{"id":241,"date":"2011-03-25T07:35:39","date_gmt":"2011-03-25T06:35:39","guid":{"rendered":"http:\/\/peter-burg.de\/?page_id=241"},"modified":"2015-05-17T13:31:24","modified_gmt":"2015-05-17T11:31:24","slug":"ecole-apostolique","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\/ecole-apostolique","title":{"rendered":"\u00c9cole apostolique"},"content":{"rendered":"<p>3. \u00c9cole Apostolique d\u2019Amiens exil\u00e9e \u00e0 Thieu (Belgique)<\/p>\n<p>&lt;27&gt;<\/p>\n<p>Chapitre II<\/p>\n<p>Apostolique<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cole o\u00f9 j\u2019allais faire mes \u00e9tudes secondaires\u00a0 a connu r\u00e9cemment les honneurs de la publicit\u00e9. Deux de ses anciens \u00e9l\u00e8ves qui ne pers\u00e9v\u00e9r\u00e8rent pas dans leur vocation sacerdotale mais lui rest\u00e8rent reconnaissants l\u2019un et l\u2019autre, la lui firent d&#8217;une mani\u00e8re in\u00e9galement heureuse. Le premier est M. Andr\u00e9 Billy[1], nagu\u00e8re candidat malheureux \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Goncourt[2]. Il est l&#8217;auteur d&#8217;un certain\u00a0 nombre de romans soi-disant historiques, o\u00f9 la fantaisie occupe beaucoup plus de place que l&#8217;histoire. Son malheur me para\u00eet \u00eatre qu&#8217;il vit de sa plume, ce qui est une condition lamentable pour \u00e9crire et qui devrait dispara\u00eetre de nos m\u0153urs. Elle pousse naturellement \u00e0 faire fl\u00e8che de tout bois et fait transformer les incidents les plus innocents ou ceux qui devraient rester dans l\u2019ombre des archives ou des c\u0153urs en mati\u00e8re romanesque. On sait que dans \u00ab\u00a0Introibo\u00a0\u00bb[3] M. Billy a romanc\u00e9 de la sorte la lamentable \u00e9pisode de l&#8217;\u00e9piscopat de Mgr. Le Nordez[4] \u00e0 Dijon. C\u2019est fort d\u00e9plaisant. Ayant eu moi-m\u00eame entre les mains tout le dossier de cette triste affaire, je puis affirmer que son interpr\u00e9tation est souvent inexacte.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;\u00abApprobaniste\u00bb[5], qui fit sensation il y a quelques ann\u00e9es, et qui est, sans le vouloir peut-\u00eatre, de la m\u00eame veine que l&#8217;\u00abEmpreinte\u00bb[6] d\u2019Edouard Estauni\u00e9[7], l&#8217;auteur \u00e9voque les quelques ann\u00e9es qu&#8217;il passa \u00e0 l\u2019\u00e9cole apostolique tenue par les P\u00e8res J\u00e9suites de la province de Champagne[8], et qui \u00e9tait accol\u00e9e alors au Coll\u00e8ge de la Providence \u00e0 Amiens. Son livre est roman plus qu&#8217;histoire. Il blesse au c\u0153ur certains P\u00e8res, dont leur ancien \u00e9l\u00e8ve \u2013 ingrat \u00e0 leurs yeux \u2013 tra\u00e7ait la silhouette par trop caricaturale. Je sais que l\u2019auteur fut \u00e9tonn\u00e9 et pein\u00e9 par cet effet produit par son \u0153uvre. Sa d\u00e9formation professionnelle d\u2019homme de lettre lui a fait perdre la notion et surtout le sens de certaines d\u00e9licatesses. Ceux qui l\u2019ont connu \u00e0 l\u2019\u00e9cole r\u00e9cusent du reste son t\u00e9moignage. Il y a pass\u00e9 trop peu de temps, a v\u00e9cu en infirmerie plus qu&#8217;en classe, \u00e0 la chapelle ou en cours de\u00a0 r\u00e9cr\u00e9ation. Il n&#8217;a donc pas \u00e9t\u00e9 saisi par la v\u00e9ritable &lt;28&gt; ambiance de la maison, n&#8217;a pas particip\u00e9 \u00e0 son \u00e9lan spirituel et missionnaire, n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9 profond\u00e9ment par elle. Mais surtout l\u2019optique du romancier et la distance lui ont fait d\u00e9former incidents, atmosph\u00e8re, personnages. Malgr\u00e9 cela, qui sait faire le part des choses trouvera dans ce livre \u00e2prement discut\u00e9 un bel hommage rendu \u00e0 une \u00e9cole qui n&#8217;a pas fait que des missionnaires de la brousse mais encore des humanistes.<\/p>\n<p>M. Pierre Messiaen[9] est peut-\u00eatre le meilleur connaisseur de Shakespeare que nous ayons en France. Il vient de publier une traduction des com\u00e9dies et des trag\u00e9dies du Grand Anglais, qui allie la science et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance et \u00e0 la po\u00e9sie. Lui aussi est ancien \u00e9l\u00e8ve de notre \u00e9cole apostolique. Il a r\u00e9cemment publi\u00e9 dans Construire ses souvenirs sur ses anciens ma\u00eetres[10] qui furent en partie les m\u00eames que ceux de M. Billy. Son ton \u00e0 lui est beaucoup plus juste, si son style est aussi fin et aussi savoureux. Rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 l&#8217;id\u00e9al religieux de son enfance il a naturellement plus d&#8217;antennes pour les r\u00e9alit\u00e9s spirituelles. Je souhaite vivement qu&#8217;il recueille bient\u00f4t en volume ces m\u00e9moires.<\/p>\n<p>Il est une autre gloire de l\u2019\u00e9cole apostolique d\u2019Amiens, gloire mondiale celle-l\u00e0 qui va en grandissant tous les ans. C\u2019est celle du P\u00e8re Jon Svensson[11], le prestigieux conteur islandais, le cr\u00e9ateur inoubliable de Nouni et de Manni, celui que Paul Bourget[12] consid\u00e9rait comme le conteur le plus miraculeux de notre temps. En effet, ses livres d&#8217;aventures, traduits dans toutes les langues, sont palpitants en m\u00eame temps qu&#8217;\u00e9ducateurs et tonifiants au supr\u00eame degr\u00e9. N\u2019est-ce pas lui qui il y a quelques ann\u00e9es, en d\u00e9barquent dans son \u00eele apr\u00e8s vingt ans d\u2019absence, se vit pr\u00e9senter une belle jeune fille par son p\u00e8re qui ajoutait qu&#8217;elle devait la vie \u00e0 l\u2019\u00e9crivain. Celui-ci ne comprenant pas, apprit avec plaisir que condamn\u00e9e par les m\u00e9decins, mourant de consomption et d&#8217;in\u00e9die, cette enfant avait \u00e9t\u00e9 rattach\u00e9e \u00e0 la vie par la lecture de Nouni et &lt;29&gt; Manni, qui l\u2019enthousiasma tellement qu&#8217;elle voulut conna\u00eetre la suite et fut bien contrainte de s\u2019alimenter pour cela.<\/p>\n<p>Le P. Svensson, J\u00e9suite appartenant \u00e0 la province allemande dont d\u00e9pendent les missions scandinaves, a fait ses \u00e9tudes secondaires \u00e0 l\u2019\u00e9cole apostolique d&#8217;Amiens avec son d\u00e9licieux fr\u00e8re Manni, mort jeune. Arriv\u00e9 l\u00e0-bas comme protestant, il devint catholique avant la fin de ses \u00e9tudes et voulut naturellement \u00eatre missionnaire dans les pays du Nord. Il parle \u00e0 la perfection toutes les langues d&#8217;Europe, \u00e9crit plus volontiers en allemand, mais a une pr\u00e9dilection pour le fran\u00e7ais qu&#8217;il manie tr\u00e8s bien et dans lequel il nous a racont\u00e9 plus d\u2019une fois des histoires qu&#8217;il tirait,\u00a0 \u00e0 notre choix, du sac blanc, du sac noir et du sac rouge. Les premi\u00e8res, on l&#8217;a devin\u00e9, \u00e9tait dr\u00f4latiques, les secondes lugubres, les troisi\u00e8mes sanglantes. Ce sont ces derni\u00e8res qui avaient nos pr\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n<p>Le P. Svensson a \u00e9crit d\u00e9j\u00e0 en allemand le fragment de ses m\u00e9moires \u00e9voquant son passage \u00e0 Amiens. Les pages, \u00e0 ma connaissance, n&#8217;ont pas encore \u00e9t\u00e9 traduites en fran\u00e7ais. Elles sont pleines d&#8217;admiration, de reconnaissance, de d\u00e9f\u00e9rence pour une \u00e9cole qui lui a fait trouver d&#8217;aussi grandes choses que la France, la foi catholique, la vocation religieuse.<\/p>\n<p>On le voit, l\u2019\u00e9cole o\u00f9 j\u2019allais entrer, avait sa gloire, moins \u00e9clatante peut-\u00eatre que celle du coll\u00e8ge d\u2019Eton, o\u00f9 tous les grands Anglais ont fait leurs humanit\u00e9s, ou que la Rue des Postes, p\u00e9pini\u00e8re de g\u00e9n\u00e9raux et de mar\u00e9chaux. Du reste les trois \u00e9crivains que j&#8217;ai mentionn\u00e9s ne sont pas les seules ni m\u00eame les plus solides illustrations de la maison dont je parle. Un certain nombre d&#8217;\u00e9v\u00eaques missionnaires, des g\u00e9n\u00e9raux d\u2019ordre, des ex\u00e9g\u00e8tes, des historiens, des th\u00e9ologiens, des pr\u00e9dicateurs en vogue, des missionnaires prestigieux en sont \u00e9galement issus, t\u00e9moignant de sa remarquable f\u00e9condit\u00e9. Si elle n&#8217;est pas plus connue, c&#8217;est qu&#8217;elle fait profession d&#8217;humilit\u00e9 et de modestie, beaucoup trop \u00e0 mon gr\u00e9.<\/p>\n<p>Avant de narrer mes aventures intellectuelles et spirituelles dans &lt;30&gt; mon nouveau milieu, je dirai bri\u00e8vement,\u00a0 appuy\u00e9\u00a0 sur\u00a0 mon\u00a0 exp\u00e9rience personnelle, quelle est l\u2019originalit\u00e9, l\u2019idiosyncrasie de cette maison qui me para\u00eet ne ressembler \u00e0 aucune autre. Notons qu&#8217;il y en a quatre du m\u00eame type en France, dans chacune des provinces de la Compagnie de J\u00e9sus[13]. Fond\u00e9es il y a un si\u00e8cle environ par le P. de Foresta[14] \u00e0 Avignon, elles n\u2019ont pas toujours gard\u00e9 la m\u00eame vitalit\u00e9. Celle qui m\u2019a \u00e9lev\u00e9 \u00e9tait sans conteste, il y a trente ans, la plus vivante. Il est vrai qu&#8217;en parlant d\u2019elle, je dois faire le part\u00a0 de cette transfiguration que l\u2019amour fait subir aux choses. L\u2019amour aveugle, selon certains. N\u2019est-il pas plus vrai de dire qu&#8217;il fait d\u00e9couvrir, qu&#8217;il donne des yeux nouveaux pour voir des r\u00e9alit\u00e9s cach\u00e9es. Ex igne, lux. C\u2019est le feu de l\u2019amour qui par sa chaleur donne la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Nous\u00a0 appelions\u00a0 volontiers m\u00e8re notre \u00e9cole et la chantions comme telle. C\u2019est d\u2019ailleurs traditionnel dans le Quartier Latin. L\u2019Alma Mater est partout synonyme d\u2019universit\u00e9. Eh bien! en scrutant \u00e0 distance le visage de cette m\u00e8re aim\u00e9e je d\u00e9couvre comme premier trait de sa physionomie morale l\u2019universalit\u00e9. Dans le recrutement d\u2019abord. Nous \u00e9tions une centaine d\u2019enfants de mon temps. Il y avait surtout des Alsaciens, esp\u00e8ce bruyante qui donnait le ton, des Lorrains, des gas du Nord et de Champagne, mais aussi des Suisses, des Luxembourgeois, des Sarrois, m\u00eame quelques Rh\u00e9nans. Cela faisait une ambiance\u00a0 bariol\u00e9e,\u00a0 \u00e9largissante\u00a0 et\u00a0 pittoresque.\u00a0 Mais il y avait une autre sorte d\u2019universalit\u00e9, plus rare et plus admir\u00e9e. C\u2019est que ces enfants n\u2019\u00e9taient nullement r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l\u2019ordre dont faisaient partie leurs ma\u00eetres, mais pouvaient choisir librement la congr\u00e9gation o\u00f9 ils voulaient entrer, pourvu qu&#8217;elle envoy\u00e2t des sujets aux missions. Et cette libert\u00e9 n\u2019est pas un vain mot. Parmi mes anciens condisciples il y a des Dominicains, des Trappistes, des R\u00e9demptoristes, des Oblats, des Franciscains et des Capucins.\u00a0 Il y a peu d\u2019ordres ou de congr\u00e9gations qui n\u2019aient pas re\u00e7u l\u2019une ou l\u2019autre plante de cette p\u00e9pini\u00e8re. L\u2019\u00e9cole \u00e9tait ouverte \u00e0 tous les missionnaires qui passaient dans les environs et dont les &lt;31&gt; conf\u00e9rences tr\u00e8s nombreuses sont un des \u00e9l\u00e9ments essentiels de la formation. Les bons P\u00e8res, naturellement, se pr\u00e9occupaient tous de la rel\u00e8ve et du recrutement de leur congr\u00e9gation. Il y en a qui pour attirer notre jeunesse enthousiaste\u00a0 employaient\u00a0 des\u00a0 moyens\u00a0 qui\u00a0 s\u2019apparentaient\u00a0 \u00e0 ceux de L\u2019illustre Gaudissart[15], l\u2019\u00e9tourdissant commis-voyageur de Balzac[16].<\/p>\n<p>Mais comme nous n\u2019\u00e9tions pas du midi, ces m\u00e9thodes produisaient plut\u00f4t le contraire du r\u00e9sultat escompt\u00e9. Tel missionnaire r\u00e9ussissait cependant \u00e0 cr\u00e9er un courant en faveur de son champ d\u2019apostolat et de son association religieuse. Comme les courants telluriques, ceux-ci changeaient, souvent sans cause assignable, et favorisaient tant\u00f4t l\u2019Afrique, tant\u00f4t la Chine, tant\u00f4t le Madur\u00e9. Il reste qu&#8217;il y avait libert\u00e9 r\u00e9elle dans l\u2019orientation. Les ma\u00eetres \u00e9clairaient parfois cette jeune libert\u00e9. Jamais ils ne pesaient r\u00e9ellement sur elle. L&#8217;auteur de l\u2019Empreinte resterait sans doute sceptique devant cette affirmation. Elle correspond cependant \u00e0 la stricte v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que cette double universalit\u00e9, dont l\u2019influence \u00e9tait quotidienne, produisait naturellement dans nos esprits et dans nos c\u0153urs cette mentalit\u00e9 catholique, qui naquit le jour de la Pentec\u00f4te et qui est la note principale de l\u2019Eglise.<\/p>\n<p>Comme second trait du visage de mon \u00e9cole je d\u00e9couvre son humanisme. Aujourd&#8217;hui dans nos coll\u00e8ges et nos lyc\u00e9es on fait de l\u2019encyclop\u00e9disme. On apprend aux enfants les rudiments de toutes les sciences, on ne forme ni leur esprit, ni leur go\u00fbt, ni leur c\u0153ur. Hant\u00e9s avec leur famille par le baccalaur\u00e9at, ces pauvres enfants sont bien contraints \u00e0 ne faire usage que du muscle de la m\u00e9moire, dont ils jouent sup\u00e9rieurement, avec le copiage, pour r\u00e9ussir aux examens. Sans rien faire passer dans leur chair et leur sang, ils gardent suffisamment de mots, de dates et de notes dans leur estomac blas\u00e9 pour en d\u00e9gorger le jour du bachot la quantit\u00e9 exig\u00e9e. Aucune harmonie, aucune profondeur, aucune joie dans cette enseignement, o\u00f9 r\u00e8gne irr\u00e9m\u00e9diablent la mati\u00e8re au lieu de l\u2019esprit. J\u2019y reviendrai, car moi aussi \u2013 h\u00e9las!, j\u2019ai fait des bacheliers.[17]<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9cole apostolique, on renonce joyeusement au baccalaur\u00e9at. &lt;32&gt; On pense que dans la brousse africaine ou les glaces polaires le missionnaire se passe ais\u00e9ment du parchemin. Mais on ne fait pas pour autant des \u00e9tudes classiques au rabais. C\u2019est le contraire qui est vrai. Les ma\u00eetres, form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole du Ratio Studiorum, y ont la chance unique de pouvoir l\u2019appliquer librement, longuement. Ils ne s\u2019en privent pas. La pr\u00e9lection latine et grecque faite avec amour, science et finesse, les concertations et les sabbatines, l\u2019\u00e9mulation \u00e0 haute dose avec des combats \u00e0 mort sanglants, les vers latins et les discours latins, le th\u00e9\u00e2tre si formateur, toutes ces vieilles m\u00e9thodes sont employ\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole apostolique. Le r\u00e9sultat? C\u2019est que les \u00e9l\u00e8ves savent vraiment du latin et du grec et du fran\u00e7ais et que la fr\u00e9quentation assidue et aim\u00e9e \u2013 versate diu, versate noctu \u2013 des meilleurs textes \u00e9crits dans ces langues d\u00e9veloppent en eux la logique, la clart\u00e9, l\u2019\u00e9l\u00e9gance, mais aussi la vigueur, le go\u00fbt, la profondeur. Nagu\u00e8re le P. Doncoeur[18], impressionn\u00e9 lui aussi par les m\u00e9faits du baccalaur\u00e9at, proposait de fonder un coll\u00e8ge, d\u2019o\u00f9 il serait proscrit, o\u00f9 l\u2019on ferait de l\u2019humanisme sans plus, quitte \u00e0 trouver aux \u00e9l\u00e8ves ainsi form\u00e9s des places dans la vie correspondant \u00e0 leur valeur sans n\u00e9cessiter le parchemin. Le coll\u00e8ge existe et j\u2019atteste, sans pouvoir le prouver ici, qu&#8217;il produit les fruits escompt\u00e9s.<\/p>\n<p>Langues vivantes, sciences exactes, sans \u00eatre n\u00e9glig\u00e9es absolument, obtiennent la portion congrue. Cela para\u00eet regrettable \u00e0 premi\u00e8re vue, le missionnaire devant souvent se doubler d\u2019un linguiste, d\u2019un architecte. On refuse d\u2019envisager \u00e0 l\u2019\u00e9cole cet aspect pragmatique des choses. On veut former des hommes capables d\u2019apprendre et d\u2019agir plut\u00f4t que des encyclop\u00e9distes. L\u2019exp\u00e9rience montre qu&#8217;on a raison. Ces jeunes gens, nourris de moelle de lion, ont vite fait quand c\u2019est n\u00e9cessaire, d\u2019acqu\u00e9rir les connaissances positives dont ils ont besoin. Leurs fortes \u00e9tudes classiques les pr\u00e9parent admirablement aux sciences sacr\u00e9es, dans lesquels plusieurs sont devenus \u00e9minents. Elles d\u00e9veloppent en eux un \u00e9quilibre sup\u00e9rieur, un r\u00e9alisme spirituel, un sens des id\u00e9es et de la forme &lt;33&gt; qui rendent les plus grands services dans la vie. N\u2019est-ce pas l\u00e0 le v\u00e9ritable humanisme?<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me trait caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e9cole apostolique est sa mystique missionnaire. Dans une mystique, il y a du rationnel et de l&#8217;irrationnel, une vue de l\u2019esprit et un \u00e9lan du c\u0153ur. Il y a un id\u00e9al con\u00e7u avec plus ou moins de clart\u00e9, consid\u00e9r\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sous ses aspects vastes, panoramiques, exaltants. Il y a un dynamisme aussi puissant que celui de la passion, fruit de l\u2019habitude, mais plus libre dans son itin\u00e9raire vers le but aim\u00e9. Ce \u00e9lan, accompagn\u00e9 de l\u2019enthousiasme ou de l\u2019amour qui donnent des ailes, exalte le psychisme sous toutes ses formes et lui fait rendre son maximum. On sait que l&#8217;une des acquisitions de\u00a0 la\u00a0 psychologie diff\u00e9rentielle d\u2019Adler[19] et de son \u00e9cole est d\u2019avoir montr\u00e9 que l\u2019intensit\u00e9 des actions produites sous l\u2019influence d\u2019une mystique est mille fois plus grande que la r\u00e9p\u00e9tition des actes destin\u00e9es \u00e0 la cr\u00e9er. La m\u00eame \u00e9cole a montr\u00e9 l\u2019influence de cet id\u00e9al aim\u00e9 sur le caract\u00e8re, qui proviendrait ainsi de l\u2019avenir imagin\u00e9 et aim\u00e9 plus que du pass\u00e9 m\u00eame h\u00e9r\u00e9ditaire.<\/p>\n<p>Je ne connais pas de plus bel exemple de pure mystique que celle que j\u2019ai v\u00e9cue et vu vivre \u00e0 l\u2019\u00e9cole apostolique. Nourrie par les conf\u00e9rences des missionnaires qui passaient, par les lettres des anciens qui \u00e9crivaient de la brousse, par les lectures au r\u00e9fectoire, par les exhortations des P\u00e8res dans toutes les circonstances, par le th\u00e9\u00e2tre et les autres loisirs qui avaient toujours une saveur de brousse, par nos conversations surtout qui \u00e9taient presque toujours des anticipations ultra-color\u00e9es et souvent romantiques, par la pr\u00e9dication et le cat\u00e9chisme enfin qui tendaient \u00e0 nous donner une haute id\u00e9e de l\u2019Eglise, corps du Christ, dont l\u2019incarnation par ses soins devait se prolonger et s\u2019\u00e9tendre de plus en plus, cette mystique nous exaltait au-del\u00e0 de ce qu&#8217;on peut imaginer. De fa\u00e7on pu\u00e9rile parfois. C\u2019est ainsi que personnellement j\u2019avais \u00e9crit en grosses lettres sur mon chapeau de faille: Vive la Chine, pour crier \u00e0 tous mes pr\u00e9f\u00e9rences. \u2013 De mani\u00e8re profonde plus souvent. J\u2019ai vu des vocations tardives donner dans cette &lt;34&gt; ambiance des r\u00e9sultats surprenants au point de vue intellectuel et moral. Je vois d\u2019ici un de mes condisciples mort r\u00e9cemment sup\u00e9rieur d\u2019un important district missionnaire en Chine. Il avait plus de trente ans et de grandes moustaches quand il vint au milieu de nous. Il venait de derri\u00e8re ses chevaux de labour, au sujet desquels il courait sous le manteau une histoire dont je ne me rappelle que les mots \u201ehue, cocotte\u201c, qui s\u2019adressaient en m\u00eame temps \u00e0 la b\u00eate et \u00e0 l&#8217;homme. Celui-ci, soulev\u00e9 par l\u2019id\u00e9e missionnaire, apprit assez de latin et m\u00eame de grec, pour faire plus tard une bonne th\u00e9ologie, pour devenir un missionnaire et un conducteur d\u2019hommes, apr\u00e8s l\u2019avoir \u00e9t\u00e9 de chevaux et de b\u0153ufs. Malgr\u00e9 son \u00e2ge, il avait \u00e0 l\u2019\u00e9cole une pi\u00e9t\u00e9 d\u2019enfant mais aussi un \u00e9lan endiabl\u00e9 qui lui donnait des ailes et lui faisait franchir tous les obstacles.<\/p>\n<p>J\u2019ai vu pareillement des enfants difficiles, col\u00e9riques, vindicatifs, bassement jaloux, orgueilleux ou paresseux \u00e0 leur arriv\u00e9e, dont l\u2019irr\u00e9sistible mystique missionnaire peu \u00e0 peu arrondissait les angles, corrigeait les d\u00e9fauts, d\u00e9veloppait les bons germes latents.<\/p>\n<p>Il va sans dire que dans ces r\u00e9sultats, la gr\u00e2ce de Dieu, obtenue par la pri\u00e8re et la r\u00e9ception des sacrements et le combat spirituel joua un plus grand r\u00f4le que la mystique que j\u2019analyse. Mais les cheminements de la gr\u00e2ce, qui est surnaturelle et que nous n\u2019avons pas d\u2019instruments optiques pour saisir en elle-m\u00eame, nous \u00e9chappent. Dans le domaine psychologique, dont nous pouvons parler, c\u2019est bien l\u2019enthousiasme missionnaire qui a \u00e9t\u00e9 le plus merveilleux stimulant, faisant presque des miracles et v\u00e9rifiant une fois de plus le mot de l\u2019Ecriture: Exultatio juvenum fortitudo eorum est. La force de la jeunesse, c\u2019est son emballement.<\/p>\n<p>La p\u00e9dagogie familiale est le dernier trait de la physionomie de mon Alma Mater. Les P\u00e8res J\u00e9suites ont la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre des \u00e9ducateurs rigides, exigeants, donnant plus \u00e0 &lt;35&gt; l&#8217;autorit\u00e9 qu&#8217;\u00e0 la libert\u00e9, tirant du dogme du p\u00e9ch\u00e9 originel plus de m\u00e9fiance que de confiance dans la nature humaine de leurs \u00e9l\u00e8ves, faisant marcher ceux-ci presqu&#8217;au pas de parade dans les lisi\u00e8res du sacr\u00e9 r\u00e8glement, et pour leur donner \u00e0 tout instant le b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019ob\u00e9issance, leur imposant des surveillants qui ne les l\u00e2chent ni de jour ni de nuit. Qu&#8217;on se reporte \u00e0 l\u2019Empreinte et \u00e0 d\u2019autres pamphlets qui ont tous fait leur chemin et empoisonn\u00e9 les esprits.<\/p>\n<p>Eh bien, nous autres, nous n\u2019avions pas de surveillants du tout, nulle part, qu&#8217;on l\u2019entende bien,\u00a0 ni en \u00e9tude o\u00f9 l\u2019on peut se passer les r\u00e9sultats des probl\u00e8mes, ni en classe le jour des compositions o\u00f9 l\u2019on est tent\u00e9 de copier, ni au dortoir o\u00f9 l\u2019on peut faire, parait-il, les pires sottises, ni en cours de r\u00e9cr\u00e9ation o\u00f9 cependant le caract\u00e8re se r\u00e9v\u00e8le dans toute sa nudit\u00e9, parfois hideuse, ni en promenade, o\u00f9 l\u2019on peut mettre \u00e0 mal les cerisiers et les pommiers du voisin, ni, bien entendu, \u00e0 la chapelle, o\u00f9 l\u2019on peut, comme Renan[20], lire un roman au lieu du paroissien. Pendant cinquante ans l\u2019\u00e9cole a prosp\u00e9r\u00e9 intellectuellement, moralement, spirituellement, sans surveillant.<\/p>\n<p>Il y avait cependant de l\u2019ordre. Pour le faciliter, deux \u00e9l\u00e8ves, choisis pour leur bon sens, leur bon esprit, la sympathie qu&#8217;ils inspiraient, si possible leur prestige intellectuel et spirituel, deux \u00e9l\u00e8ves, dis-je, \u00e9taient r\u00e9glementaires. Ils sonnaient le d\u00e9but et la fin des exercices, ils conduisaient, disaient la pri\u00e8re, t\u00e2chaient de donner le ton. Pratiquement, ils jouaient le r\u00f4le de surveillants, un peu. Mais ils \u00e9taient des n\u00f4tres. Sans les choisir, nous les faisions choisir.<\/p>\n<p>J\u2019ajoute qu&#8217;ils \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement respect\u00e9s et aim\u00e9s comme des fr\u00e8res a\u00een\u00e9s. Car l&#8217;\u00e9cole \u00e9tait une famille. Sup\u00e9rieur, professeurs, directeurs spirituels avaient avec nous cette familiarit\u00e9 simple, cette affabilit\u00e9 ais\u00e9e et naturelle, cette ironie douce que les parents ont vis-\u00e0-vis de leurs enfants. Tout ce qui se passait \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e9tait connu et comment\u00e9 comme dans le cercle familial. Nous \u00e9tions fiers des meilleurs d\u2019entre nous et gentils pour les moins dou\u00e9s. Evidemment, il n\u2019y avait gu\u00e8re parmi nous de ces pauvres enfants &lt;36&gt; sans la moindre vocation intellectuelle et qui, de par la volont\u00e9 de leurs parents qui ne veulent pas d\u00e9choir, tiennent farouchement la queue de la classe. Mais enfin il y avait cinq, trois, un talent chez nous comme ailleurs et dans les classes l\u2019\u00e9mulation battait son plein pour les d\u00e9velopper. Cependant je n\u2019ai pas souvenir de ces rivalit\u00e9s dures, presque haineuses, que j\u2019ai vues plus tard dans les coll\u00e8ges et qui venaient de ce que les \u00e9l\u00e8ves \u00e9taient juxtapos\u00e9s plut\u00f4t que fondus. Nous autres, nous \u00e9tions des fr\u00e8res, nous embrassant comme tels quand nous partions en vacances ou en revenions, une fois par an, en automne. Cette atmosph\u00e8re familiale \u00e9tait n\u00e9cessaire, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nos parents \u00e9taient loin et que nous ne les retrouvions qu&#8217;une fois par an. Elle assurait la formation du c\u0153ur de la sensibilit\u00e9, si n\u00e9cessaire au futur pr\u00eatre.<\/p>\n<p>Cette m\u00e9thode de libert\u00e9 et de bont\u00e9 avait-elle ses inconv\u00e9nients? En abusions-nous? Nous amollissions-nous? Avions-nous besoin d\u2019\u00eatre davantage repris et redress\u00e9s en pleine action par quelqu&#8217;un, investi d\u2019une plus haute autorit\u00e9? Franchement, je ne le crois pas et les cinquante promotions d\u2019apostoliques qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s ne le pensent pas non plus. N\u00e9anmoins, en l\u2019ann\u00e9e 1913, un recteur qui avait fait toute sa carri\u00e8re dans les coll\u00e8ges, qui ne jurait que par ceux et se trouvait \u00eatre un peu scl\u00e9ros\u00e9,[21] trouva bon de nous donner un surveillant. Oh! il n\u2019\u00e9tait pas partout avec nous. Il faisait aussi des classes. Mais enfin il \u00e9tait l\u00e0 pour nous contr\u00f4ler. Par-dessus le march\u00e9, il portait le nom malencontreux de \u201eCommandant\u201c[22]. On avait tout de suite envie de claquer les talons en l\u2019abordant. C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs un excellent homme. Nous lui f\u00eemes la vie un peu dure, ce que nous regrettons d\u2019autant plus aujourd&#8217;hui qu&#8217;il est mort h\u00e9ro\u00efquement, \u00e0 Longpont, non loin de l\u2019endroit o\u00f9 j\u2019\u00e9tais moi-m\u00eame au moment de sa mort.<\/p>\n<p>Je lui gardais assez longtemps une dent sp\u00e9ciale, parce que la plus mauvaise note que j\u2019ai eue au cours de mes \u00e9tudes, un e<sub>i<\/sub>, et qui f\u00fbt comment\u00e9e s\u00e8chement par le P. Recteur devant\u00a0 tous mes camarades, c\u2019est lui qui me l\u2019avait donn\u00e9e. Et pourquoi, &lt;37&gt; grands dieux? Je vous le donne en mille, en dix-mille. Eh bien, pour avoir lu Virgile, le doux Virgile, auteur classique par excellence, mod\u00e8le de latinit\u00e9, de pi\u00e9t\u00e9, de suavit\u00e9. \u2013 Seulement, seulement je l\u2019avais lu la nuit, toute une nuit et pour ne pas g\u00eaner mes camarades au dortoir, je m\u2019\u00e9tais r\u00e9fugi\u00e9, non pas dans quelque bosquet \u00e9clair\u00e9 par la lune, pas m\u00eame dans un pavillon du jardin, mais en un lieu secret qui, s&#8217;il peut \u00e0 la rigueur faire penser \u00e0 telle page des G\u00e9orgiques, n&#8217;est \u00e9videmment pas un salon de lecture. Que voulez-vous, la passion de la po\u00e9sie n&#8217;a cure ni du temps ni des lieux. Je dois avouer que ce n&#8217;\u00e9tait pas la pure passion po\u00e9tique qui m&#8217;avait conduit l\u00e0, mais aussi l&#8217;ambition. Faisant partie de l&#8217;Acad\u00e9mie d&#8217;humanit\u00e9s et devant pr\u00e9senter un livre de Virgile \u00e0 l&#8217;examen, ce qui nous donnait des points en plus, je voulais briller au lieu de \u00ab\u00a0s\u00e9cher\u00a0\u00bb. Je crois bien me souvenir que dans cette nuit m\u00e9morable je m&#8217;\u00e9tais servi d&#8217;une traduction de Panckouke[23]. Je sens bien que cet aveu diminue la valeur de mon exploit, mais il faut \u00eatre sinc\u00e8re avant tout. Je puis ajouter cependant \u00e0 mon actif, que dans le m\u00eame&#8230; cabinet de lecture, j&#8217;avais d\u00e9vor\u00e9 une \u00e0 une toutes les trag\u00e9dies et les com\u00e9dies de Shakespeare, dans une traduction d\u00e9nich\u00e9e par moi \u00e0 la grande biblioth\u00e8que et qui ne valait pas celle de mon condisciple P. Messiaen. Pour pousser la franchise jusqu&#8217;au bout j&#8217;ajouterai qu&#8217;un professeur avait apostill\u00e9 certaines pages de cette traduction. Il avait mis \u00ab\u00a0passer\u00a0\u00bb aux plus lestes d&#8217;entre elles, confiant que les lecteurs sages et purs sur lesquels il comptait suivraient h\u00e9ro\u00efquement son conseil. Je le fis en gros, mais succombais plusieurs fois \u00e0 la tentation de lire aussi ces pages, de go\u00fbter \u00e0 ces fruits d\u00e9fendus, plus capiteux que les autres. J&#8217;en eus dans la suite un amer regret.<\/p>\n<p>En tout cas le P\u00e8re Commandant &lt;= Capitaine, PB&gt;, qui m&#8217;avait guett\u00e9 toute la nuit virgilienne, me pin\u00e7a, me d\u00e9non\u00e7a et me fit punir.<\/p>\n<p>Ce fait prouve-t-il la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un surveillant \u00e0 l&#8217;\u00e9cole apostolique? Je ne le crois pas \u2013 je fr\u00e9mis aujourd\u2019hui \u00e0 la &lt;38&gt; pens\u00e9e des id\u00e9es naus\u00e9abondes que ce pauvre surveillant avait dans l&#8217;esprit \u00e0 mon sujet et qui lui devaient peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9es par son exp\u00e9rience dans d&#8217;autres pensionnats. En v\u00e9rit\u00e9, nous \u00e9tions loin de tout cela. J&#8217;affirme que nous \u00e9tions purs et pendant les quatre ans que je passai \u00e0 l&#8217;\u00e9cole apostolique, jamais, \u00e0 ma connaissance, il n&#8217;y a eu de scandale ni de renvoi pour m\u0153urs. On nous mettait bien en garde contre certaines sympathies trop vives qu&#8217;on appelait amiti\u00e9s particuli\u00e8res. J&#8217;en ai \u00e9prouv\u00e9 comme d&#8217;autres, sans comprendre alors la mani\u00e8re tragique dont les directeurs spirituels en parlaient. Il m&#8217;a fallu de longues ann\u00e9es avant de comprendre, sans Freud[24] ni Gide[25], la signification partiellement physiologique de ces attraits juv\u00e9niles. Nous \u00e9tions na\u00effs sans doute, mais nous \u00e9tions purs.<\/p>\n<p>Cet essai d&#8217;un surveillant ne dura pas. On trouva une autre solution, en nommant \u00e0 cot\u00e9 du P. Recteur un pr\u00e9fet de discipline qui se m\u00eala davantage aux \u00e9l\u00e8ves, sans \u00eatre pour cela toujours avec eux. La solution parait heureuse.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 l&#8217;\u00e9cole o\u00f9 je fis mes \u00e9tudes secondaires. En me relisant, je trouve que j&#8217;ai pris le ton du pan\u00e9gyriste et que d\u00e9cid\u00e9ment l&#8217;amour m&#8217;a\u00a0 aveugl\u00e9 un peu. En fait, non, ce que je viens d&#8217;\u00e9crire est la stricte v\u00e9rit\u00e9. L&#8217;\u00e9cole de mon temps \u00e9tait bien ce que j&#8217;ai dit. \u2013 Tous, bien entendu, n&#8217;en ont pas profit\u00e9 \u00e9galement. Plusieurs sont rest\u00e9s m\u00e9diocres malgr\u00e9 l&#8217;ambiance de ferveur intellectuelle et spirituelle o\u00f9 ils vivaient. Plus de la moiti\u00e9 n&#8217;ont pas pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 dans leurs desseins missionnaires. Mais il en est toujours ainsi. \u2013 Quidquid recipitur ad modum accipientibus reciputur. Chacun re\u00e7oit suivant la grandeur de son \u00e9cuelle. Mais les meilleurs ont vraiment d\u00e9velopp\u00e9 tous les germes divins et humains d\u00e9pos\u00e9s en eux \u00e0 leur naissance et leur renaissance.- Et c&#8217;\u00e9tait vraiment une splendeur. &#8211;<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>&lt;39&gt; Voil\u00e0 donc l&#8217;\u00e9cole o\u00f9 arrivait \u00e0 treize ans le petit Sarrois que j&#8217;\u00e9tais, ignorant de la langue fran\u00e7aise, ignorant des usages du monde, cousu de d\u00e9fauts assez primitifs, ayant seulement \u00e0 son actif de beaux souvenirs familiaux, une solide instruction primaire, une s\u00e9rieuse pi\u00e9t\u00e9 et un app\u00e9tit intellectuel, comme disait de lui-m\u00eame Emerson[26], \u00e0 d\u00e9vorer le syst\u00e8me stellaire tout entier. Je ne fus pas aussi d\u00e9pays\u00e9 qu&#8217;on pourrait le craindre. Les deux r\u00e9glementaires, tr\u00e8s aim\u00e9s tous les deux, \u00e9taient des Sarrois l&#8217;un et l&#8217;autre, des environs de Sarrebr\u00fcck. L&#8217;un est aujourd&#8217;hui J\u00e9suite, missionnaire des Iroquois, l&#8217;autre est R\u00e9demptoriste et forme \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9 de futurs pr\u00eatres. Avec eux je pouvais m\u00eame parler mon patois les premiers mois.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9cole \u00e9tait install\u00e9e dans un ch\u00e2teau, flanqu\u00e9e de deux fermes. Le b\u00e2timent principal avait une certaine allure du fait d&#8217;une grande coupole qui la dominait. Cette coupole couvrait une s\u00e9rie de rotondes spacieuses qui abritaient au rez-de-chauss\u00e9e, la chapelle, aux \u00e9tages les dortoirs. Les autres b\u00e2timents n&#8217;avaient rien de remarquable. Il y avait une belle cour de r\u00e9cr\u00e9ation et un jardin dont l&#8217;ornement principal \u00e9tait un c\u00e8dre majestueux, qui nous faisait r\u00eaver du Liban et sous lequel, en \u00e9t\u00e9, le P. Hector[27], le P. Paulus[28] de M. Billy, recevait les confidences de ses dirig\u00e9s, dont la voix se m\u00ealait \u00e0 celle des petits oiseaux gazouillant dans les branches de l&#8217;arbre.<\/p>\n<p>J&#8217;entrai naturellement en sixi\u00e8me, avec une quinzaine de nouveaux \u00e9l\u00e8ves, dont la moiti\u00e9 \u00e9taient des Alsatiens ou des Lorrains ne sachant pas ou peu le fran\u00e7ais. Notre professeur \u00e9tait un P\u00e8re alsacien, ancien de l&#8217;\u00e9cole, pieux, bon, d\u00e9vou\u00e9, mais dont l&#8217;accent haut-rhinois quand il parlait allemand me faisait fr\u00e9mir et me d\u00e9routait. Pendant deux mois nous ne f\u00eemes que du fran\u00e7ais. Autour de nous on ne parlait que fran\u00e7ais. A No\u00ebl nous re\u00e7\u00fbmes la d\u00e9fense absolue de parler allemand avec nos camarades.<\/p>\n<p>Et alors se produisait pour moi le fait notable que voici. J\u2019ap&lt;40&gt;pris le fran\u00e7ais comme quelqu&#8217;un qui le rapprendrait dans ses vieux jours, l\u2019ayant su dans sa jeunesse. Les th\u00e9osophes doivent expliquer par une existence ant\u00e9rieure certaines facilit\u00e9s. Je ne chercherai pas \u00e0 expliquer la mienne pour le fran\u00e7ais. L&#8217;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des qualit\u00e9s spirituelles est loin d&#8217;\u00eatre prouv\u00e9e. Il y avait presqu&#8217;un si\u00e8cle depuis que nos anc\u00eatres avaient d\u00fb troquer le fran\u00e7ais contre l&#8217;allemand. Y avait-il tout de m\u00eame dans certaines cellules du cerveau, dans lesquelles la m\u00e9moire serait plus ou moins localis\u00e9e, des dispositions somatiques vestiges d&#8217;autrefois qui accueillaient mieux et faisaient comme reconna\u00eetre le fran\u00e7ais qui n&#8217;avait \u00e9t\u00e9 connus que par mes anc\u00eatres. Je ne sais. Je livre le fait aux psychologues, qui ont aujourd&#8217;hui une tendance \u00e0 rejeter les localisations c\u00e9r\u00e9brales. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce simplement la mystique religieuse dont je vivait, mon ambition personnelle tr\u00e8s robuste qui exaltaient mes facult\u00e9s et me faisaient profiter au maximum des occasions continuelles que j&#8217;avais d&#8217;apprendre des mots et des phrases et des tournures. Le fait est que j&#8217;appris le fran\u00e7ais en me jouant, avec un tr\u00e8s grand plaisir. A la fin de cette premi\u00e8re ann\u00e9e, dans une classe compos\u00e9e en grande partie d&#8217;enfants ne connaissant que le fran\u00e7ais, j&#8217;obtins le premier prix d&#8217;orthographe. Dans la suite j&#8217;eus presque toujours celui de composition fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Je crois tout de m\u00eame qu&#8217;il faut recourir \u00e0 l&#8217;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 pour expliquer ce fait. Ce sont mes anc\u00eatres de la for\u00eat du Warndt, ceux des Ardennes, ceux des guerres napol\u00e9oniennes qui me soufflaient \u00e0 l&#8217;oreille lorsque j&#8217;\u00e9crivais ou parlais leur langue, qui m&#8217;ont laiss\u00e9 un gosier souple, capable \u00e0 la fois de prononcer les gutturales allemandes et les nasales fran\u00e7aises, qui intervenaient myst\u00e9rieusement lorsque je parlais pour emp\u00eacher ces interf\u00e9rences d\u00e9sagr\u00e9ables entre deux langues, soit &lt;41&gt; au point de vue prononciation soit au point de vue grammatical. Dans ces deux domaines la plupart des purs Allemands et aussi beaucoup d&#8217;Alsaciens achoppent toujours malgr\u00e9 leurs efforts.<\/p>\n<p>Pour en finir avec cette question de bilinguisme, je dirai que j&#8217;ai continu\u00e9 toute ma vie \u00e0 go\u00fbter \u00e9galement et profond\u00e9ment l&#8217;allemand et le fran\u00e7ais. Les deux sont entr\u00e9s dans ma chair et dans mon sang, les deux sont pour moi savoureux comme du bon pain et il me semble qu&#8217;aucune nuance ne m&#8217;en \u00e9chappe. Mais elles restent parall\u00e8les en moi. Elles ne se comp\u00e9n\u00e8trent point. Il y a \u00e0 cet \u00e9gard comme d\u00e9doublement de la personnalit\u00e9 en moi. Cela va si loin que, sans y penser le moins du monde, je roule les <span style=\"text-decoration: underline;\">r <\/span>quand je parle allemand et je grasseye quand je parle fran\u00e7ais. Cela va si loin aussi que traduire de beaux textes, vraiment riches, vraiment litt\u00e9raires, vraiment conformes au g\u00e9nie de la langue, est pour moi un supplice, parce que je sens qu&#8217;il y a des nuances, des associations, des tonalit\u00e9s qu&#8217;il est impossible de traduire. Les mots, \u00e0 cot\u00e9 de leur sens absolu, brut, ont une valeur relative, une physionomie changeant suivant leur encadrement. Ils ont aussi souvent une saveur qui leur vient de l&#8217;emploi qu&#8217;a fait d&#8217;eux tel auteur populaire, dans tel de ses livres, dont toute l&#8217;atmosph\u00e8re est \u00e9voqu\u00e9e dans l&#8217;esprit de ses compatriotes par l[P1] &#8218;emploi de ces mots. Ces nuances sont intraduisibles mais constituent la vraie valeur de suggestion, la vraie musique int\u00e9rieure d&#8217;une page de vrai fran\u00e7ais comme de vrai allemand. La philologie est impuissante \u00e0 faire conna\u00eetre et \u00e0 transposer ces nuances. Seulement les philologues et ceux qui leur ressemblent ne doutent de rien. Ils traduisent imperturablement. Mais de meilleur, le plus d\u00e9licat, le plus po\u00e9tique du texte passe \u00e0 travers &lt;42&gt; les mailles de leur filet grossier. Cela ne veut pas dire qu&#8217;il ne faut pas traduire. Les livres de science souffrent moins des traductions et la vraie litt\u00e9rature est rare. Mais je crois, appuy\u00e9 sur mon exp\u00e9rience, pouvoir \u00e9crire que plus quelqu&#8217;un conna\u00eet par l&#8217;int\u00e9rieur une langue, moins il peut se r\u00e9signer \u00e0 traduire de vrais monuments de cette langue.<\/p>\n<p>Je continuai donc, \u00e0 l&#8217;\u00e9cole apostolique, \u00e0 faire du fran\u00e7ais passionn\u00e9ment, m&#8217;enfermant pratiquement tout entier dans la civilisation et la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Pendant les vacances je retrouvais l&#8217;allemand sans le fran\u00e7ais. Je m&#8217;habituai ainsi \u00e0 habiter successivement ces deux temples ou ces deux demeures. Je ne prends pas de bibelots dans l&#8217;un pour les transporter dans l&#8217;autre. Je respecte leur style. Aujourd&#8217;hui les deux temples sont contigus en moi et je passe ais\u00e9ment de l&#8217;un dans l&#8217;autre. J&#8217;ai \u00e9crit des livres en fran\u00e7ais et des articles en allemand. Je pr\u00eache dans les deux langues avec \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame aisance, le fran\u00e7ais ayant aujourd&#8217;hui pris un peu d&#8217;avance sur l&#8217;allemand \u00e0 cause des circonstances. J&#8217;avoue na\u00efvement que les oreilles m&#8217;ont tint\u00e9 lorsqu&#8217;un cur\u00e9 un jour, apr\u00e8s m&#8217;avoir entendu en Alsace pr\u00eacher successivement en allemand et en fran\u00e7ais dans la m\u00eame chaire, me fit ce compliment: En vous entendant parler fran\u00e7ais, je vous ai pris pour un Parisien. Quand vous avez parl\u00e9 allemand je vous ai cru Berlinois.<\/p>\n<p>Qu&#8217;on veuille bien prendre ces confidences pour ce qu&#8217;elles sont, un t\u00e9moignage. Mon cas n&#8217;est pas isol\u00e9. Des centaines de mille Alsaciens et Lorrains, des millions de Suisses poss\u00e8dent aussi plusieurs langues et plusieurs civilisations. Il y a l\u00e0 une grande r\u00e9alit\u00e9, qui en France nous comprenons peu. Cette incompr\u00e9hension pour les &lt;43&gt; gens de fronti\u00e8re a fait commettre des erreurs graves \u00e0 tel de nos gouvernements. Nous y reviendrons. Je n&#8217;ai voulu ici que donner une documentation de premi\u00e8re main sur un probl\u00e8me qui a un aspect psychologique et un aspect social, voire politique.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 l&#8217;\u00e9cole apostolique, je ne fis pas seulement du fran\u00e7ais, mais l&#8217;ensemble des \u00e9tudes classiques. J\u2019exp\u00e9rimentai pour mon compte l&#8217;humanisme dont j&#8217;ai parl\u00e9 plus haut, je me livrai avec ardeur \u00e0 la mystique missionnaire, je me laissai fa\u00e7onner docilement l&#8217;esprit, le c\u0153ur, l&#8217;\u00e2me. Les ann\u00e9es que j&#8217;ai pass\u00e9es \u00e0 Bracquegnies sont parmi les plus heureuses de ma vie. A quel degr\u00e9 de ferveur religieuse nous \u00e9tions alors parvenus, des notes de retraite que j&#8217;ai de ce temps l\u00e0 me le montrent. Dans tel feuillet, jauni par le temps, je trouve r\u00e9dig\u00e9 en un style malhabile d&#8217;\u00e9l\u00e8ve de cinqui\u00e8me, apr\u00e8s un an de fran\u00e7ais, un acte d&#8217;offrande d&#8217;une singuli\u00e8re g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et une demande ardente, quelque peu t\u00e9m\u00e9raire, du martyre \u00e0 subir en mission pour la cause du Christ.<\/p>\n<p>Je n&#8217;ai rien de personnellement int\u00e9ressant \u00e0 ajouter sur les quatre ans que je passai \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. J&#8217;ai saut\u00e9 la classe de troisi\u00e8me et fus emp\u00each\u00e9 par la guerre de faire ma rh\u00e9torique. C&#8217;est un de mes plus vifs regrets d&#8217;avoir ainsi d\u00fb \u00e9courter mes \u00e9tudes classiques. Ces quatre ann\u00e9es cependant ont jet\u00e9 les bases qui m&#8217;ont permis \u00e0 moi-m\u00eame plus tard d&#8217;enseigner latin, grec, fran\u00e7ais. C&#8217;est donc qu&#8217;intellectuellement elles n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 trop mauvaises.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de parler de moi, je burinerai le portrait de quelques-uns\u00a0 des ma\u00eetres qui m&#8217;ont \u00e9lev\u00e9 et des condisciples qui ont v\u00e9cu avec moi.<\/p>\n<p>Je ne reviendrai pas sur celui qui si longtemps a incarn\u00e9 l&#8217;\u00e9cole, que M. Billy et M. Messiaen ont pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 leurs lecteurs et que j&#8217;appellerai Le P\u00e8re Hector &lt;= Hector Hopsomer, PB&gt;. Je l&#8217;ai connu plus longtemps qu&#8217;eux, car il m&#8217;a suivi, encourag\u00e9, consol\u00e9, relev\u00e9 pendant plus de vingt ans. Apr\u00e8s avoir dirig\u00e9 de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;apostoliques, il vint \u00e0 Colmar pour s&#8217;occuper des r\u00e9collections sacerdotales. Il \u00e9tait heureux en Alsace. Flamands et Alsaciens ne sont-ils pas cousins &lt;44&gt; germains? N&#8217;ont-ils pas la m\u00eame foi robuste, la m\u00eame simplicit\u00e9 solide dans l&#8217;organisation de leur vie, la m\u00eame \u00e9nergie, une langue qu&#8217;ils comprennent mutuellement, quelques gouttes de sang germaniques dans leur sang? Le P. Hector &lt;Hector Hopsomer, PB&gt;, au visage rose et \u00e0 la taille imposante, grand admirateur de Saint Thomas qu&#8217;il citait volontiers, trop volontiers, moins artiste que M. Messiaen ne le pr\u00e9tend, un peu lambin par exc\u00e8s de soin ou exc\u00e8s de pi\u00e9t\u00e9, mettant trois quarts d&#8217;heure pour dire sa messe et nous impatientant par l\u00e0, le P. Hector \u00e9tait un excellent directeur pour les \u00e9l\u00e8ves moyens. Il \u00e9tait bon sans mesure, d&#8217;une pi\u00e9t\u00e9 pleine d&#8217;onction, d&#8217;une grande exp\u00e9rience, excellent th\u00e9ologien et bon pr\u00e9dicateur. Cependant il avait plus d&#8217;esprit de g\u00e9om\u00e9trie que d&#8217;esprit de finesse. Sa psychologie \u00e9tait un peu courte et nettement insuffisante pour des temp\u00e9raments puissants, originaux ou simplement complexes. Le P. Hector dort son dernier sommeil au cimeti\u00e8re de Colmar. Il y est mort au d\u00e9but de la guerre, sans avoir connu la nouvelle d\u00e9vastation de Bailleul, sa ville natale.<\/p>\n<p>Depuis trente ans, c&#8217;est le P\u00e8re Gobert[29] qui est la figure la plus saillante \u00e0 l&#8217;\u00e9cole apostolique. Personnalit\u00e9 puissante et cependant \u00e9trangement discr\u00e8te, il enseigne la rh\u00e9torique. C&#8217;est un homme de premier plan, un animateur, un conseiller n\u00e9 et inspir\u00e9, qui me fait penser invinciblement \u00e0 Socrate, Mallarm\u00e9 ou cet extraordinaire M. Pouget[30], dont Jean Guitton[31] vient de tracer le portrait. Petit, anguleux, les cheveux tr\u00e8s noirs taill\u00e9s en brosse, \u00e0 la d\u00e9marche l\u00e9g\u00e8re et sautillante, aux yeux profonds et scrutateurs, c&#8217;est un humaniste non seulement chr\u00e9tien, mais essentiellement spirituel et sans doute mystique. Cet humaniste enseigne le latin, le grec, le fran\u00e7ais avec passion, mais sans m\u00e9thode. Nullement cart\u00e9sien, n&#8217;ayant pas une once de rationalisme en lui, c&#8217;est un homme qui vit intens\u00e9ment et fait vivre les textes qu&#8217;il explique de son mieux. Qu&#8217;il explique par le geste, l&#8217;attitude, l&#8217;expression du visage autant et peut-\u00eatre plus que par les mots, pour lesquels comme Nietzsche il professerait volontiers un certain m\u00e9pris, parce qu&#8217;ils tra&lt;45&gt;hissent et appauvrissent. C&#8217;est un intuitif dans tous les domaines de la r\u00e9alit\u00e9. Il l&#8217;est singuli\u00e8rement dans le domaine psychologique. Est-ce physiognomonie, cumberlandisme ou crypth\u00e9sie, je ne sais, mais il vous comprend si vite, si profond\u00e9ment, il vous conseille si pertinemment que vous restez en face de lui b\u00e9ant et inquiet. Tant de clairvoyance trouble. Depuis 33 ans que je connais le P. Gobert je n&#8217;ai pas cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre toujours intimid\u00e9 par lui.<\/p>\n<p>C&#8217;est un directeur spirituel r\u00e9put\u00e9, que beaucoup d&#8217;\u00e2mes mettent \u00e0 contribution. Son originalit\u00e9 profonde, sa hardiesse de pens\u00e9e, sa vraie libert\u00e9 d&#8217;enfant de Dieu, sa modestie aussi l&#8217;ont emp\u00each\u00e9 jusqu&#8217;ici d&#8217;avoir le poste \u00e9minent qu&#8217;il m\u00e9riterait. Mais il est heureux de former toute sa vie de futurs pr\u00eatres et missionnaires.<\/p>\n<p>J\u2019ai dit qu&#8217;il me fait penser \u00e0 Socrate et \u00e0 Mallarm\u00e9[32], non seulement parce qu&#8217;il a, lui aussi, son \u00ab\u00a0d\u00e9mon int\u00e9rieur\u00a0\u00bb, le sens des r\u00e9alit\u00e9s cach\u00e9es, des correspondances myst\u00e9rieuses, des symboles r\u00e9pandus dans le monde, mais parce qu&#8217;il n&#8217;\u00e9crit pas, alors qu&#8217;il le pourrait et peut-\u00eatre le devrait. Il a publi\u00e9 nagu\u00e8re, dans la Revue d&#8217;Asc\u00e9tique et de Mystique, une \u00e9tude sur la spiritualit\u00e9 des faits mystiques.[33] C&#8217;est une merveille de p\u00e9n\u00e9tration. Il n&#8217;a pas r\u00e9cidiv\u00e9. Par ses classes, ses conversations, sa direction, il exerce n\u00e9anmoins une influence extraordinaire. Heureux le coll\u00e8ge qui poss\u00e8de des hommes pareils!<\/p>\n<p>Je dois ajouter que de mon temps il y avait \u00e0 l&#8217;\u00e9cole deux courants d&#8217;id\u00e9es ou de sympathies, comme au jardin d&#8217;Eden il y avait l&#8217;Euphrate et le Tigre. L&#8217;un convergeait vers le P. Hector, l&#8217;autre vers le P. Gobert. Les \u00e9l\u00e8ves plus classiques, plus sages, plus raisonnables, plus pieux allaient au premier et le faisait \u00ab\u00a0mousser\u00a0\u00bb aupr\u00e8s de leurs camarades. Par contre, les enfants plus personnels, plus difficiles, plus intuitifs, plus snobs aussi, demandaient leurs directives au second, dont la cote \u00e9tait plus grande en somme et que ses disciples plus dou\u00e9s faisaient mieux valoir. C&#8217;\u00e9tait en somme l&#8217;opposition de l&#8217;Aristotelisme et du Platonisme, du Thomisme et d&#8217;Augustinisme, d&#8217;animus et d&#8217;anima. Nous ne &lt;46&gt; connaissions pas ces grands mots et ces grands syst\u00e8mes, tout en nous comportant comme si nous en vivions. Mais n&#8217;est-il pas heureux que dans une \u00e9cole toutes les formes d&#8217;esprit trouvent un ma\u00eetre \u00e0 leur go\u00fbt. Nous en avons profit\u00e9 largement.<\/p>\n<p>Il y avait d&#8217;autres ma\u00eetres remarquables dans leur genre. Mon professeur d&#8217;humanit\u00e9s par exemple. C&#8217;\u00e9tait un Nanc\u00e9en portant un nom alsacien. Fils d&#8217;\u00e9migr\u00e9 sans doute, il n&#8217;avait pas gard\u00e9 grand&#8217;chose de ses origines. Le P. Drechsler[34] avait un visage rond, qui eut \u00e9t\u00e9 poupin si le teint n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 si p\u00e2le. Ses cheveux rares n&#8217;\u00e9taient maintenus sur le cr\u00e2ne que gr\u00e2ce \u00e0 une forte dose de pommade. Notre professeur avait peu de sant\u00e9, il \u00e9tait ou du moins il paraissait indolent, indiff\u00e9rent, presque fatigu\u00e9 de vivre. La musique et la po\u00e9sie et les vieux livres faisaient ses d\u00e9lices. Ses classes manquaient de vie, de brio et, dans un coll\u00e8ge ordinaire, le bon P\u00e8re e\u00fbt \u00e9t\u00e9 infailliblement chahut\u00e9. Nous \u00e9tions int\u00e9ress\u00e9s par ses pr\u00e9lections fran\u00e7aises raffin\u00e9es et substantielles. C&#8217;\u00e9tait un vrai lettr\u00e9, une fine mouche, comme nous disions. Il le montra plus tard, quand il devint sp\u00e9cialiste en Bourdaloue[35], estim\u00e9 et consult\u00e9 par l&#8217;ondoyant abb\u00e9 Bremond[36], avec qui il eut dans\u00a0 la suite une pol\u00e9mique assez vive, dans laquelle ce doux, ce nonchalant s&#8217;anima, devint \u00e9tincelant d&#8217;esprit et ne fut pas inf\u00e9rieur au fougueux Acad\u00e9micien. Personnellement, \u00e0 l&#8217;occasion du bapt\u00eame de son premier volume sur Bourdaloue, je lui reprochais doucement en vers fran\u00e7ais, ce choix. Le fameux pr\u00e9dicateur, avec ses analyses ultralucides, ses divisions multipli\u00e9es, sa rigueur logique, sa clart\u00e9 sans myst\u00e8re n&#8217;\u00e9tait point de mes amis alors. Sans aller jusqu&#8217;\u00e0 trouver chez lui cet asc\u00e9tisme qu&#8217;inventa et flagella l&#8217;abb\u00e9 Bremond, je ne lui donnais pas mon c\u0153ur, que je r\u00e9servais \u00e0 des auteurs plus po\u00e8tes, plus lyriques, plus inconscients. Il est vrai que le P. Dreschler avait tenu la gageure de &lt;47&gt; trouver du mysticisme en Bourdaloue. Cette trouvaille et les \u00e9crits qu&#8217;elle occasionna le firent remarquer et il devint un des r\u00e9dacteurs du tr\u00e8s bon dictionnaire de spiritualit\u00e9[37] en cours de publication chez Beauchesne[38]. Il y a donn\u00e9 un grand nombre d&#8217;articles \u00e9rudits, judicieux et \u00e9l\u00e9gants.<\/p>\n<p>Le P\u00e8re Schadler[39], notre professeur de math\u00e9matiques, originaire de Meurthe-et-Moselle lui aussi et sans doute fils ou petit-fils d&#8217;Alsaciens-Lorrains lui aussi repr\u00e9sentait au milieu du corps professoral l&#8217;originalit\u00e9 pittoresque. De taille moyenne, l\u00e9g\u00e8rement vo\u00fbt\u00e9, portant de grosses lunettes, il \u00e9tait perp\u00e9tuellement absorb\u00e9 par des probl\u00e8mes d&#8217;arithm\u00e9tique ou d&#8217;alg\u00e8bre, qu&#8217;il publiait \u00e0 droite et \u00e0 gauche. Connaissant par c\u0153ur, parait-il, le gros indicateur Chaix[40], il avait la sp\u00e9cialit\u00e9 des probl\u00e8mes de chemin de fer, qu&#8217;il savait rendre passionnant pour tous, sauf pour moi, car les math\u00e9matiques sont toujours rest\u00e9es un myst\u00e8re pour moi. Comptes, chiffres, op\u00e9rations arithm\u00e9tiques m&#8217;inspirent aujourd&#8217;hui encore une v\u00e9ritable frayeur, un malaise que je n&#8217;arrive pas \u00e0 dominer. J\u2019ai un respect profond pour ceux qui manient avec aisance les lois du nombre mais suis r\u00e9sign\u00e9 depuis toujours \u00e0 rester un profane dans ce domaine. J&#8217;\u00e9tais le plus mauvais \u00e9l\u00e8ve du P\u00e8re Schadler, que mon imperm\u00e9abilit\u00e9 \u00e0 la science qu&#8217;il enseignait d\u00e9solait et intriguait d&#8217;autant plus que pour les autres mati\u00e8res j&#8217;\u00e9tais en t\u00eate de ma classe. Je dois m\u00eame avouer ici que ces maudits math\u00e9matiques m&#8217;ont fait tricher un jour de composition, mais si mal que ma place n&#8217;en fut pas sensiblement am\u00e9lior\u00e9e.<\/p>\n<p>Mon pauvre professeur essaya avec moi toutes les m\u00e9thodes. Car il \u00e9tait d&#8217;un d\u00e9vouement extr\u00eame, vraiment maternel, qui dans la suite ne fit qu&#8217;augmenter. Sa bont\u00e9 est devenue proverbiale. Il en fait profiter particuli\u00e8rement les enfants des patronages. C&#8217;est une bont\u00e9 vraiment charismatique, \u00e0 la Saint Vincent de Paul, ne reculant devant aucun service \u00e0 rendre. C&#8217;est ainsi que le bon P\u00e8re allait volontiers \u00e0 la cuisine \u00e9plucher des pommes de &lt;48&gt; terre pour le Fr\u00e8re Gaessel[41], un ma\u00eetre-queux \u00e9tonnamment ouvert, parlant de th\u00e9ologie et d&#8217;Ecriture-Sainte, qui aurait du faire des \u00e9tudes comme nous dans sa jeunesse. Nous trouvions aussi parfois nos souliers d\u00e9crott\u00e9s et cir\u00e9s par une main myst\u00e9rieuse que nous soup\u00e7onnions \u00eatre celle du P. Schadler. Celui-ci r\u00eavait comme P\u00e9guy d&#8217;une cit\u00e9 harmonieuse, parfaitement harmonieuse sur terre et au ciel. Comme P\u00e9guy[42] aussi il avait de v\u00e9ritables angoisses au sujet de l&#8217;enfer \u00e9ternel. Il a \u00e9crit des pages fr\u00e9missantes pour d\u00e9montrer que personne n&#8217;y restera jusqu&#8217;au bout ni m\u00eame n&#8217;y tombera. La question de la mitigation des peines de l&#8217;enfer, classique en th\u00e9ologie, soulev\u00e9e autrefois par Orig\u00e8ne, puis par Ambroise[43], Catharin[44], Herrmann Schell[45], a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment reprise par un Dominicain espagnol, dont j&#8217;ai oubli\u00e9 le nom. Nullement th\u00e9ologien, le P. Schadler n&#8217;\u00e9tait guid\u00e9 en tout cela que par son bon c\u0153ur. Il me fait penser \u00e0 ce pauvre Ch\u00e9denat, un \u00e9mule de Salavin[46], dont parle Duhamel[47] dans un de ses romans. Ce brave homme \u00e9tait si compatissant qu&#8217;en hiver, lorsqu&#8217;il gelait \u00e0 pierre fendre, il allait pr\u00e9cis\u00e9ment sur les routes ramasser des pierres qu&#8217;il pla\u00e7ait sur son c\u0153ur pour les r\u00e9chauffer!<\/p>\n<p>Le bon P\u00e8re Schadler \u00e9tait encore distrait comme il convient \u00e0 un savant. On racontait des histoires fort divertissantes sur lui \u00e0 cet \u00e9gard. Ainsi il serait entr\u00e9 en plein r\u00e9fectoire avec le parapluie ouvert et l&#8217;aurait ferm\u00e9 sans sourire pour faire la pri\u00e8re avec la communaut\u00e9 r\u00e9unie! C&#8217;est fort possible. Je retiens de lui surtout sa bont\u00e9 incommensurable, don de Dieu plus que don de la nature et qu&#8217;il r\u00e9chauffait sans cesse au contact du C\u0153ur de J\u00e9sus, pour lequel il avait une grande d\u00e9votion. Le plus donn\u00e9, le plus saint, le plus ami de Dieu de ces professeurs, je crois que c&#8217;\u00e9tait lui, dont on souriait parfois mais qu&#8217;on aimait sans r\u00e9serve comme il nous aimait et comme je suis s\u00fbr que Dieu l&#8217;aime et l&#8217;aimera \u00e9ternellement.<\/p>\n<p>&lt;49&gt; Par peur de fatiguer le lecteur, je n&#8217;allongerai pas cette galerie de portraits. Elle montre la valeur sociale et religieuse de cette \u00e9cole apostolique. Si l&#8217;on r\u00e9fl\u00e9chit que la plupart des enfants qui y sont form\u00e9s et qui devienrent pr\u00eatres et missionnaires, n&#8217;auraient pas fait des \u00e9tudes secondaires sans elle, on doit admirer la f\u00e9condit\u00e9 spirituelle du catholicisme dont elle t\u00e9moigne. De ces \u00e9coles, il en existe des centaines dans le monde entretenues par la pure charit\u00e9. Ce sont des bienfaiteurs et des bienfaitrices parfois connus de leurs prot\u00e9g\u00e9s et, correspondant avec eux qui supportent la charge financi\u00e8re de l&#8217;oeuvre. C&#8217;est une mani\u00e8re singuli\u00e8rement efficace de promouvoir le r\u00e8gne de Dieu dans le monde.<\/p>\n<p>En juillet 1914 je partis en vacances, comme nous le faisions tous les ans une fois. La guerre \u00e9tait imminente ou m\u00eame d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9e. Avec quelques camarades lorrains de Metz je dus passer par Tr\u00e8ves, le train Luxembourg-Metz \u00e9tant supprim\u00e9 pour des raisons militaires. Nous parlions fran\u00e7ais et continu\u00e2mes \u00e0 le faire apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9s en Rh\u00e9nanie. Les trains \u00e9taient remplis de soldats, qui partaient joyeux. En les entendant parler, j&#8217;eus la certitude que le peuple allemand, dans sa grande majorit\u00e9, avait d\u00e9sir\u00e9 et voulu cette guerre. C&#8217;\u00e9tait partout une explosion d&#8217;enthousiasme. Ce que l&#8217;on avait pr\u00e9par\u00e9 et attendu si longtemps arrivait enfin. Personne dans la suite ne m\u2019enl\u00e8vera cette conviction que l&#8217;Allemagne, quelqu&#8217;aient \u00e9t\u00e9 les p\u00e9rip\u00e9ties diplomatiques de l&#8217;avant-guerre, avait voulu et d\u00e9clench\u00e9 le conflit sauvage, qui fit tant de mal au monde. Plus tard j&#8217;en tirerai des conclusions pratiques.<\/p>\n<p>A Tr\u00e8ves nous f\u00fbmes arr\u00eat\u00e9s comme espions. N&#8217;avions-nous pas parl\u00e9 fran\u00e7ais dans le train? Comme si des espions \u00e9taient si maladroits. Nous f\u00fbmes rel\u00e2ch\u00e9s au bout de quelques heures. J&#8217;arrivai bient\u00f4t \u00e0 Beaumarais &lt;= Differten, PB&gt;\u00a0 et trouvai la maison dans la d\u00e9solation. Mon p\u00e8re \u00e9tait parti aux arm\u00e9es et je le rempla\u00e7ai de mon mieux aux champs. Etant le seul homme, je dus faucher les pr\u00e9s, ce que je fis de mon mieux, non sans de terribles courbatures. La vague militaire d\u00e9ferlait toujours. Mon impression du &lt;50&gt; d\u00e9but se confirma. Les soldats, magnifiquement \u00e9quip\u00e9s, qui passaient chez nous et nous prenaient d\u00e9j\u00e0 pour des Lorrains, \u00e9taient enthousiastes et soulag\u00e9s. C&#8217;\u00e9tait la note dominante. Bient\u00f4t les premiers bless\u00e9s pass\u00e8rent. Ayant alors dix-sept ans seulement, j&#8217;\u00e9tais loin de penser que je serais l&#8217;un d&#8217;eux quelques ann\u00e9es plus tard. Mon p\u00e8re ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9mobilis\u00e9 en novembre quatorze, j&#8217;\u00e9tais libre.<\/p>\n<p>Je fis un stage de six semaines comme infirmier dans une clinique nerveuse mais j&#8217;aspirai \u00e0 rentrer \u00e0 l&#8217;\u00e9cole apostolique en Belgique occup\u00e9e. Contrairement \u00e0 tous les r\u00e8glements, j&#8217;obtins un passeport, passai la fronti\u00e8re et arrivai \u00e0 Braquegnies, o\u00f9 le P. Gobert faisant la classe \u00e0 deux Alsaciens qui se faisaient passer pour Suisses. Les autres apostoliques s&#8217;\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s devant l&#8217;ennemi du cot\u00e9 de Lille.<\/p>\n<p>Je fis quelques semaines de rh\u00e9torique, mais au cours d&#8217;un voyage \u00e0 Mons o\u00f9 je fis des demandes aupr\u00e8s du gouverneur civil pour obtenir un laissez-passer pour un camarade lorrain, je fus renvoy\u00e9 moi-m\u00eame en Allemagne. Je n&#8217;y allai pas. Je pris bien mon passeport, mais utilisant l&#8217;opposition connue entre l&#8217;autorit\u00e9 civile et militaire, obtins de celle-ci un sauf-conduit pour Antoing, pr\u00e8s de Tournai, o\u00f9 se trouvait le noviciat des P\u00e8res J\u00e9suites de Champagne. Le P. Hector, mon directeur spirituel, m&#8217;avait encourag\u00e9 \u00e0 y entrer. J&#8217;y pensais depuis longtemps, parce que cette province avait une mission en Chine qui m&#8217;attirait beaucoup. Sans grande \u00e9lection, tout naturellement je me d\u00e9cidai donc pour les P\u00e8res qui m&#8217;avaient \u00e9lev\u00e9. Je fis soixante kilom\u00e8tres \u00e0 pied, plein d&#8217;entrain et arrivai \u00e0 Antoing le jour de St. Joseph en 1915[48]. Une nouvelle fois, avec autant d&#8217;\u00e9lan, je m\u2019\u00e9lan\u00e7ai vers le soleil levant. Mais autour de moi le canon grondait. Sujet allemand, j&#8217;entrais dans une communaut\u00e9 purement fran\u00e7aise. Comment tout cela finirait-il! Je n&#8217;y pensai gu\u00e8re, \u00e0 mon habitude et m\u2019\u00e9lan\u00e7ai en avant avec une fougue demi-inconsciente. Dieu et Saint Joseph m&#8217;aideraient! Ils m&#8217;ont aid\u00e9 en effet, comme on va le voir.<\/p>\n<p><a title=\"Noviziat in Antoing\" href=\"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\/noviciat-d-antoing\">4. Noviciat d\u2019Antoing (Belgique)<\/a><\/p>\n<p><a title=\"Kapitel-\u00dcbersicht der Autobiographie\" href=\"https:\/\/peter-burg.de\/wordpress\/pierre-lorson-sj-texte\/histoire-d-une-vie\" target=\"_blank\">Zum Inhaltsverzeichnis von Histoire d&#8217;une vie<\/a><\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p>[1] 1882-1971.<\/p>\n<p>[2] 1902 von den Br\u00fcdern Edmond (1822-1896) und Jules de Goncourt (1830-1870) laut Testament gegr\u00fcndet. J\u00e4hrliche Verleihung eines Preises f\u00fcr Literatur.<\/p>\n<p>[3] 1939.<\/p>\n<p>[4] Albert Le Nordez, 1844-1922.<\/p>\n<p>[5] 1937.<\/p>\n<p>[6] 1896.<\/p>\n<p>[7] 1862-1942.<\/p>\n<p>[8] \u00c8cole Apostolique Saint-Joseph, Amiens.<\/p>\n<p>[9] 1883-1957.<\/p>\n<p>[10] Pierre Messiaen, Partage d\u2019une adolescence. La force des attaches terriennes, in: Construire. \u00c9tudes et chroniques 8, 1942, S. 64-91.<\/p>\n<p>[11] 1857-1944.<\/p>\n<p>[12] 1852-1935.<\/p>\n<p>[13] Champagne, Paris, Lyon, Toulouse.<\/p>\n<p>[14] Alberic de Foresta, 1818-1876.<\/p>\n<p>[15] 1832.<\/p>\n<p>[16] Honor\u00e9 de Balzac, 1799-1850.<\/p>\n<p>[17] Coll\u00e8ge Saint-Joseph, Lille.<\/p>\n<p>[18] Paul Doncoeur, 1880-1961.<\/p>\n<p>[19] Alfred Adler, 1870-1937.<\/p>\n<p>[20] Ernest Renan, 1823-1892.<\/p>\n<p>[21] P\u00e8re \u00c9mile Damade (1862-1930), erster Rektor des Coll\u00e8ge Saint-Jean Berchmans in Florennes, nach Thieu Rektor am Coll\u00e8ge au Tuquet pr\u00e8s Mouscron.<\/p>\n<p>[22] Henri Capitaine, 1889-1918.<\/p>\n<p>[23] Charles-Louis-Fleury Panckouke, 1780-1844.<\/p>\n<p>[24] Sigmund Freud, 1856-1939, Begr\u00fcnder der Psychoanalyse.<\/p>\n<p>[25] Andr\u00e9 Gide, 1869-1951.<\/p>\n<p>[26] Ralph Waldo Emerson, 1803-1882.<\/p>\n<p>[27] Hector Hopsomer, + Nov. 1939.<\/p>\n<p>[28] Petrus nach Pierre Messiaen.<\/p>\n<p>[29] Jean Gobert.<\/p>\n<p>[30] 4. Auflage 1941.<\/p>\n<p>[31] 1901-1999.<\/p>\n<p>[32] St\u00e9phane Mallarm\u00e9, 1842-1898, franz\u00f6sischer symbolistischer Lyriker.<\/p>\n<p>[33] Jean Gobert, De la spiritualit\u00e9 des faits mystiques. Note d\u2019un directeur, in: Revue d\u2019Asc\u00e9tique et de Mystique 8, 1927, S. 3-25.<\/p>\n<p>[34] Ren\u00e9 Daeschler.<\/p>\n<p>[35] Louis Bourdaloue, 1632-1704.<\/p>\n<p>[36] Henri Bremond, 1865-1933.<\/p>\n<p>[37] Dictionnaire de spiritualit\u00e9: asc\u00e9tique et mystique, publ. sous la dir. de Marcel Viller (u.a.), Paris 1937ff. Zu dem 1937 erschienenen ersten Band (Aa \u2013 Byzance; die Fortsetzung erschien erst nach dem Zweiten Weltkrieg) steuerte Daeschler rund 20 Beitr\u00e4ge bei, darunter einen zu Bourdaloue.<\/p>\n<p>[38] Gabriel Beauchesne.<\/p>\n<p>[39] Maurice Schroeder seit 1913, zuvor (1911) Jean Cordonnier, 1914 Henri Capitaine.<\/p>\n<p>[40] Indicateur Chaix: Seit 1849 jeden Sonntag erscheinendes Journal zur Information \u00fcber Eisenbahnfahrpl\u00e4ne. Vgl. Marie-Suzanne Vergeade-Williot, Le tourisme ferroviaire ou le temps impos\u00e9, Internet-Aufsatz.<\/p>\n<p>[41] Fr\u00e8re Jean Goessel, gest. 1929, 49 Jahre Koch.<\/p>\n<p>[42] Charles P\u00e9guy, 1873-1914.<\/p>\n<p>[43] Ambrosius, ca. 340-397.<\/p>\n<p>[44] Katharina von Siena, 1347-1380.<\/p>\n<p>[45] Hermann Schell, 1850-1906.<\/p>\n<p>[46] Vie et aventures de Salavin, Paris 1925.<\/p>\n<p>[47] Georges Duhamel, 1884-1966.<\/p>\n<p>[48] 19.03.1915.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/>[P1]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>3. \u00c9cole Apostolique d\u2019Amiens exil\u00e9e \u00e0 Thieu (Belgique) &lt;27&gt; Chapitre II Apostolique L\u2019\u00e9cole o\u00f9 j\u2019allais faire mes \u00e9tudes secondaires\u00a0 a connu r\u00e9cemment les honneurs de la publicit\u00e9. Deux de ses anciens \u00e9l\u00e8ves qui ne pers\u00e9v\u00e9r\u00e8rent pas dans leur vocation sacerdotale mais lui rest\u00e8rent reconnaissants l\u2019un et l\u2019autre, la lui firent d&#8217;une mani\u00e8re in\u00e9galement heureuse. 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