8ne rh\u00e9nane qui attirait par ses charmes magiques les p\u00eacheurs dans les eaux glauques du Rhin. Peut-\u00eatre un freudiste[13] d\u00e9couvrirait-il un relent de sexualit\u00e9 dans le plaisir produit par ce lied incomparable. Nous \u00e9tions bien loin de penser \u00e0 cela.<\/p>\n<p>Il me semble \u00e0 distance que cette musique, qui nous prenait si fort, qui \u00e9tait d\u2019ailleurs faite en famille autant qu&#8217;en classe, nous attachait plus intimement \u00e0 l\u2019Allemagne que l\u2019enseignement patriotique du Schulmeister. La po\u00e9sie agissait dans le m\u00eame sens. Les contes de Grimm, de Hoffmann, du chanoine Schmid[14], les ballades de Uhland, Lenau, Schiller ont peupl\u00e9 nos imaginations de fant\u00f4mes parlant allemand: chevaliers, sorci\u00e8res, elfes et anges et nous ont du m\u00eame coup enracin\u00e9s dans le pays qui les a produits. Ils ont donn\u00e9 \u00e0 notre sensibilit\u00e9 une forme peut-\u00eatre trop vibrante et trop tendre, mais faut-il vraiment s\u2019en plaindre au temps inhumain o\u00f9 nous vivons?<\/p>\n<p>Du reste cette musique et cette litt\u00e9rature, qui \u00e9taient un bien commun partag\u00e9 au foyer, m\u2019a peut-\u00eatre attach\u00e9 davantage \u00e0 la famille. J&#8217;avoue simplement qu\u2019\u00e9loign\u00e9 des miens presque toute ma vie, je ne les retrouve jamais mieux par la pens\u00e9e et le c\u0153ur qu&#8217;en fredonnant un des vieux lieds qui ont berc\u00e9 mon enfance. Quand je suis seul le dimanche apr\u00e8s-midi, dans la for\u00eat surtout o\u00f9 j`ai pass\u00e9 tant d\u2019heures captivantes, elles se pr\u00e9sentent d\u2019elles-m\u00eames sur mes l\u00e8vres, ces chansons, en vertu d\u2019associations devenues automatiques. Et elles produisent toujours le m\u00eame effet magique. C&#8217;est toute ma jeunesse heureuse et simple &lt;10&gt; qui me remonte au c\u0153ur et me charme litt\u00e9ralement. Romantisme d\u00e9suet tant qu\u2019on voudra! Je pr\u00e9f\u00e8re cette po\u00e9sie \u00e0 tout autre divertissement et je suis s\u00fbr que ses effets humains sont excellents. Mes s\u0153urs et mes neveux connaissent mes go\u00fbts vieillots. Quand nous nous retrouvons, il faut que l\u2019on chante les vieilles chansons.<\/p>\n<p>La vie familiale intense et douce \u00e9tait d\u2019ailleurs en ce temps-l\u00e0 caract\u00e9ristique de tout ce coin de la Sarre. Quoique pauvres, mineurs et paysans \u00e0 la fois, cultivant un sol maigre, sablonneux, donnant surtout des pommes de terre et du seigle, les habitants de Beaumarais &lt;= Differten, PB&gt;\u00a0 avaient beaucoup d\u2019enfants. Les familles \u00e0 huit ou dix n\u2019\u00e9taient pas rares.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait le cas chez nous. Nous \u00e9tions huit[15] et tr\u00e8s heureux de vivre ensemble. Si j\u2019\u00e9tais l\u2019unique gar\u00e7on, cela ne m&#8217;amollit point. Car la vie \u00e9tait rude \u00e0 notre foyer. Les soucis financiers se renouvelaient \u00e0 la fin de chaque mois et la sant\u00e9 fr\u00eale de plusieurs enfants donnait souvent de l\u2019inqui\u00e9tude. Mais les joies, ordinaires et extraordinaires, \u00e9taient plus substantielles que les pr\u00e9occupations. Parmi ces joies, celles qui \u00e9taient provoqu\u00e9es par ce que j\u2019appellerai la liturgie familiale, humble, mais savoureuse r\u00e9plique de la liturgie de l\u2019Eglise, m\u2019ont laiss\u00e9 les souvenirs les plus vifs. La Saint Nicolas, la f\u00eate de No\u00ebl avec l\u2019arbre ruisselant de lumi\u00e8re, la nouvelle ann\u00e9e avec les cadeaux du parrain[16] et de la marraine[17], P\u00e2ques avec les \u0153ufs bariol\u00e9s pondus par le myst\u00e9rieux li\u00e8vre pascal dans de gros nids b\u00e2tis par nous, tout cela avait d\u2019autant plus de relief et de valeur pour nous que la vie quotidienne, surtout au point de vue culinaire, \u00e9tait plus aust\u00e8re et plus monotone. Rien ne vaut les contrastes pour rehausser les choses.<\/p>\n<p>Ne voulant noter ici que des faits typiques, de valeur universelle, oblig\u00e9 pour cela de refouler des centaines de palets souvenirs parfum\u00e9s qui se pressent en ce moment dans mon esprit et dans mon c\u0153ur, je mentionnerai seulement trois centres de rayonnement qui ont allum\u00e9 au fond de moi des lumi\u00e8res qui brillent toujours, la for\u00eat, ma m\u00e8re, l\u2019\u00e9glise du village.<\/p>\n<p>La for\u00eat, dont je parle, est celle du Warndt, dont il a \u00e9t\u00e9 question plus haut. S\u2019\u00e9tendant sur plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres carr\u00e9s, elle appartient &lt;11&gt; \u00e0 la Sarre et \u00e0 la Moselle. L\u2019identit\u00e9 de la v\u00e9g\u00e9tation des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re est un signe de l&#8217;unit\u00e9 physiologique et psychologique des populations s\u00e9par\u00e9es par une fronti\u00e8re artificielle et r\u00e9cente. Cette for\u00eat est compos\u00e9e surtout de pins moyens, souvent rabougris, tr\u00e8s r\u00e9sineux, qui n\u2019ont pas la somptuosit\u00e9 des pins aroles de notre midi. Il y a aussi des m\u00e9l\u00e8zes plus aristocratiques, des acacias au bois jaune et dur, dont les fleurs blanches et capiteuses remplissaient \u00e0 la f\u00eate &#8211; Dieu les corbeilles des petites filles devant le Saint sacrement. Les ch\u00eanes et les h\u00eatres sont les plus nombreux et forment de hautes futaies vraiment imposantes, avec des nefs de cath\u00e9drale. La voix de nous autres gamins y r\u00e9sonnait merveilleusement.<\/p>\n<p>Cette for\u00eat \u00e9tait mon royaume passionn\u00e9ment aim\u00e9. Sans doute\u00a0\u00e9tait-ce l\u00e0 un amour h\u00e9r\u00e9ditaire venant des b\u00fbcherons et charbonniers mes anc\u00eatres. Mais je ne le laissais pas couver sous la cendre, l\u2019alimentant sans cesse de brindilles nouvelles.<\/p>\n<p>Je connaissais coins et recoins du Warndt. Enfants, nous allions y ramasser le bois mort en hiver. Non pas pour chauffer les chambres de la maison ou pour faire la cuisine. Il y avait du bon charbon lorrain pour cela. C\u2019\u00e9tait surtout pour nourrir le feu du four, dans lequel tous les huit jours maman faisait cuire le pain. Ce jour de boulangerie \u00e9tait toujours attendu avec impatience, non seulement parce que le pain devenait alors plus frais et plus odorant, mais parce que de juteuses tartes aux myrtilles sortaient toutes fumantes de la gueule du four. Pour elles, on allait volontiers chercher du bois apr\u00e8s la classe.<\/p>\n<p>Il faut avouer loyalement que nous ne nous contentions pas toujours de ramasser parterre le bois sec, ce qui \u00e9tait permis, mais que nous faisions tomber des branches qui \u00e9taient encore sur les arbres, ce qui \u00e9tait d\u00e9fendu, mais beaucoup plus amusant. Notre conscience \u00e9tait d\u2019autant plus \u00e9lastique \u00e0 cet \u00e9gard, que la for\u00eat \u00e9tait communale. Enfants de la commune, d\u00e9cid\u00e9ment d\u00e9mocrates, nous pensions que rien de communal ne nous \u00e9tait \u00e9tranger.<\/p>\n<p>Pour avoir ces branches, souvent accroch\u00e9es tr\u00e8s haut, nous grimpions lestement aux arbres, faisions avec nos couteaux une entaille au bas de la branche et d\u2019un pied libre appuyions sur elle jusqu\u2019\u00e0 &lt;12&gt; ce quelle tomb\u00e2t. L&#8217;op\u00e9ration n&#8217;\u00e9tait pas toujours facile. Tant\u00f4t la branche r\u00e9sistait trop longtemps et tant\u00f4t elle c\u00e9dait trop vite, \u00e9tant pourrie, entra\u00eenant le petit bonhomme, qui alors s\u2019agrippait au tronc de l\u2019arbre en attendant qu\u2019il p\u00fbt monter sur une autre branche. Il arrivait parfois qu\u2019un de ces jeunes maraudeurs tomb\u00e2t. Son \u00e9lasticit\u00e9 naturelle l&#8217;emp\u00eachait g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019avoir mal.<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter ces accidents nous avions imagin\u00e9 une autre m\u00e9thode. Avec une branche fourchue, nous fabriquions un crochet, que nous adaptions \u00e0 une perche de taille respectable et avec cette canne \u00e0 p\u00eache au hame\u00e7on puissant nous happions du bois au lieu de poissons. Quand la provision \u00e9tait suffisante, nous faisions un fagot plus ou moins grand suivant le grain et donc le poids du bois et nous le portions fi\u00e8rement \u00e0 la maison. Parfois, quand il \u00e9tait trop lourd pour nos jeunes \u00e9paules, nous le jetions dans la rivi\u00e8re, qui, docilement, nous le portait jusque derri\u00e8re chez nous. De la berge du ruisseau, avec une longue gaule, nous nous contentions de diriger les \u00e9volutions du radeau flottant.<\/p>\n<p>Il va sans dire que ce travail prosa\u00efque \u00e9tait toujours \u00abpo\u00e9tis\u00e9\u00bb par le cadre et les incidents de la for\u00eat elle-m\u00eame. Tout en peinant, il nous arrivait de voir surgir un li\u00e8vre ou quelque chevreuil aux jambes fines et au post\u00e9rieur \u00e9tincelant de blancheur. Nous jouions aussi \u00e0 cache-cache, aux brigands, \u00e0 la petite guerre au milieu de l\u2019exp\u00e9dition utilitaire. Po\u00e9sie et r\u00e9alit\u00e9!<\/p>\n<p>Pour ces qu\u00eates du bois de chauffage, ne rappelant que d\u2019assez loin la qu\u00eate du Saint-Graal, nous \u00e9tions g\u00e9n\u00e9ralement une bande de gar\u00e7ons et de filles de dix \u00e0 quatorze ans. \u00c0 distance, il m\u2019appara\u00eet que cette promiscuit\u00e9 e\u00fbt pu avoir des cons\u00e9quences f\u00e2cheuses. Il se peut que tel de mes camarades ait perdu dans les fourr\u00e9s la fra\u00eecheur de son \u00e2me, peut-\u00eatre m\u00eame son innocence. Les incantations de la for\u00eat sont parfois mal\u00e9fiques. Portant d\u00e9j\u00e0 le \u00absigne sur les mains\u00bb, sans \u00eatre le moins du monde un petit Saint, j\u2019\u00e9tais cependant plus respect\u00e9 que d\u2019autres. Du reste nous \u00e9tions des enfants et nous travaillions. Dans l\u2019ensemble nous hantions les &lt;13&gt; clairi\u00e8res plus que les fourr\u00e9s et nos yeux restaient clairs apr\u00e8s comme avant nos randonn\u00e9es.<\/p>\n<p>C`est pendant ce travail en \u00e9quipe d&#8217;une vraie valeur communautaire que j\u2019ai nou\u00e9 une amiti\u00e9 solide et savonneuse avec des gar\u00e7ons dont la vie dans la suite a pris une tout autre forme que la mienne et que je retrouve toujours avec un vif plaisir quand je retourne aux vieux pays. Sch\u00f6n ist die Jugend, sie kommt nicht mehr. La jeunesse est belle, mais irr\u00e9versible, chantions-nous sous les vo\u00fbtes des h\u00eatres. Nous ne le comprenions pas alors. Nous le comprenons, h\u00e9las, aujourd\u2019hui. Avec ma s\u0153ur a\u00een\u00e9e[18], qui \u00e9tait aussi souvent de ces exp\u00e9ditions, j\u2019ai contract\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 ces souvenirs communs, une intimit\u00e9 d\u00e9licieuse et durable comme le roc.<\/p>\n<p>Il faut ajouter que ces \u00e9quip\u00e9es sylvestres prenaient encore un charme sp\u00e9cial du fait de la pr\u00e9sence du garde forestier. \u00c0 nos yeux il rempla\u00e7ait les b\u00eates sauvages qui nous eussent autrement fait trembler d\u00e9licieusement. A lui seul, il faisait de la for\u00eat d\u00e9bonnaire une for\u00eat vierge, une jungle, nous donnant des frissons comme celle de[19] Kipling. Ce garde \u00e9tait un vrai Prussien, tout de vert habill\u00e9, portant un chapeau de Tyrolien orn\u00e9 d&#8217;une longue plume de paon, portant surtout un fusil charg\u00e9 et un poignard demi-long appel\u00e9 \u00abHirschf\u00e4nger\u00bb, preneur de cerfs. Le nom seul de cette arme nous faisait fr\u00e9mir. Les cerfs, il y avait belle lurette que les derniers avaient disparu. Mais nous pensions que peut-\u00eatre, au fin fond de la for\u00eat, il s\u2019en trouvait encore, avec les sangliers qu\u2019en hiver nous avions aper\u00e7us plusieurs fois. Avec nos imaginations d\u2019enfants nous divisions la for\u00eat comme le temple de Salomon. Il y avait le portique hant\u00e9 par le grand public, par les honn\u00eates familles bourgeoises le dimanche. Plus au fond, c\u2019\u00e9tait le Saint, plus obscur, plus myst\u00e9rieux, plus sacr\u00e9. Nous \u00e9tions les pr\u00eatres qui avaient le droit d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer famili\u00e8rement. Mais au c\u0153ur du vaste enclos, s&#8217;\u00e9tendait le Saint des Saints. L\u00e0 il devait y avoir des essences d&#8217;arbres extraordinaires, des animaux semblables \u00e0 ceux du cirque et le &lt;14&gt; palais du roi, du garde forestier.<\/p>\n<p>A vrai dire, celui-ci n\u2019\u00e9tait pas si terrible. C\u2019\u00e9tait l&#8217;exception, quand il dressait un proc\u00e8s-verbal aux ramasseurs de bois. Mais il \u00e9tait moins indulgent pour les braconniers, peu nombreux, du reste, mais d\u2019autant plus obstin\u00e9s. Quand j\u2019avais dix ans environ, il arriva qu\u2019un de ces forestiers tua \u00e0 coup de fusil un jeune chasseur, fils d\u2019un fonctionnaire, d&#8217;un ing\u00e9nieur des eaux et for\u00eats, habitant en Alsace \u00e0 Haguenau, je crois. Ce fut un tumulte terrible dans le village. Des centaines de curieux, dont certain petit gar\u00e7on, allaient ce dimanche-l\u00e0 dans la for\u00eat pour voir le cadavre ou du moins le lieu du crime. Car tous voyaient en ce fait d\u2019armes un crime v\u00e9ritable. L\u2019indignation fut \u00e0 son comble, quand on apprit, que le forestier assassin au lieu d&#8217;\u00eatre puni, avait \u00e9t\u00e9 f\u00e9licit\u00e9 et d\u00e9cor\u00e9. On ne le d\u00e9pla\u00e7a m\u00eame pas. Mais il devint nerveux et voyait des braconniers partout. Un jour il faillit tuer le ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole en train de d\u00e9terrer, avec sa propre permission, un rosier sauvage. Fatigu\u00e9, l&#8217;instituteur s\u2019\u00e9tait appuy\u00e9 sur sa b\u00eache et de loin ressemblait vaguement \u00e0 quelqu\u2019un qui \u00e9paule un fusil. Seul un cri, qu\u2019il poussa et qui r\u00e9v\u00e9la son identit\u00e9, le sauva.<\/p>\n<p>Tout cela, nous nous le racontions dans la for\u00eat, avec d\u2019autres histoires plus terribles encore, comme celle d&#8217;Alibaba et des quarante voleurs. Et tout cela faisait baigner nos tourn\u00e9es dans le myst\u00e8re et dans une atmosph\u00e8re de danger, de fi\u00e8vre, de courage et presque d\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Une fois de plus le prisme de l\u2019imagination avait d\u00e9compos\u00e9 et magiquement transfigur\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9. Chasseurs de tigres ou d\u2019antilopes, guides alpestres avaient certainement des \u00e9motions moins vives que nous en ces heureux temps.<\/p>\n<p>Je parle de guides. En effet, nous escaladions aussi des hauteurs, car nous \u00e9tions des grimpeurs intr\u00e9pides. Nous montions aux arbres les plus \u00e9lev\u00e9s pour y suivre l\u2019\u00e9closion des \u0153ufs et la croissance des oisillons dans les nids. Tous, \u00e0 la maison, nous apprivoisions quelque oiseau. Personnellement, apr\u00e8s avoir essay\u00e9 vraiment de domestiquer une pie, une fauvette, un merle, je dus limiter mes &lt;15&gt; ambitions \u00e0 un jeune corbeau que je gardai plus d\u2019un an et qui symbolisait sans doute, avec sa robe noire, ma profession future. Quel plaisir de lui pr\u00e9parer et de lui donner sa becqu\u00e9e! Il n\u2019\u00e9tait pas beau, car j\u2019avais du lui rogner les ailes pour l\u2019aider \u00e0 me rester fid\u00e8le et il poussait des cris rauques qui faisaient peur \u00e0 mes petits s\u0153urs. Ma m\u00e8re n\u2019aimait pas trop ce volatile inutile dans sa basse-cour. Mais elle me laissa faire, en cela comme en beaucoup d\u2019autres choses. Avec son s\u00fbr instinct maternel, elle sentait que le besoin de donner, de m\u2019occuper d\u2019un autre que moi-m\u00eame \u00e9tait excellent et signe de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Elle sentait aussi, que la for\u00eat et tout ce qu&#8217;elle repr\u00e9sentait, \u00e9tait \u00e0 la fois une \u00e9ducatrice et une compagne de plaisir pour moi, qu\u2019elle \u00e9tait en train de f\u00e9conder pour la vie mon imagination et ma sensibilit\u00e9. C\u2019\u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9. Plus tard l`amour de la nature deviendra en moi plus mystique, mais aussi plus livresque, plus artistique et plus conscient. Sa fra\u00eecheur et sa saveur viendront toujours de la for\u00eat, qu\u2019a hant\u00e9e ma jeunesse.<\/p>\n<p>Tout cela ma m\u00e8re l\u2019avait devin\u00e9. C\u2019est qu\u2019elle devinait tout en son fils. N\u2019est-ce pas Bergson[20], qui dans \u00ables deux sources de la morale et de la religion\u00bb parle de cette merveilleuse divination maternelle, s\u2019\u00e9tendant non pas seulement au pr\u00e9sent voil\u00e9 et au futur, mais m\u00eame aux futuribles de son enfant! Ma m\u00e8re \u00e9tait ainsi et l\u2019est encore. J\u2019\u00e9tais de cristal pour elle et je le savais fort bien. Cette clairvoyance redoutable et l\u2019amour immense, que j\u2019ai toujours eu pour celle, qui m&#8217;a donn\u00e9 la vie, m&#8217;ont souvent servi de frein et d\u2019aiguillon.<\/p>\n<p>J\u2019aimerais ici buriner son portrait ou lui chanter un hymne, qu&#8217;elle ne lirait jamais dans la langue, dont j\u2019use ici. Mais comment toucher sans la ternir \u00e0 cette fleur d\u00e9licate! Le tendre et douloureux Amiel dit que dans l\u2019\u00e2me humaine il y a des buissons chantants, qu&#8217;il ne faut jamais frapper pour voir s\u2019envoler les oisillons qui font cette belle musique. Ils ne reviendraient jamais. Je n\u2019\u00e9l\u00e8verai pas de monument \u00e0 celle qui est au monde ce que j\u2019ai de meilleur et de plus cher.<\/p>\n<p>Je dirai simplement que mon amour pour elle m\u2019a \u00e9t\u00e9 une douceur &lt;16&gt; et une force toujours, un enivrement souvent. Dans le domaine du c\u0153ur il est pour moi un analogatum princeps, dont je me sers m\u00eame dans la vie spirituelle, dans les relations avec Dieu, pour mettre une r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue et sentie derri\u00e8re certains mots, pour mesurer une vilenie ou une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/p>\n<p>Mon plus lointain souvenir \u00e0 cet \u00e9gard est celui qui se rapporte aux souliers de noces de ma m\u00e8re, que je vois encore en esprit avec tout leur relief. C&#8217;\u00e9tait le parrain[21] de maman, devenu marchand de chaussures et assez cossu, qui avait voulu les lui faire de ses mains avec cette bonne gr\u00e2ce m\u00eal\u00e9e de v\u00e9n\u00e9ration que ma m\u00e8re a toujours su inspirer. C\u2019\u00e9taient de tout petits souliers bas, supposant un pied vraiment mignon, des souliers vernis orn\u00e9s de filets blancs et de fleurs blanches dessin\u00e9s sur le cuir. Ne les mettant que les jours de f\u00eate, tr\u00e8s soigneuse d\u2019ailleurs, ma m\u00e8re les garda assez longtemps pour que le second de ses enfants les conn\u00fbt. J&#8217;\u00e9tais persuad\u00e9 que ses souliers de f\u00e9e \u00e9taient uniques au village, voire au monde et c\u2019\u00e9tait pour moi un plaisir d\u00e9licieux de les frotter avec un chiffon le samedi soir et de les faire luire comme un miroir. Nous ne faisions pas grande consommation de baisers dans la famille et dans le village. C\u2019\u00e9tait-l\u00e0 une des traditions fran\u00e7aises disparues, que l\u2019on connaissait du reste par la Lorraine voisine, mais que l&#8217;on m\u00e9prisait un peu. Autrement je suis s\u00fbr que le samedi soir, en portant les fameux petits souliers sous le lit maternel, je me serais noirci les l\u00e8vres en les embrassant tendrement!!<\/p>\n<p>Un autre souvenir m&#8217;est plus cher encore. On verra plus loin que je quittai le foyer \u00e0 treize ans pour n&#8217;y revenir que de loin en loin. Toujours, aujourd\u2019hui comme hier, j\u2019ai souffert et je souffre du mal du pays. Au d\u00e9but \u2013 c\u2019\u00e9tait bien naturel \u2013 ma m\u00e8re \u00e9tait l\u2019objet principal de cette nostalgie. Or, devenu novice fervent \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de dix-sept ans, je reportai g\u00e9n\u00e9reusement sur Notre-Dame une partie de mon affection filiale. C\u2019\u00e9tait au d\u00e9but de l&#8217;autre guerre. Je vivais alors exclusivement de spiritualit\u00e9 ingurgit\u00e9e \u00e0 &lt;17&gt; haute dose, ne lisant que des livres pieux, soucieux de chasser de mon esprit et de ma conversation toute pens\u00e9e et toute parole profane. Naturellement mon subconscient lui-m\u00eame \u00e9tait d\u00e9vot et mes r\u00eaves, qui ont toujours \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quents, vifs et somptueux avaient aussi leur coloration de vitrail. Or un matin, je me r\u00e9veillai dans ma cellule avec une all\u00e9gresse extraordinaire et une douceur persistante qui parfuma non seulement toute cette journ\u00e9e, mais des semaines et des mois. Que s\u2019\u00e9tait-il donc pass\u00e9? C\u2019est qu\u2019en cette nuit de mai 1915, j\u2019avais r\u00eav\u00e9 avec une vivacit\u00e9 exceptionnelle que la Sainte Vierge m\u2019\u00e9tait apparue, comme \u00e0 Saint Stanislas, ni plus ni moins. Je n\u2019eus pas la fatuit\u00e9 de croire \u00e0 une apparition r\u00e9elle. Mais l\u2019effet \u00e9tait le m\u00eame. Mon bonheur fut immense. Je ne me rappelle plus les d\u00e9tails de ce r\u00eave. Il avait \u00e9t\u00e9 abondant comme une fresque ou un film. Mais un d\u00e9tail avait pour moi un prix inestimable, c\u2019est que Notre-Dame avait voulu prendre les traits de ma m\u00e8re, qui porte d\u2019ailleurs son nom. \u00c0 partir de ce jour, plus encore que par le pass\u00e9, je confondis dans mon amour les deux Marie, mes deux m\u00e8res, celle du ciel et celle de la terre.<\/p>\n<p>Petites choses que celles-l\u00e0, d\u2019une valeur tout intime et personnelle. En voici quelques autres d\u2019une plus grande port\u00e9e humaine et sociale. Je pouvais avoir sept ou huit ans, lorsqu\u2019un soir d\u2019hiver nous nous trouvions tous r\u00e9unis, \u00e0 l\u2019exception du p\u00e8re parti au travail, autour de maman assis sous la lampe. Nous \u00e9tions d\u00e9j\u00e0 au moins cinq enfants. Le dernier, un petit gar\u00e7on aux cheveux ardents, reposait pr\u00e9cis\u00e9ment sur les genoux de sa m\u00e8re, que nous entourions en pleurant. L\u2019enfant \u00e9tait en train de mourir. Aucun rem\u00e8de ne serait plus capable de le sauver. Notre m\u00e8re avait voulu qu\u2019il mour\u00fbt sur ce sein dont il \u00e9tait sorti, en pr\u00e9sence de ses fr\u00e8re et s\u0153urs, sans doute pour mettre d\u00e9j\u00e0 un peu de gravit\u00e9 dans nos jeunes cervelles, pour resserrer aussi les liens familiaux entre nous qui nous aimions d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Avec angoisse et calme \u00e0 la fois la m\u00e8re suivait sur le visage minuscule le progr\u00e8s de la mort. Des convulsions terribles secouaient le pauvre petit corps &lt;18&gt; et les n\u00f4tres avec celui du mourant. Enfin, un dernier spasme et tout est fini. Notre petit fr\u00e8re est devenu un ange du paradis. Je vis alors ma m\u00e8re se pencher longuement au dessus du petit cadavre, cherchant sans doute dans la pri\u00e8re la force de renoncer aux r\u00eaves blancs et dor\u00e9s qu\u2019elle avait faits pour ce petit. Et je la vis finalement soulever le corps de son fils et le tendre \u00e0 bout de bras vers Dieu, le Souverain Ma\u00eetre de toutes choses, comme le pr\u00eatre soul\u00e8ve la pat\u00e8ne et le calice lourd du sang de J\u00e9sus-Christ. Nous autres, nous pleurions maintenant \u00e0 chaudes larmes, incapables de comprendre le geste maternel. Mais comment ne penserais-je pas maintenant \u00e0 l&#8217;autre Marie, debout au pied de la Croix et offrant \u00e0 Dieu un fils de trente ans glorieux et aimant? Stabat mater. Qu\u2019il est beau, cet h\u00e9ro\u00efsme maternel!<\/p>\n<p>Ce geste et ce sacrifice, ma pauvre m\u00e8re eut \u00e0 le renouveler souvent encore, peut-\u00eatre une dizaine de fois. Car si huit des enfants qu\u2019elle mit au monde devinrent adultes, au moins autant moururent en bas \u00e2ge, faute d\u2019alimentation assez fortifiante pour eux et pour leur m\u00e8re. Quelques-uns de ces petits, dont trois gar\u00e7ons, avaient d\u00e9j\u00e0 deux, trois ans. Ils occupaient une place de choix dans la famille. Leur temp\u00e9rament et leur caract\u00e8re se dessinaient d\u00e9j\u00e0. Sans doute tel d\u2019entre eux aurait d\u00e9pass\u00e9 de loin ses fr\u00e8re et s\u0153urs vivants en intelligence et en saintet\u00e9. Ils sont morts, parce que la soci\u00e9t\u00e9 avait encore beaucoup de progr\u00e8s \u00e0 faire il y a quarante ans, parce que les salaires \u00e9taient insuffisants, parce que les assistantes sociales pour la pu\u00e9riculture n\u2019existaient pas encore, parce que les m\u00e9decins \u00e9taient trop rares, trop chers et qu\u2019ils habitaient trop loin, parce que la m\u00e9decine des enfants elle-m\u00eame \u00e9tait encore dans les langes.<\/p>\n<p>Je sais bien ce que le lecteur pense. Pourquoi mettre tant d\u2019enfants au monde, quand on est pauvre et fragile? Pourquoi ne pas utiliser les moyens anciens et modernes pour restreindre les naissances sans restreindre le plaisir? Quelque d\u00e9licat &lt;19&gt; qu\u2019il soit pour un fils de parler de ce probl\u00e8me \u00e0 propos de ses parents, quand ce fils est\u00a0 pr\u00eatre, quand il a re\u00e7u certaines confidences, quand il veut \u00e9crire un livre, qui doit \u00eatre un t\u00e9moignage, il peut dire des choses que d\u2019autres devraient taire.<\/p>\n<p>Oui, il y a quelques ann\u00e9es, apr\u00e8s mon ordination sacerdotale[22], qui fut pour elle plus que pour moi une apoth\u00e9ose, ma m\u00e8re m\u2019a parl\u00e9 longuement de ce sujet. Dans sa pens\u00e9e, elle voulait instruire le jeune pr\u00eatre que j\u2019\u00e9tais plut\u00f4t que se disculper ou se glorifier elle-m\u00eame. Bien s\u00fbr, elle aurait pu limiter ou faire limiter les naissances. La tentation certains jours a \u00e9t\u00e9 terrible et a pris des formes concr\u00e8tes. Elle ne l\u2019a jamais voulu, parce que Dieu le d\u00e9fend et que la volont\u00e9 de Dieu pour ma m\u00e8re, comme pour toute chr\u00e9tienne v\u00e9ritable, est souveraine et d\u00e9cisive. Plut\u00f4t petite de taille, de complexion d\u00e9licate, on peut deviner, si ces grossesses multipli\u00e9es et trop rapproch\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 p\u00e9nibles pour elle. Elle a trouv\u00e9 dans la m\u00e9ditation de la passion la force de les affronter et de supporter vaillamment leur d\u00e9nouement. Combien j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mu lorsqu\u2019elle m\u2019a confi\u00e9 qu\u2019\u00e0 chaque nouvelle douleur d\u2019enfantement elle pensait \u00e0 telle \u00e9pine de la couronne de Christ, comptant et mettant en \u00e9quation les unes et les autres.<\/p>\n<p>Si elle a us\u00e9 de tout son prestige, de tout son empire sur mon p\u00e8re pour lui faire accepter tous les enfants que Dieu lui enverrait, c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019elle avait assez de confiance dans la providence pour esp\u00e9rer pouvoir les \u00e9lever, c\u2019est ensuite parce que sa foi chr\u00e9tienne lui faisait croire que peupler le ciel de petits anges qui chanteraient \u00e9ternellement la gloire de Dieu et qu\u2019elle retrouverait un jour \u00e9tait encore un assez beau r\u00f4le; c\u2019est enfin parce qu\u2019elle savait qu\u2019il y avait trop peu de po\u00e9sie, trop peu de d\u00e9lassement r\u00e9el et de divertissement au sens \u00e9tymologique du mot dans la vie d\u2019un ouvrier d\u2019alors, pour qu&#8217;une \u00e9pouse, qui ne veut pas p\u00e9cher, voul\u00fbt marchander \u00e0 son mari la joie de l&#8217;amour conjugal.<\/p>\n<p>Je sais bien qu\u2019il y aurait beaucoup \u00e0 dire sur ce sujet. J&#8217;ajouterai &lt;20&gt; simplement que celle qui est arri\u00e8re grand-m\u00e8re[23] maintenant et toujours alerte ne regrette rien aujourd\u2019hui et qu\u2019elle pense avec autant de joie \u00e0 ses enfants du ciel qu\u2019\u00e0 ceux de la terre.<\/p>\n<p>Cependant, on peut le croire, la vie n\u2019\u00e9tait pas facile pour cette femme, dont le mari au bout du mois n\u2019apportait qu\u2019un trop maigre salaire \u2013 environ 150 marks, si je me souviens bien \u2013, qui assurait par-dessus le march\u00e9, avec l\u2019\u00e9ducation de ses nombreux enfants, un petit train de culture, qui lui donnait au moins le pain, les pommes de terre et la viande dont elle avait besoin pour nourrir sa famille. La p\u00e9nurie d\u2019argent \u00e9tait parfois tragique.<\/p>\n<p>Je me rappelle \u00e0 ce sujet une sc\u00e8ne tout \u00e9vang\u00e9lique v\u00e9cue par nous. Un samedi soir, jour de paie, ma m\u00e8re avait laiss\u00e9 tomber une des pi\u00e8ces d&#8217;or tant attendues que mon p\u00e8re avait rapport\u00e9es, avec quelques douceurs pour nous autres enfants suivant son habitude. C\u2019\u00e9tait la drachme perdue. Arm\u00e9s de lampes et de bougies comme la femme de l\u2019\u00e9vangile nous nous m\u00eemes \u00e0 chercher, chercher dans la grande pi\u00e8ce de la maison o\u00f9 nous nous tenions. Et nous ne trouvions pas la drachme pr\u00e9cieuse. Nous d\u00fbmes en faire le sacrifice. C\u2019\u00e9tait dur, car un louis d\u2019or en ce temps-l\u00e0 repr\u00e9sentait bien des marchandises. Quelques jour plus tard, en balayant, notre m\u00e8re retrouva la fameuse pi\u00e8ce debout contre le mur. Je ne sais si elle annon\u00e7a aux voisines sa joie, mais elle nous l\u2019annon\u00e7a \u00e0 nous qui revenions de l\u2019\u00e9cole et ce fut une grande all\u00e9gresse.<\/p>\n<p>Ce qui rendait la vie assez dure chez nous, c\u2019\u00e9tait l\u2019exc\u00e8s de travail, qui accablait le corps et l\u2019\u00e2me. Mon p\u00e8re, pour aller \u00e0 la mine Gargan de Petite-Rosselle, \u00e0 laquelle il fut fid\u00e8le pendant quarante ans, devait faire tous les jours plus de trois heures de marche \u00e0 pied. Il partait \u00e0 quatre heures du matin et revenait \u00e0 six heures du soir. C\u2019\u00e9tait un marcheur intr\u00e9pide. Mais, ajouter cette fatigue \u00e0 celle du travail souterrain dans des galeries mal a\u00e9r\u00e9es et \u00e9troites, o\u00f9 il fallait souvent ramper litt\u00e9ralement, c\u2019\u00e9tait trop pour un homme. D\u2019apr\u00e8s un calcul fait par moi, si mon p\u00e8re avait ajout\u00e9 bout \u00e0 bout ces trajets quotidiens de Beau&lt;21&gt;marais \u00e0 Petite-Rosselle et retour, il aurait fait deux fois le tour complet de la terre. C\u2019est une assez belle performance. Un de mes r\u00eaves, depuis que je suis pr\u00eatre, a toujours \u00e9t\u00e9 de faire une fois avec mon p\u00e8re ce m\u00eame trajet \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 il l\u2019avait parcouru si souvent et d&#8217;aboutir aux m\u00eames catacombes t\u00e9moins de son martyre du devoir. J&#8217;en aurais fait un p\u00e8lerinage merveilleux qui \u00e0 l\u2019avance m\u2019exaltait. Dieu a pris mon p\u00e8re[24] avant que j\u2019aie pu r\u00e9aliser mon projet.<\/p>\n<p>On comprendra qu\u2019un homme ext\u00e9nu\u00e9 de cette mani\u00e8re n\u2019ait pas toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 son foyer aussi joyeux que ses enfants l\u2019auraient d\u00e9sir\u00e9. On comprend aussi que d\u2019autres, n\u2019ayant pas la foi, l\u2019esp\u00e9rance et la r\u00e9signation chr\u00e9tiennes, dans une situation semblable se soient aigris et aient adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 des mouvements comme le socialisme et le communisme qui leur promettaient une vie plus humaine. On comprend surtout que l&#8217;Eglise catholique, tout en \u00e9tant surnaturelle avant tout, ait voulu tout faire pour obtenir des patrons et des gouvernements une am\u00e9lioration de la condition des travailleurs, un salaire familial, une organisation des loisirs, bref le respect de la personne humaine et chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Chez nous on \u00e9tait chr\u00e9tien. On faisait la pri\u00e8re en famille et pour nous autres enfants, c\u2019\u00e9tait un grand exemple que les mains noueuses de notre p\u00e8re jointes pour cette pri\u00e8re. La religion nous \u00e9tait une force et une douceur, d&#8217;autres diront un opium. Et si c\u2019\u00e9tait vrai? M\u00eame consid\u00e9r\u00e9e comme simple po\u00e9sie, la religion catholique aurait encore sa valeur. Pour nous elle \u00e9tait cette po\u00e9sie. Lorsqu&#8217;autour de nos parents, dans une maison en proie aux soucis, aux privations, aux renoncements forc\u00e9s, aux amputations de toute sorte, nous nous \u00e9levions ensemble sur les ailes de la pri\u00e8re jusqu&#8217;au c\u0153ur de Dieu, qui nous faisait participer \u00e0 sa paix, \u00e0 sa p\u00e9rennit\u00e9 et nous promettait de compenser un jour la pauvret\u00e9 du temps par la richesse de l&#8217;\u00e9ternit\u00e9, nous \u00e9tions heureux ensemble et de cette plong\u00e9e dans le surnaturel nous sortions ragaillardis, vivifi\u00e9s, pr\u00eats pour les t\u00e2ches dures de la vie.<\/p>\n<p>&lt;22&gt; Mais notre joie \u00e9tait plus grande encore, plus ample et plus profonde, lorsque le dimanche ou les jours de f\u00eate, dans la ch\u00e8re \u00e9glise de notre village, lav\u00e9e et orn\u00e9e par les jeunes filles du pays, nous assistions \u00e0 la grand-messe. Tout le monde \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 tr\u00e8s peu d\u2019exceptions pr\u00e8s, les hommes d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les femmes de l\u2019autre. Et tout le monde chantait. Non pas des cantiques fades ou sautillants, mais tant\u00f4t le plain chant en latin et tant\u00f4t des chants allemands correspondant aux diff\u00e9rentes parties de la messe. C\u2019\u00e9tait souvent quelque choral de Bach au rythme plein, grave, vraiment religieux. Lorsque ces vagues majestueuses de musique sortaient de plus de mille poitrines et montaient vers la vo\u00fbte pour redescendre sur nous plus amples et plus puissantes, c\u2019\u00e9tait vraiment d\u2019une po\u00e9sie incomparable et d\u2019une grande valeur religieuse. D\u00e9j\u00e0 le sentiment communautaire nous saisissait lorsque nous \u00e9tions ainsi tous r\u00e9unis sous le regard de Dieu et en \u00e9largissant nos perspectives, d\u00e9cuplait nos forces. La pens\u00e9e de participer par ce culte commun \u00e0 l\u2019immense famille catholique nous grandissait et nous remplissait de fiert\u00e9. Mais surtout en vivant des heures o\u00f9 religion et beaut\u00e9 se comp\u00e9n\u00e9traient mutuellement, nous \u00e9tions vraiment combl\u00e9s. Henri Br\u00e9mond[25] a d\u00e9crit finement des analogies certaines entre l\u2019exp\u00e9rience religieuse et l\u2019exp\u00e9rience po\u00e9tique. Je crois ses analyses tr\u00e8s justes. Mais lorsque les deux se conjuguent et se p\u00e9n\u00e8trent, la symphonie est incomparable. C\u2019\u00e9tait le cas dans nos f\u00eates religieuses. Lorsque toutes les l\u00e8vres et toutes les \u00e2mes chantaient la gloire de Dieu et l\u2019esp\u00e9rance chr\u00e9tienne, le miracle collectif se produisait: nos facult\u00e9s inf\u00e9rieures s\u2019engourdissaient et s\u2019appauvrissaient, nos \u00e2mes planaient en quelque mani\u00e8re au-dessus de nos corps, se fixaient tr\u00e8s simplement, mais si savoureusement sur Dieu et trouvaient dans ce contact spirituel avec lui une paix, une s\u00e9curit\u00e9, une stabilit\u00e9 merveilleuses.<\/p>\n<p>Po\u00e9sie? Opium? Intoxication? Que ces mots sont pauvres pour exprimer la r\u00e9alit\u00e9 que je d\u00e9cris, qui a fa\u00e7onn\u00e9 mon \u00e2me d\u2019enfant, &lt;23&gt; qui a donn\u00e9 et donne \u00e0 des millions d\u2019\u00eatres traqu\u00e9s par une vie inhumaine le courage de rester debout.<\/p>\n<p>J\u2019aurais beaucoup \u00e0 dire, si je voulais d\u00e9crire comment la vie paroissiale fervente et la vie religieuse familiale ont p\u00e9tri peu \u00e0 peu mon \u00e2me, se sont empar\u00e9s de mon esprit, de mon c\u0153ur, de mon imagination. Chateaubriand[26] n\u2019a pas tort dans son G\u00e9nie du christianisme[27]. L\u2019\u00e9glise est une \u00e9ducatrice parfaite et son culte charg\u00e9 de pens\u00e9e et de beaut\u00e9 affine autant qu\u2019il approfondit les \u00e2mes. Les processions et les rogations, les premi\u00e8res communions et les confirmations, les grandes f\u00eates liturgiques, les p\u00e8lerinages et les chemins de la croix, les retraites et les cat\u00e9chismes, tout cela, qui peut devenir la proie de la routine chez les grandes personnes, \u00e9tait neuf, savoureux, significatif pour mon \u00e2me d\u2019enfant. Je me suis assimil\u00e9 profond\u00e9ment toute la moelle contenue dans ce culte ext\u00e9rieur de l\u2019\u00c9glise trop d\u00e9cri\u00e9 et qu\u2019il est si facile d\u2019int\u00e9rioriser.<\/p>\n<p>Que cette simple religion villageoise ait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 jusqu\u2019au fond de mon \u00e2me, l\u2019histoire de ma vocation le prouve. Ma m\u00e8re a toujours voulu, que ses enfants fassent partie de l\u2019\u0153uvre de la sainte enfance. Priant beaucoup pour les missions, elle trouvait que l\u2019id\u00e9e missionnaire a une grande vertu \u00e9ducatrice. Quand je n\u2019avais que six ou sept ans, elle me racontait, en les dramatisant autant que mon jeune \u00e2ge le d\u00e9sirait, les r\u00e9cits missionnaires qu\u2019elle trouvait dans les annales de la sainte enfance. Plus tard je les lisais moi-m\u00eame avec une v\u00e9ritable passion. Je vois encore la couverture de la revue, o\u00f9 il y avait des peaux rouges avec des plumes dans les cheveux agenouill\u00e9s pour recevoir le bapt\u00eame de la main du missionnaire. La gr\u00e2ce de Dieu aidant, ce furent ces cahiers qui firent lever en moi l\u2019id\u00e9e de devenir pr\u00eatre et missionnaire moi aussi. Etait-ce la pure gloire de Dieu \u00e0 procurer qui m\u2019attirait? Etait-ce plut\u00f4t un vif go\u00fbt d\u2019aventures, ce qu\u2019il y a de romantique, de hardi, d\u2019\u00e9chevel\u00e9 dans la vie du missionnaire vue \u00e0 travers une imagination de gar\u00e7on fougueux? Sans doute y a&lt;24&gt;vait-il des deux. Pourquoi Dieu ne se servirait-il pas de l\u2019imagination de ses cr\u00e9atures pour les mener o\u00f9 il veut? Car c\u2019est bien lui qui agen\u00e7a les circonstances pour faire aboutir cette vocation qui, humainement parlant, avait plus de chances de rester en germe que de se d\u00e9velopper. Pour devenir missionnaire il eut fallu \u00e9tudier d\u2019abord en vue du sacerdoce. Mais les \u00e9tudes secondaires co\u00fbtaient trop cher pour nous. Il y avait bien un coll\u00e8ge dans la ville voisine et plusieurs de mes camarades y allaient tous les jours par le train. Ils \u00e9taient fi\u00e8rement coiff\u00e9s d\u2019une casquette plate dont la couleur, toujours vive, changeait tous les ans avec la classe dans laquelle on montait. Cette casquette me faisait terriblement envie. Elle n\u2019\u00e9tait pas pour moi. Je dois avouer loyalement d\u2019ailleurs que je ne pensais \u00e0 ma vocation que par intermittence et qu\u2019elle ne m\u2019emp\u00eacha pas \u00e0 neuf ou dix ans de promettre le mariage \u00e0 une petite fille des environs qui avait le m\u00eame \u00e2ge.<\/p>\n<p>Cependant ma m\u00e8re qui se confessait souvent \u00e0 M. le cur\u00e9[28] et lui ouvrait son \u00e2me toute grande, lui parla aussi de moi et de mes vell\u00e9it\u00e9s de sacerdoce. Cette confidence ne tomba pas dans l\u2019oreille d\u2019un sourd. M. le cur\u00e9 \u00e9tait un pr\u00eatre d\u2019une tr\u00e8s haut spiritualit\u00e9. Il avait \u00e9t\u00e9 novice j\u00e9suite dans la province de Belgique, mais avait du renoncer \u00e0 la vie religieuse pour des raisons de sant\u00e9. Luxembourgeois, il parlait parfaitement le fran\u00e7ais et aimait la France plus que l\u2019Allemagne. Tr\u00e8s z\u00e9l\u00e9, il n\u2019etait pas homme \u00e0 n\u00e9gliger une vocation qui avait chance d\u2019aboutir. Les petits s\u00e9minaires n\u2019existant pas en Allemagne, il songea sans doute \u00e0 une congr\u00e9gation religieuse. C\u2019est Dieu lui-m\u00eame qui le dispensa de choisir.<\/p>\n<p>Un jour, il vint me chercher en pleine classe et me demanda si j\u2019avais toujours les m\u00eames dispositions. Sur mon affirmative il me r\u00e9v\u00e9la qu\u2019un P\u00e8re j\u00e9suite de Thionville, le P\u00e8re Wagner, allait venir dans quelques jours pour examiner la vocation d\u2019un jeune homme du village qui avait d\u00e9j\u00e0 &lt;25&gt; dix-huit ans et voulait n\u00e9anmoins faire des \u00e9tudes en vue de la pr\u00eatrise. Il \u00e9tait serrurier de son \u00e9tat. Les P\u00e8res R\u00e9demptoristes de Teterchen, petit village lorrain voisin, lui avaient conseill\u00e9 d\u2019entrer \u00e0 l\u2019\u00e9cole apostolique que les P\u00e8res j\u00e9suites de la province de Champagne avaient pr\u00e8s de Mons[29] en Belgique. Ils avaient m\u00eame \u00e9crit l\u00e0-bas et un P\u00e8re allait venir pour examiner le candidat. M. le cur\u00e9 me demanda si cela m\u2019irait d\u2019aller dans la m\u00eame \u00e9cole qui pr\u00e9parait justement des missionnaires. Je n\u2019h\u00e9sitai pas un instant et dis un oui enthousiaste qui fit sourire le bon pr\u00eatre. C\u2019\u00e9tait en ao\u00fbt 1910. Quelques mois auparavant j\u2019avais fait ma premi\u00e8re communion. J\u2019employai les quelques jours qui me s\u00e9paraient de la venue du P\u00e8re pour plaider ma cause aupr\u00e8s de mes parents. Ils h\u00e9sit\u00e8rent bien quelque peu. D\u2019abord parce qu\u2019il fallait s\u2019expatrier et aller si loin. Ensuite parce que j\u2019\u00e9tais le seul gar\u00e7on, qui pourrait bient\u00f4t all\u00e9ger un peu leur fardeau. Je r\u00e9futai victorieusement toutes les objections, faites peut-\u00eatre pour la forme surtout.<\/p>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s nous all\u00e2mes tous trois au presbyt\u00e8re o\u00f9 nous v\u00eemes le jeune P\u00e8re, qui devait partir quelques mois plus tard pour la Chine. Il ne me questionna pas longuement, faisant confiance \u00e0 M. le cur\u00e9 qu\u2019il avait en v\u00e9n\u00e9ration. Il fit conna\u00eetre \u00e0 mes parents les conditions mat\u00e9rielles, leur montra des photographies de l\u2019\u00e9cole, fit miroiter devant leurs yeux la beaut\u00e9 du sacerdoce et de la vie de missionnaire. Il les convainquit sans peine, car un petit avocat avait gagn\u00e9 la cause avant lui.<\/p>\n<p>Il fut donc d\u00e9cid\u00e9 que vers le 20 septembre mon compagnon et moi rejoindrions \u00e0 Thionville l\u2019Ostende-B\u00e2le qui nous conduirait en Belgique. Nous trouverions dans le train d\u2019autres Sarrois, des Lorrains, des Alsaciens auxquelles nous n\u2019aurions qu\u2019\u00e0 nous joindre.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui \u00e9tait fait. Quand je consid\u00e8re que mon vieux compagnon, que l\u2019\u00e2ge rendait rebelle aux \u00e9tudes de latin, ne resta que dix-huit mois \u00e0 l\u2019\u00e9cole apostolique, je ne puis m\u2019emp\u00eacher &lt;26&gt; de penser que la providence s\u2019est servi de lui pour me faire aboutir, moi. D\u2019autres interventions providentielles en ma faveur me remplissent de confusion et de reconnaissance.<\/p>\n<p>Les quelques semaines qui suivirent furent employ\u00e9es \u00e0 la confection du trousseau, \u00e0 mettre en r\u00e8gle le passeport et les autorisations scolaires, \u00e0 visiter oncles et tantes d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s fiers d\u2019avoir un neveu \u00e9tudiant.<\/p>\n<p>Le grand jour de d\u00e9part arriva. Je n\u2019en ai pas gard\u00e9 de souvenir bien vif. Il me semble cependant que je regardai en avant plus qu\u2019en arri\u00e8re, que je quittai ma ch\u00e8re famille qui pleurait sans pleurer moi-m\u00eame, \u00e9tant tout tendu vers cet avenir si diff\u00e9rent de celui qui devait normalement m\u2019\u00e9choir et que je pressentais prodigieusement int\u00e9ressant. Oui, je ressemblai vraiment \u00e0 cette gal\u00e8re fleurie, dont parle Chateaubriand, mont\u00e9e par Alcibiade, ivre de jeunesse et de gloire et qui s\u2019\u00e9lance vers le soleil levant. Au bord de la mer, mes parents, ma ch\u00e8re maman surtout, mes petites s\u0153urs suivaient des yeux le hardi navigateur. Ils invoquaient Dieu pour que la travers\u00e9e fut heureuse. Ils ne pensaient qu\u2019a moi. Et moi, je ne doutai pas du succ\u00e8s du voyage, tant j\u2019\u00e9tais exalt\u00e9 par la nouveaut\u00e9 de ce que j\u2019allais voir et entendre. Je m&#8217;\u00e9lan\u00e7ai aussi vers le soleil levant. C\u2019est \u00e0 peine si j\u2019eus la pens\u00e9e de lever les yeux au ciel et de demander la b\u00e9n\u00e9diction divine. C\u2019est beau, mais c\u2019est l\u00e9ger, la jeunesse \u00e0 treize ans.<\/p>\n<p><a title=\"Apostolische Schule von Amiens\" href=\"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\/ecole-apostolique\">3. \u00c9cole Apostolique d\u2019Amiens exil\u00e9e \u00e0 Thieu (Belgique)<\/a><\/p>\n<hr size=\"1\" \/>[1] 1853-1932.<\/p>\n<p>[2] Ludweiler.<\/p>\n<p>[3] Maria Lorson geb. Kiefer, 20.12.1872-9.2.1945.<\/p>\n<p>[4] Jakob Lorson, 7.9.1870-25.11.1941.<\/p>\n<p>[5] Anna Maria Baltus, 28.8.1827-27.10.1875, Geburtsort Differten, Wohnort Friedrichweiler; Bezug zu einem Fauquement nicht vorhanden.<\/p>\n<p>[6] Todesjahr 1862! General Michel Ordener, 1787-1862. Michel Ordener und Katharina Ordener, eine Urgro\u00dfmutter von Peter Lorson, hatten gemeinsame Ururgro\u00dfeltern. Es lag also eine sehr weitl\u00e4ufige Verwandtschaft vor. Au\u00dferdem hatte Michel Ordener selbst Nachkommen, so dass kein Erbfall vorlag.<\/p>\n<p>[7] Anton Gustav Gonder, 1864-1939. Dessen Sohn Gustav (1900-1988) ging ins Exil nach Argentinien, heiratete 1948 und hatte eine Tochter namens Catalina (geb. 1950) vh. Angel Gil.<\/p>\n<p>[8] Hauptstadt des Regierungsbezirks der Rheinprovinz.<\/p>\n<p>[9] Alfred de Musset, 1810-1857.<\/p>\n<p>[10] Michel Ney, 1769-1815.<\/p>\n<p>[11] Michel Ordener, 1755-1811.<\/p>\n<p>[12] Pierre Lorson: Niebelungen<\/p>\n<p>[13] Sigmund Freud, 1856-1939.<\/p>\n<p>[14] Pierre Lorson: Schmidt: Christoph von Schmid, 1768-1854.<\/p>\n<p>[15] Bei den sieben Schwestern von Peter Lorson handelte es sich dem Alter nach um: Katharina (1896-1949) verh. mit Peter Lorson; Magdalena (Leni) (geb. 1901) verh. mit Peter Becker; Margarethe (1902-1995) verh. mit Johann Trunzler; Agnes (1908) verh. in 1. Ehe mit Hans (Oskar) Schiffer, in 2. Ehe mit Steffen; Maria (geb. 1909) verh. mit Beck; Anna (geb. 1911) verh. mit Remark; Elisabeth (geb. 1916) verh. mit Alfons M\u00fcller.<\/p>\n<p>[16] Peter Kiefer.<\/p>\n<p>[17] Johanna Lorson.<\/p>\n<p>[18] Katharina Lorson, 01.02.1896-02.02.1949.<\/p>\n<p>[19] Von Pierre Lorson gestrichen: Rudyard; Rudyard Kipling, 1865-1936.<\/p>\n<p>[20] Henri Bergson, 1859-1941.<\/p>\n<p>[21] Wilhelm Kiefer, 1855-1935.<\/p>\n<p>[22] 1929.<\/p>\n<p>[23] Christel Hess geb. Weis (geb. 1941), Tochter von Gertrud Lorson und Karl Weis; Gertrud Lorson (geb. 1919) wiederum ist die Tochter von Katharina Lorson geb. Lorson, des \u00e4ltesten Kindes aus der Ehe Jakob Lorson und Maria Kiefer bzw. der \u00e4lteren Schwester von Peter Lorson.<\/p>\n<p>[24] Todestag 25.11.1941. Dass Peter 1943 vom Tod des Vaters wusste, zeigt, dass er in brieflichem Kontakt mit dem Elternhaus stand. Die Kommunikation lief in schwierigeren Zeiten (z.B. der Evakuierung) \u00fcber den Differter Pfarrer. Nikolaus Gubernator (1889-1940) war bei Ausbruch des Krieges zust\u00e4ndig, ihm folgte Josef Ponstein (1899-1944). Als Pfarrverwalter fungierte Pater Paul Foegen vom Mai 1944 bis zum 07. M\u00e4rz 1945.<\/p>\n<p>[25] 1865-1933.<\/p>\n<p>[26] Fran\u00e7ois Ren\u00e9 de Chateubriand, 1768-1848.<\/p>\n<p>[27] Erschienen 1804.<\/p>\n<p>[28] Johann Meiers, 1854-1923.<\/p>\n<p>[29] Thieu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>2. Enfance sarroise &lt;3&gt; Chapitre I Enfance sarroise Je suis n\u00e9 \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier dans un village sarrois situ\u00e9 \u00e0 la lisi\u00e8re de cette for\u00eat du Warndt que Ren\u00e9 Bazin[1] a si heureusement d\u00e9crite dans son \u00abBaltus le Lorrain\u00bb et que nos soldats, en septembre 1940 ont conquise en grande partie pour [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":220,"menu_order":2,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-247","page","type-page","status-publish","hentry"],"aioseo_notices":[],"aioseo_head":"\n\t\t<!-- All in One SEO 5.0.3 - aioseo.com -->\n\t<meta name=\"description\" content=\"Je suis n\u00e9 \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier dans un village sarrois situ\u00e9 \u00e0 la lisi\u00e8re de cette for\u00eat du Warndt.\" \/>\n\t<meta name=\"robots\" content=\"max-image-preview:large\" \/>\n\t<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\/enfance-sarroise\" \/>\n\t\t<meta name=\"generator\" content=\"All in One SEO (AIOSEO) 5.0.3\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:locale\" content=\"de_DE\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:site_name\" content=\"Peter Burg Werke -\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n\t\t<meta property=\"og:title\" content=\"Enfance sarroise - 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